Défense collective non-violente L’expérience norvégienne

, par  Bernard (Anita) , popularité : 4%

Nous
avons vu que les pacifistes intégraux déclarent que le
désarmement unilatéral est le moyen le plus sûr
pour n’être pas envahi. Mais, même désarmé,
un pays n’est pas pour cela non violent, et se pose alors le
problème d’une défense collective non violente. Peu
nombreuses et peu connues sont les expériences qui pourraient
inspirer ce genre de défense. Nous tentons ici une première
approche de cette question avec l’expérience norvégienne
de résistance non violente contre les nazis et les Norvégiens
pro-nazis.

En
1935, vu les événements en Allemagne, des mesures
furent prises pour renforcer l’armée norvégienne,
mais d’une façon assez timide qui produisit très peu
d’effets réels. Un Norvégien pro-nazi, Quisling,
essayait depuis 1933 d’introduire les idées nazies, mais son
parti, le Nasjonal Samling (le rassemblement national) ne réussit
jamais à être représenté au parlement.
L’opinion publique, en général, manifestait une assez
forte réprobation à utiliser la violence comme moyen de
résoudre les conflits, il n’en reste pas moins que les
organisations pacifistes avaient très peu de membres.
Peut-être la très longue période de paix leur
permettait-elle de croire qu’il y aurait désormais d’autres
moyens, moins détestables, pour lutter et qu’il était
donc inutile de s’organiser en vue d’une résistance
qu’elle soit violente ou non violente.

C’est
dans ce contexte qu’a lieu l’invasion le 9 avril 1940. Les
Norvégiens lui opposent d’abord une résistance armée
qui prend fin début juin quand le roi et le gouvernement
s’envolent pour Londres. L’occupation commence. Les nazis avaient
cru que les Norvégiens, qui étaient de race aryenne,
adopteraient la doctrine nazie facilement et contribueraient à
la développer. Ils espéraient ne pas avoir beaucoup à
lutter. En cas de résistance, ils pensaient l’écraser
rapidement. Ils insistèrent plutôt sur le fait qu’ils
venaient en amis délivrer la Norvège des démons
de la démocratie et montrer aux Norvégiens les
avantages du nouveau système. La lutte contre les Norvégiens
devait donc essentiellement se situer sur un plan idéologique
par le remplacement progressif de la démocratie par le
national-socialisme, des habitudes de responsabilité
individuelle par le dirigisme, du roi par un führer. Les
Allemands mettent d’abord tout en œuvre pour bousculer le moins
possible les habitudes du pays. C’est ainsi, par exemple, qu’ils
acceptent qu’un conseil d’administration norvégien
continue de s’occuper des affaires intérieures du pays (il
resta en place pendant six mois). D’un autre côté, les
syndicats norvégiens permettent aux Allemands de remplacer
leurs responsables, élus au suffrage universel, par des
personnes nommées par les nazis, craignant, sinon, qu’une
opposition amène la destruction complète des
organisations ouvrières qu’ils avaient mis tant d’années
à bâtir. Ces concessions de part et d’autre
maintiennent le climat de confusion qui régna après
l’effondrement de la résistance militaire ; et durant l’été
1940 aucune nouvelle forme de résistance ne se fit sentir.

C’est
en automne 1940, lorsque le gouvernement de Quisling exige que tous
les fonctionnaires signent une déclaration de loyauté
envers le nouveau régime, que la résistance apparaît.
Un grand nombre refuse. Les Allemands sont alors convaincus que les
Norvégiens n’adopteront pas les idées nazies de leur
plein gré et ils cherchent les moyens pour les imposer, mais à
ce stade encore avec peu de brutalité. Ils commencent par
dissoudre le gouvernement et les partis politiques (septembre 1940).
Ils essayent d’introduire la doctrine nazie dans les universités
et les écoles. Ils organisent des expositions sur la jeunesse
allemande que les écoliers norvégiens visitent au pas
de course et les yeux baissés. Ils organisent des réunions
et des conférences de propagande que les Norvégiens
boycottent ou sabotent en les chahutant.

La
résistance ne s’organise pas seulement dans le milieu de
l’enseignement mais chez les médecins, les acteurs, le
clergé. Les Allemands ne réussissent pas davantage à
imposer leur doctrine ; les organisations de jeunesse sont désertées
au fur et à mesure que les nazis norvégiens s’en
emparent. De plus en plus, les gens cherchent les moyens de s’opposer
au régime, mais il semble, encore à cette époque
(automne 1940), qu’ils aient été davantage poussés
à agir par une sorte d’instinct, né du dégoût
que leur inspirait le comportement des Allemands, que par une idée
théorique de la non-violence. Certes, on commençait à
se demander comment organiser la vie si l’occupation devait durer
pendant des années, mais ce n’est que lorsque la répression
devint plus dure que la résistance se développa.

Durant
l’hiver 1941, plusieurs actions de résistance sont menées
avec succès. Un décret obligeait les pasteurs à
donner à la Gestapo des renseignements placés sous le
secret professionnel, le refus d’obéissance conduisant à
l’emprisonnement. Une protestation est organisée par les
pasteurs et les évêques sous forme d’une lettre
pastorale lue dans toutes les églises et distribuée
comme tract. Divers décrets concernant l’enseignement
(révision de l’Histoire suivant le programme nazi,
remplacement de l’anglais par l’allemand, etc.) provoquent une
grève générale des enseignants soutenus par les
parents d’élèves et l’Église. Le
gouvernement de Quisling semble avoir capitulé car aucune
répression n’eut lieu. Il ne réagit pas non plus
quand une déclaration fut signée par les représentants
de vingt-deux organisations pour protester contre le décret
qui posait l’appartenance au Nasjonal Samling comme condition sine
qua non pour occuper des postes importants. Une nouvelle déclaration
est envoyée au mois de mai, signée cette fois par une
quarantaine d’organisations dont beaucoup de syndicats. Ceux-ci
qui, au début, par souci de conservation, avaient accepté
de collaborer avec les nazis, se sont alors rendu compte du danger
qu’ils couraient à accepter les méthodes de
l’occupant. Le gouvernement sévit en emprisonnant tous les
leaders, puis il fait semblant de céder en les libérant
peu après, mais il provoque de nouveau les travailleurs, en
refusant une augmentation de salaire pour compenser la hausse des
prix et l’annulation de la distribution de lait dans les usines :
ils se mettent en grève le 8 septembre. L’état
d’urgence est déclaré. Deux grévistes sont
fusillés pour l’exemple, beaucoup d’autres emprisonnés.
La Gestapo et l’armée font régner la terreur. Partout
les responsables norvégiens des conseils régionaux sont
relevés de leurs fonctions et remplacés par des
pro-nazis. Toute collaboration est maintenant arrêtée.
L’occupant ne prend plus de gants, mais utilise la violence partout
où il rencontre de la résistance. Celle-ci, qui,
jusqu’à présent, avait plutôt un caractère
spontané et très peu organisé est rendue plus
efficace. Les responsables emprisonnés sont remplacés
par des personnes moins connues. Une organisation d’espionnage est
mise sur pied ; ainsi la plupart des plans et décrets sont
connus de tous longtemps avant d’être appliqués.
Malgré la confiscation des appareils de radio, la résistance
peut rester en contact avec Londres (grâce aux postes de radio,
amenés en contrebande de Suède) et reçoit des
informations qu’elle diffuse ensuite dans des journaux clandestins.
La stratégie est coordonnée et un réseau créé
pour faire passer à l’étranger les résistants
trop connus et recherchés par le gouvernement. Ceux qui n’ont
plus de revenus (pasteurs, enseignants, etc.) sont soutenus par des
caisses de solidarité. À l’automne 1941, beaucoup de signes
laissent prévoir que les Allemands se préparent à
réorganiser la société norvégienne sur le
modèle de la société hitlérienne. On
pouvait compter sur un embrigadement de toutes les professions dans
une « loi de travail » obligatoire. Il fallait se préparer.
Il était d’autant plus important d’être bien préparé
que l’on ne savait pas exactement où allait frapper
l’ennemi.

Décembre
1941, janvier 1942, fut une période de fébrile
préparation. Grâce au mépris que les nazis
avaient pour les femmes et leurs capacités, elles circulent
facilement sous de faux prétextes pour nouer des contacts
utiles. À cause des fêtes de fin d’année, on ose aussi
se réunir en groupes plus importants. Cependant, en février
1942, le pouvoir de Quisling se consolide. Son but étant de
créer un État calqué sur le modèle
allemand, il commence par organiser la jeunesse selon les Jeunesses
hitlériennes et puis il instaure un système corporatif.
Fallait-il passer à l’action ou attendre encore un peu ? Une
carte postale codifiée est envoyée par les
organisations de résistance pour sonder l’opinion publique.
Des circulaires sont ensuite diffusées le 14 février
incitant les gens à protester par lettre à envoyer le
20. Le gouvernement est ainsi inondé de courrier car environ
10000 enseignants écrivent : « Je ne peux éduquer
la jeunesse suivant les directives données. Puisque l’adhésion
au syndicat des enseignants implique l’exécution d’ordres
qui sont en contradiction avec ma conscience je vous informe que je
ne me considère plus comme membre du syndicat. »

Le
ministère de l’Éducation annonce que les écoles
seront fermées « par manque de combustible ». Il
espère ainsi affaiblir la solidarité des enseignants.
En cela il commet une erreur car un tel argument ne peut pas être
pris au sérieux dans un pays ayant tant de forêts.
Cependant, jouant le jeu, les Norvégiens envoient du bois pour
chauffer les écoles tout en s’interrogeant sur les vraies
raisons de cette fermeture. Les enseignants profitent de cette
situation pour informer l’opinion publique.

Le
gouvernement essaye alors l’intimidation. Il proclame que dans tel
ou tel district 100 % des enseignants sont devenus membres de la
corporation. Personne cependant n’est dupe, sachant qu’il s’agit
d’exemples pris dans des régions peu peuplées.
Pendant ces « vacances », les enseignants donnent leurs
cours à domicile. Le gouvernement est de nouveau inondé
de lettres : ce sont les parents d’élèves qui
protestent contre la fermeture des écoles. La date limite pour
les enseignants d’adhérer à la corporation est fixée
au 15 mars. Dans les jours qui suivent un millier d’enseignants
environ sont arrêtés et enfermés dans un camp de
concentration. Ils subissent un « traitement » graduel et
prolongé destiné à créer un climat de
nervosité et un sentiment d’insécurité pour
ainsi user leurs capacités de résistance. Pendant ce
temps, les écoles rouvrent (le 8 avril). Tous ceux qui
reprennent le travail signent une déclaration expliquant
qu’ils font cela dans l’intérêt des enfants, mais
qu’ils refusent toujours de faire partie de la corporation. Au
camp, on promet à tous ceux qui veulent signer de passer
l’éponge. 37 sur 687 capitulent. Les enseignants qui
n’avaient pas été arrêtés traversent des
moments difficiles. Le gouvernement fait pression sur eux : ceux qui
sont emprisonnés seront fusillés s’ils n’adhèrent
pas au syndicat. Un grave problème de conscience se pose
donc… ils décident cependant de courir le risque et ne
fléchissent pas. Personne n’est fusillé, mais
quelques jours après 500 enseignants sont entassés dans
des wagons à bestiaux en direction de Trondheim. Là, on
les fait embarquer sur un bateau construit pour 100 personnes. Les
passagers ignoraient tout du sort qui leur était réservé.
Plusieurs pensaient que le bateau serait conduit en pleine mer et
coulé ; on en rendrait responsable les sous-marins ou les
bombardiers alliés. Après ce voyage périlleux,
ils sont installés dans un camp où ils ne subissent pas
de « traitement » mais où ils doivent travailler.
Ils déchargent des navires. Comme les caisses contiennent
aussi des armes, ils se demandent s’il ne faut pas refuser ce
travail. Après discussions, on adopte la méthode « go
slow » qui consiste à faire le travail le plus lentement
possible.

Le
temps s’écoule lentement pour les prisonniers. Vivant dans
des conditions difficiles leur principale préoccupation est de
survivre. Ils ne se soucient guère de l’effet que cette
déportation produit sur la population. Ils ne se sentent pas
spécialement héroïques et certains d’entre eux
auraient peut-être retiré leur protestation si les
Allemands leur en avaient donné alors la possibilité.
Mais le peuple norvégien ne les oublie pas et quand enfin ils
sont ramenés en Norvège, au mois de novembre, ils sont
accueillis comme des héros nationaux.

Quisling
n’ose pas prendre des mesures glus sévères et doit
reconnaître sa défaite. Lors d’une réunion
publique, il s’écria : « Vous, les enseignants, vous
avez fait échouer mes projets ! » Peu après,
Hitler lui-même ordonne à Quisling d’abandonner la
création d’un État corporatif.

 * *

Quels
sont les enseignements que nous pouvons tirer de cette expérience ?

Ceux
qui, aujourd’hui, pensent que cette résistance non violente
n’était qu’un pauvre substitut employé seulement
après l’échec militaire ont chronologiquement raison.
L’exemple norvégien, en ce sens, renforce l’idée
que beaucoup de gens ont de la non-violence : ils la voient comme une
forme de lutte des seuls « désespérés ».
Même si, dans ce cas spécifique, cela semble être
vrai, on ne peut, à notre avis, porter un jugement trop rapide
sur une telle résistance. Le fait que cette méthode ait
réussi là où la violence avait échoué
devrait au contraire faire réfléchir. On ne peut, bien
sûr, présenter cette expérience comme une
solution clé, comme une garantie de réussite pour
l’avenir, mais l’analyse du contexte général dans
lequel elle eut lieu doit permettre de dégager certaines « lignes de conduite » sur lesquelles nous pourrons nous appuyer
dans les actions à venir.

Rechercher
le succès de cette résistance uniquement dans les
facteurs historiques me semble heureusement insuffisant car cela
restreindrait singulièrement les conditions d’emploi de ces
méthodes. Il est vrai que les Norvégiens n’avaient
pas connu la guerre depuis longtemps et d’une façon générale
cela leur a permis de se consacrer entièrement à la
construction de leur société. Mais ils n’avaient
nullement profité de cette période de paix pour
s’organiser en vue d’une occupation, bien au contraire. Les
organisations pacifistes végétaient et de l’autre
côté l’armée était de faible puissance.

Par
contre, une certaine structure de la société a
peut-être permis de mettre ce système de défense
en place rapidement. L’autogestion locale, par exemple, était
assez développée, et nombreux étaient ceux qui
faisaient partie d’une organisation quelconque (politique,
culturelle, sportive, religieuse, etc.) où ils avaient acquis
l’habitude des responsabilités. Cette aptitude aux
initiatives devant des situations critiques fut sans doute un facteur
important et explique en grande partie un fait assez remarquable dans
l’organisation de cette résistance : l’absence d’un
chef. On ne savait jamais de qui venaient les consignes mais elles
étaient toujours suivies parce qu’elles étaient
transmises par des hommes qui s’étaient eux-mêmes
estimés responsables. Or, pour que chacun se sente
responsable, il faut d’abord qu’il soit concerné, ce qui
implique qu’il soit « en situation » : ainsi
pour­rait-on croire qu’en période d’occupation la
majorité des habitants du pays étant, théoriquement
« en situation de résistance » la prise de
conscience des individus serait plus rapide et plus généralisée.
Mais l’exemple norvégien montre bien qu’il ne suffit pas
seulement d’« être en situation d’occupé »
pour se sentir concerné par l’occu­pation car il existe
toutes sortes de « freins » (position familiale,
professionnelle, etc.). C’est ainsi qu’il n’y eut qu’une
minorité qui prit une part active à la résistance
non violente, environ 2% de la population. Il y avait aussi ceux qui
après leur prise de conscience adoptaient les méthodes
violentes en rejoignant des groupes de caractère maquisard.

Alors,
comment faire, d’une part pour limiter les « freins »
qui empêchent certains de s’engager et, d’autre part, pour
« canaliser » cet engagement vers la non-violence ?

Si
parmi les résistants certains connaissaient déjà
les actions de Gandhi, aucun n’avait une formation théorique
de la non-violence. Ils comprirent cependant assez vite qu’il
fallait s’organiser pour assurer un soutien économique aux
familles et ainsi libérer des volontaires pour des actions
plus poussées. Pour canaliser l’action dans la direction
souhaitée, on mit en évidence les côtés
exaltants et héroïques des actions non violentes. Chacun
pouvait être un héros et cependant combattre sans
violence. Celui qui était arrêté pour des
activités illégales devenait lui aussi héroïque
car même la plus petite action devenait importante par le fait
qu’elle était violem­ment persécutée par
les nazis. Sous l’occupation, il n’y avait aucune commune mesure
entre l’importance de la peine infligée et la gra­vité
du « crime » commis.

Ainsi
on a pu voir qu’un pays quasiment désarmé, et que
l’on ne pouvait guère accuser d’agressivité à
l’égard de l’Allemagne, n’était pas pour autant
non violent. Ce pays cependant a montré qu’il était
capable d’une certaine résistance qui présentait des
aspects non violents. C’est cette expérience réelle
qui nous fait mettre en doute l’affirmation trop rapide des
pacifistes intégraux qu’un pays qui désarme ne risque
plus d’être envahi. C’est à partir de cette
expé­rience concrète que nous voulons poser le
problème d’une défense collective non violente.

Plus
un pays est armé plus grands sont les risques qu’il soit
attaqué disent les pacifistes intégraux. Il préconisent
donc le désarmement total unilatéral comme étant
la protection la plus efficace contre le risque de guerre. Les
risques d’être envahi sont sans doute moindres, mais ils ne
semblent pas tout à fait exclus. Nous ne citons pas le cas de
la Norvège ici, car nous voyons très bien la différence
qui existe entre un pays « pacifique » et un pays ayant
totalement renoncé à l’armement. Il reste néanmoins
que pour justifier sa volonté de puissance un gouvernement
trouve toujours des arguments pour convaincre son peuple d’envahir
un autre pays. Ces arguments ne sont pas toujours basés sur la
notion de légitime défense et là, on peut citer
le cas de la Norvège.

Outre
qu’un désarmement unilatéral ne semble donc pas être
une garantie absolue contre toute invasion, il apparaît pour
l’opinion publique en général très utopique.
Que faire, d’une part pour que la campagne de désarmement
unilatéral paraisse moins utopique et, d’autre part, pour
faire comprendre que bien qu’ayant renoncé aux armes nous ne
nous laisserons pas pour autant dominer ? Nous pouvons y pallier en
travaillant à la mise en place d’une défense
collective non violente. Il ne suffit pas de déclarer que nous
avons renoncé aux armes, que nous consacrons désormais
cet argent et ces énergies à combattre les misères
dans le monde. Il faut aussi de façon concrète montrer
que nous sommes décidés à résister par
des méthodes non violentes. Il est vrai qu’une telle défense
paraît pour beaucoup aussi utopique qu’un désarmement
unilatéral. Car même la Norvège qui a pourtant
employé la résistance non violente avec succès
fait de nouveau confiance à la force militaire. N’y
aurait-il pas là un défi lancé à ceux qui
parlent d’une défense collective non violente ?

Rappelons
que les méthodes de résistance active n’étaient
employées que par une minorité qui n’avait qu’une
idée confuse de la non-violence. De plus, très peu
d’efforts sérieux ont été faits pour conserver
et développer l’idée d’une résistance non
violente. Il est donc normal que la plupart des Norvégiens
d’aujourd’hui croient que l’invasion n’aurait pas eu lieu
s’ils avaient été mieux armés en 1940. Mais
tout en acceptant les quartiers généraux et les
aérodromes de l’OTAN, la Norvège se refuse à
l’installation de troupes étrangères importantes sur
son territoire ainsi qu’au dépôt de bombes atomiques,
et cela par peur d’être attaquée. Cette politique
boiteuse fait que la Norvège actuellement se trouve encore
plus « exposée » qu’en 1940 et pas davantage
préparée à subir une nouvelle occupation.

Le
succès de cette résistance est dû à des
conditions particulières que l’on ne retrouve pas
obligatoirement ailleurs. Cela nous permettrait d’affirmer que si
l’on préconise une défense collective non violente il
faut la préparer sérieusement : elle ne s’improvise
pas.

En
examinant les facteurs de réussite de la résistance
norvégienne, nous nous apercevons qu’ils sont étroitement
liés à une certaine forme d’esprit (responsabilité,
initiative, etc.) qui anime ceux qui s’engagent. Il conviendrait
donc de créer le cadre où pourront se développer
ces qualités. Or, en tant qu’anarchistes, nous contestons
justement les structures autoritaires de la société,
facteur d’irres­ponsabilité et de passivité. Mais
cette contestation ne serait que verbale et assez négative si
elle n’était pas accompagnée d’un effort de
réalisation immédiate. Les méthodes non
violentes nous permet­tent une contestation constructive et
fournissent une forme de combat immédiate contre les
injustices sociales, qui prépare les individus par la
participation directe, tout en s’inscrivant parfaite­ment dans
une perspective de défense non violente.

Anita
Bernard