Témoins n°17 (été 1957)
Lectures
Frédéric Hoffet : l’Equivoque catholique (Ed. Fischbacher, 33, rue de Seine, Paris).
Article mis en ligne le 16 novembre 2007

par Proix (Robert)

Frédéric
Hoffet, ancien pasteur protestant, connaît bien ce dont il
parle. Avocat, il sait aussi comment s’équilibre un
réquisitoire. Et il nous place devant un texte convaincant,
dont le mérite principal réside dans la construction
logique, la clarté, la probité. Ce texte une fois lu,
une question se pose : allons-nous devoir retourner à
l’anticléricalisme de nos pères ?

Il
est de mauvais ton, depuis une trentaine d’années, de
« manger du curé »… Au temps du
combisme, beaucoup considéraient l’Eglise comme le mal
suprême et ils luttaient, dans les partis de gauche et la
franc-maçonnerie, contre les entreprises vaticanes. Après
1918, soit lassitude contractée durant quatre années
désespérantes, soit indulgence née au sein des
unités combattantes où voisinaient toutes les
croyances, les « mangeurs de curés » de
naguère mirent une sourdine à leurs ressentiments et
peu à peu se désintéressèrent de l’action
de l’Eglise. Imprudence, dit Frédéric Hoffet car le
Vatican n’a jamais cessé de poursuivre son rêve
millénaire qui est de dominer le monde.
Et il nous montre
comment, tout en demeurant fidèle à ses préférences,
qui vont tout naturellement aux régimes monarchistes de
« droit divin », le Vatican sut prendre, à
l’égard des régimes démocratiques, des
attitudes politiques parfaitement étudiées, qui
conduisirent ses créatures à la conquête des
partis dits de gauche. Il y eut le Sillon, la Jeune République,
les partis chrétiens-sociaux, enfin le MRP : cela pour la
France. Il en fut de même dans tous les autres pays. Une
expression que l’on trouve couramment sous la plume des
chroniqueurs et journalistes d’aujourd’hui est celle de
« catholiques de gauche ». Hoffet nous dit de
ces catholiques qu’ils ont épousé les thèses
les plus généreuses de la démocratie et du
socialisme. Ils ont rejeté la politique nationaliste et
militariste qui était jadis celle des milieux cléricaux
et ont pris des positions résolument pacifistes.
Mais
alors ils couraient le risque de se trouver en désaccord avec
certaines encycliques et de contrecarrer les intentions de la Curie.
C’est bien en effet ce qui leur arriva, et c’est pourquoi nous en
voyons de temps à autre quelques-uns reprendre le chemin de
Rome la tête basse et le repentir aux lèvres, tels ces
prêtres ouvriers dont la carrière fit scandale et
qu’ils durent abréger, si regrettable que cela puisse
paraître.

À
la faveur de la confusion qui se créa autour de ces attitudes
contradictoires, l’Eglise s’applique à développer
son influence et à reprendre en main le gouvernement
des hommes. Mise en goût par sa facile réussite auprès
des dictatures espagnole, portugaise et sud-américaines, elle
pénètre par des voies diversement détournées
dans les organismes politiques des démocraties et il semble
bien qu’elle en tire certains avantages : témoin en
France la loi Barangé, qui reviendra nécessairement sur
le tapis, surtout après la visite de René Coty au saint
Père.

Mais
n’est-il pas historique que l’Eglise abuse volontiers de ses
avantages ? C’est ce qui nous fait dire que le retour à
l’anticléricalisme de 1905 va peut-être devenir
nécessaire, si nous ne tenons pas à nous entendre
annoncer un jour par les cléricaux revenus aux leviers de
commande qu’ils nous refusent, au nom de leurs principes, les
libertés que nous leur avons accordées, au nom des
nôtres.

R.
Proix