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Le Libertaire n°1 (21 décembre 1944)
Le Libertaire reparaît
Article mis en ligne le 9 février 2007
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Après un silence qui lui fut imposé par les circonstances depuis Août 1939, LE LIBERTAIRE reparaît enfin !

Il n’a pu le faire plus tôt, pour des raisons à la fois simples et flatteuses pour le mouvement dont il est le moyen d’expression. En effet, en septembre 1939, alors que la mobilisation générale dispersait les militant, la réaction du gouvernement Daladier s’abattait sur notre mouvement ; et pourtant, nous, nous ne pactisions en aucune façon avec l’hitlérisme.

Durant l’occupation allemande, la répression s’étant aggravée et les arrestations multipliées, la voix de la Raison ne pouvait se faire entendre publiquement.

C’est alors que nous fîmes paraître clandestinement un bulletin intérieur (LE LIEN) qui aida à notre regroupement.

Dans les colonnes de ce bulletin, des questions doctrinales et tactiques furent débattues. La lutte antifasciste y trouvait la large place qui lui revenait logiquement, mais elle y était néanmoins appréciée à sa juste valeur car, jamais, elle ne nous apparût comme une fin en soi.

En effet, nous ne confondons pas les moyens et les agissements circonstanciels qui en découlent, avec les buts que nous poursuivons.

Libertaires nous fûmes, libertaires nous demeurons, libertaires nous entendons demeurer quoi qu’il advienne.

Que les ennemis de la liberté, les oppresseurs du peuple se succèdent, notre position doctrinale, elle, demeure inchangeable. Si notre activité peut varier dans ses formes, nos principes fondamentaux ― n’en déplaise à certains doctrinaires trop pressés ― sont immuables et ne sont pas à « réviser ».

En raison même de cette ferme détermination d’ordre idéologique, malgré la part active que nous avons prise à la lutte contre l’hitlérisme… ― forme exaspérée du militarisme, du nationalisme, et protagoniste du racisme ― nous n’avons pas cessé de dire, en toutes occasions, ce que nous pensions du capitalisme et de tous les gouvernements. Ainsi, nous ne nous sommes jamais départis d’une position révolutionnaire qui est notre raison d’être.

Notre action « résistante » ne pouvait donc se borner à combattre effectivement la seule oppression hitlérienne, car elle dépassait, dans ses buts, les objectifs de tous les secteurs de la « résistance officielle ».

Et donc, si individuellement ― notre haine pour l’oppresseur nous y poussant ― nous étions au premier rang, et si bien des nôtres sont tombés dans cette lutte contre le nazisme, nous ne pouvons, en tant que mouvement, pactiser avec la résistance dite « officielle ».

C’est en raison de cette attitude conséquente et parfaitement logique que LE LIBERTAIRE n’a pu reparaître plus tôt. Nous ne songeons d’ailleurs pas à nous en plaindre auprès des représentants du Pouvoir, car de tels obstacles nous font honneur.

— O —

Quels que soient nôtre dégoût et nôtre amertume en y songeant, nous n’oublions pas que la guerre continue.

La lutte contre l’hitlérisme n’est pas terminée et doit être menée à bonne fin.

Nous pensons seulement, avec tristesse, que pas plus qu’un tremblement de terre ou une éruption volcanique, cette forme de guerre ne peut apporter une solution définitive au grand problème social et humain.

Et donc, quand nous disons que la lutte contre l’hitlérisme doit être menée à bonne fin, nous n’entendons pas, par là, apporter une adhésion complète à toutes les formes que peut revêtir cette lutte.

Qu’il nous suffise de préciser qu’à chaque fois qu’elle se présentera sous des formes garantissant le caractère émancipateur que nous voulons lui connaître, nous lui consacrerons toutes nos forces. Mais nous ne devons pas oublier que, pour être efficace, la lutte contre le fascisme doit se faire sans le recours aux méthodes fascistes. Celles-ci, d’où qu’elles viennent, nous les condamnons par avance et nous ne saurions leur donner notre appui.

— O —

Et que signifie la résurrection du LIBERTAIRE ?

Qu’il existe encore des esprits libres, qui ont su échapper à l’emprise de tout ce qui se dégrade.

Que les grands principes de liberté ont encore des défenseurs désintéressés.

Que la politique, qui salit tout ce qu’elle touche, n’a pu atteindre tous les milieux.

Et c’est avec orgueil, qu’en ce jour de reparution, nous nous réclamons d’un anarchisme qui n’a rien perdu de son éclat car il n’a pas été souillé.

— O —

De la tourmente qui paraît vouloir s’achever bientôt, nôtre mouvement renaîtra, vivifié, et prêt à une action plus vaste et plus féconde que dans le passé.

Les temps ont changé. Les vieilles routines devront disparaître. Et il nous appartiendra désormais de savoir allier aux principes qui nous sont chers une méthode de propagande qui leur permettra de se répandre.

La vois de ce journal ne sera puissante qu’autant que le mouvement dont il est l’expression sera lui-même puissant et cohérent. A époque nouvelle, méthode nouvelle. Nous saurons donner à cette formule sa pleine signification.

Pour que se réalise le fédéralisme libertaire, qui sera la transposition des idées dans les faits, il importe avant tout, que ces idées soient divulguées. Tout sera mis en oeuvre pour cela !

A l’heure où tous les systèmes sans exception, accusent une faillite retentissante ; alors que les personnalités les plus éminentes de la politique et de l’économie contemporaines s’évertuent à chercher des remèdes inexistants pour guérir les États défaillants, le mouvement libertaire saura mettre à profit le terrain fertile qui se présent à lui.

Pour cela, il se montrera capable d’aborder tous les grands problèmes avec une parfaite lucidité.

La probité, constituant une des grandes qualités essentielles su libertaire, l’organisation veillera plus qu’elle ne le fit jamais à la moralité de ses membres.

Des idées aussi élevées que celles qui motivent notre activité ne peuvent décemment être propagées que par des individus dont le comportement est conforme à l’idéal dont ils se réclament.

Aussi, à l’avenir, nos milieux n’étant plus ouverts à tout venant, nous saurons être plus sérieux qu’autrefois dans le chois des concours dont nous devrons nous entourer.

Pour nous acheminer plus vite vers la grande famille humaine qui ne reconnaîtra plus ni la contrainte ni l’hypocrisie ; le mouvement libertaire saura préalablement réaliser dans son sein la vraie famille anarchiste.

Dans une ambiance fraternelle, grâce à la droiture et au dévouement de chacun, ous travaillerons tous, pour une même cause.

La plus belle et la plus juste qui soit.

En reprenant contact avec nos lecteurs, c’est là le fier espoir que nous sommes heureux de pouvoir formuler.

Le Mouvement Libertaire


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