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La Revue Anarchiste n°1 (décembre 1929)
La famille n’existe pas
Article mis en ligne le 30 août 2007

par Maximilienne
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« La
Famille », « La Famille Française »…

Il
est ainsi un tas de mots-clichés, de locutions toutes faites,
et qui servent aux bonnes gens lorsquils éprouvent
le besoin détayer leur esprit de quelque soutien
bien solide…

« La
Famille » ; « La Patrie » ;
« Morale » ; autant de beaux mannequins
bien drapés dans leur solennel vêtement de préjugés,
d’ignorance, d’opinions toutes faites…

Cest
le mannequin « Famille » que je voudrais
déshabiller un peu de ses oripeaux, aujourd’hui…

Encore
que l’idée de famille se soit profondément modifiée
dans les temps modernes, l’ensemble de conceptions hypocrites qui
demeure autour d’elle donne encore passablement â rêver.

« La
Famille, dit on, est le fondement de la Société. »
Il se peut.

Et
cest encore peut-être parce que la société
a un mauvais fondement, qu’elle se développe si mal
 !

Cependant,
on n’a jusquici rien trouvé de mieux pour
lasseoir.

Sans
doute sont-ce ces considérations d’ordre public qui
laissent subsister autour de cette fameuse institution un respect
quasi mystique.

Mais,
ce respect, si on l’analyse, quen reste-t-il, qu’en
peut-il rester ?

Jai
eu pendant quelque temps la curiosité de recueillir, dans la
presse d’information, les faits-divers relatifs à ce que lon
appelle couramment des « histoires de famille ».

La
laide, la douloureuse énumération !

Quon
se souvienne…

Hier,
cétait une jeune fille de bonne famille, qui,
simulant une agression, volait les bijoux de sa maman pour les offrir
â son amant.

La
veille, la Cour dAssises du Cher condamnait â 5 ans
de réclusion un individu qui, après avoir violé
sa belle-fille, une enfant de quatorze ans, avait contraint sa femme
â partager leurs tristes ébats.

À
Onecourt, un fils ivre blessait grièvement son père
dun coup de fusil ; un mari nancéen tuait sa
femme d’un coup de couteau, et près de Périgueux, un
père voyait sa grange et sa récolte incendiées
par son rejeton.

Le
19 octobre, â Montpellier, une femme divorcée et déchue
de ses droits maternels obtenait la permission de voir son enfant, un
bambin de neuf ans, que le père avait placé dans un
préventorium.

Elle
lemmena promener, le jeta â terre et le piétina
sauvagement…

Cependant
on jugeait â Bordeaux un infortuné déserteur, qui
avait si bien disparu que son nom figurait sur le monument aux morts.
Le pauvre diable donna comme raison de sa disparition la terreur que
lui inspirait… sa femme, et sut la justifier de si convaincante
façon que les juges, émus, lui infligèrent une
peine dérisoire.

Le
même jour encore, la Chambre des Mises en Accusation limousine
rendait un non-lieu en faveur d’un fils qui, avec la complicité
de sa mère, avait trucidé son père.

Le
18, le tribunal correctionnel de Bordeaux condamnait un couple de
cultivateurs qui laissaient sans soins et sans nourriture leurs
enfants, âgés de cinq, sept, deux ans et six mois.

Toujours
ce même 18, un journalier de Saint-Denis fendait â coups
de hache la tête de sa femme endormie.

Un
jour ou deux auparavant, la Cour d’Assises de la Charente-Inférieure
condamnait â cinq ans de réclusion une laitière
qui avait noyé son petit enfant en le maintenant sous leau,
au bord de la rivière — parce que son mari lui avait
reproché de lui avoir valu un procès en vendant du lait
falsifié ! Une femme frappait son mari à coups de
hachette ; un alcoolique blessait son épouse â
coups de revolver parce que, malade, elle refusait de se lever, puis
il se faisait sauter la cervelle. Un Italien de 19 ans se jetait sous
un train, après avoir, au cours d’une querelle d’intérêt,
blessé grièvement sa soeur et tué son
beau-frère, un excellent ouvrier, père de trois enfants
en bas-âge.

Cétait
â peu près au moment du procès de Marcel Lobjois,
ce pauvre petit orphelin, qui tua la brute épousée par
la sœur qui l’avait élevé tendrement, et quil
adorait. On se souvient que Lobjois fut acquitté.

Le
jour précédent, on arrêtait â Perpignan des
parents qui cachaient chez eux le cadavre squelettique dun
bébé de six mois, mort de faim.

À
Paris même, un jeune homme de vingt-sept ans se tuait en se
jetant par la fenêtre, désespéré par la
mort de son fils cadet. Il n’avait jamais pu obtenir de sa jeune
femme qu’elle cessât de courir les magasins pour soccuper
de leurs deux enfants : et il emportait dans le néant la
déchirante certitude que si le petit, malade, était
mort, cétait parce que sa mère navait
pas voulu se donner la peine de le soigner.

Pour
couronner le tout, voici l’histoire quun de nos confrères
a conté :

Une
jeune fille de 18 ans, « séduite », eut
deux enfants.

Le
« séducteur », d’ailleurs, ne demandait
quà entourer sa compagne et ses petits de toutes
les garanties que leur offre le code civil : il était
prêt â l’épouser.

Et
cependant, le mariage ne put se faire, la jeune fille demeura
déshonorée, les bâtards restèrent
bâtards…

Pourquoi ?

Parce
que le père de la pauvre fille refusait obstinément son
consentement. Or, ce père, alcoolique invétéré,
purgeait une peine demprisonnement pour avoir violé
une autre de ses filles…

On
avait négligé, ou jugé inutile, de prononcer
contre lui la déchéance paternelle.

En
une dizaine de jours, tant de sang, tant de larmes, sur la robe de
cette belle figure symbolique, la Famille !

Et
jai volontairement passé sous silence tous les
crimes « passionnels », tous les drames de la
jalousie, toutes les fusillades entre époux, fiancés,
amants…

Cette
floraison de meurtres, quel obscur grouillement de haines et de
douleurs elle laisse supposer dans d’innombrables familles où
les choses ne vont pas tout à fait jusqu’au crime !

Les
ménages désunis ; les frères ennemis ;
les enfants moralement ou matériellement torturés ;
les parents victimes de fils et de filles ingrats et dénaturés ;
tout cela, hélas, nest-ce point monnaie courante,
depuis que la légende hellénique fit des Atrides le
type effrayant de la Famille ?

La
Famille ! Mais elle nexiste pas encore, elle ne peut
pas exister encore…

Toutes
les associations familiales ne sont évidemment pas pareilles à
celles que nous font entrevoir les chroniques des tribunaux : et
le hasard, qui préside aux unions comme aux naissances, crée
parfois de charmants et parfaits ménages…

Mais
pourquoi faut-il, pour une si large part, s’en remettre au hasard ?

La
Famille, la vraie famille, digne dêtre respectée
et d’être enviée, ne sera que quand lhomme
et la femme seront assez évolués, existeront assez,
pour conclure un pacte honnête et réfléchi où
lamitié et l’estime auront autant de part que
lamour, doù les considérations
d’intérêt et de caste seront chassées. Point ne
sera besoin de lois, alors : on rive les forçats l’un à
lautre, on nenchaîne pas des amis.

Quand
un couple ainsi formé aura — volontairement — donné
le jour à un enfant dautant plus chéri
qu’il aura été attendu, ils formeront une famille, et
quand ces couples seront nombreux, la Société aura
quelque chance de prendre forme.

Mais,
dici là, pour une famille, que de laids
accoudements, que de mesquines compromissions ! Essayons, au
moins, de détruire l’hypocrisie qui veut noue les faire
prendre pour la belle et noble réalité. Et sachons,
aujourdhui, regarder en face la tristesse et la bassesse,
pour que demain soit plus beau…

Maximilienne


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