Être et faire

, par  Machy (Jean-Pierre) , popularité : 4%

Plongés
dans une société où la violence brutale ou
sournoise est quotidienne, où la guerre est sans cesse
préparée ou menée, il n’est possible ni d’être
non violent ni d’être pacifiste. À moins de rompre
définitivement avec le monde et de vivre en ermite (attitude
que je ne me permets pas de juger, mais qui, je pense, est sans
grande influence), il faut bien accepter une foule de compromis.
Vivre à chaque instant selon tous ses principes se révélant
impossible, nous pouvons adopter une attitude plus réaliste
fondée sur des actions qui les expriment et les réalisent
partiellement. Révolutionnaires, nous ne pouvons témoigner
que d’un futur, et nos actes n’ont pour but que de démontrer
que ce futur est possible…

Faire
l’avenir

Sur
l’utopie, nous sommes tous d’accord : on ne se battra plus, on
s’aimera, on fera l’amour, pas la guerre… Dans la cité
idéale, nous serons libres, égaux et fraternels, comme
c’est écrit sur les pièces de cent sous. Mais il n’y
aura plus de pièces de cent sous : seulement l’abondance…
Arrêtons le massacre, je ne suis pas poète. Pas savant
non plus. Et mon propos devrait s’arrêter là, car
seuls poètes et savants voient l’avenir… Est-ce bien sûr ? Avec une intuition vulgaire et une logique de certificat d’études,
je discerne que mes « valeurs », mes « principes »
se réfèrent, non, au passé mais au monde qui
n’existe pas encore.
Pire ! Les mots pour le décrire
n’ont encore aucun sens. « Paix », qui définira
la paix ? On ne peut le faire que négativement, relativement à
la guerre ! Puisque les mots manquent, restent les moyens
d’expression plus directs : les actes. Nous voici ramenés à
l’action, donc à des problèmes actuels (le
rapprochement étymologique n’est pas fortuit !), ce qui nous
conduit à des différences stratégiques et
tactiques. C’est là que divergent non-violents et
pacifistes, bien plus que sur le « fond ».

Le
point de vue stratégique

Pour
des raisons biologiques ou autres, nous sommes violents. Pour des
raisons économiques ou autres, nous entrons en conflit. Pour
des raisons historiques ou autres, nous avons inventé les
armées. Cela nous amène, quand éclate un conflit
trop violent, à le « résoudre » par la
guerre. Mais la guerre engendre de nouvelles causes de conflit, de
nouveaux mobiles de violence, des raisons de renforcer les armées.
Le système est « bouclé », auto-entretenu,
et la cybernétique la plus élémentaire nous
indique qu’il durera aussi longtemps qu’on ne rompra pas le
cercle infernal. Quelle stratégie suivre ? Réglons
rapidement le sort des pacifistes « utopiques » ou
« humanistes » qui prétendent supprimer les
conflits. Non seulement les conflits sont inévitables, mais
ils sont nécessaires. Non point parce que, selon
l’adage, « de la discussion jaillit la lumière »,
mais parce que, soyons moins absolus, de la discussion naît le
désir de marcher ensemble. Étant entendu qu’on
ne peut rompre le cercle en supprimant les conflits, faut-il agir sur
la violence ou sur les armées ? Puisque cercle il y a, cette
question semble inutile : il faut choisir un point d’action quelque
part sur le circuit, et le seul critère reste l’efficacité,
ce qui nous ramène à la tactique.

Le
point de vue tactique

Pacifistes
ou non-violents, nous sommes minoritaires. II nous faut
adopter des tactiques correspondant à cet état de fait.
Pour notre modeste part, nous, groupe « Anarchisme et
non-violence », comptons sur le rayonnement d’une minorité
agissante. Nous rechercherons plutôt l’engagement. Il
est clair que des mouvements plus traditionnels rechercheront les
adhésions. Qui dit engagement dit illégalisme.
Pas systématiquement, certes, mais si l’on s’engage on
doit envisager d’être amené d’une façon
certaine
à des actes illégaux : et au-delà
de l’engagement individuel apparaît un engagement de groupe.
Nous ne pouvons demander aux organisations pacifistes de nous imiter :
nous ne prétendons pas détenir la Vérité,
mais nous pouvons peut-être leur suggérer un « modèle » pour les plus dynamiques de leur membres :
l’organisation de combat.

Organisation
de combat

Sous-titre
agressif ! Violent ? Mais non, il nous reste le choix des armes. Nous
avons, à travers les numéros de cette revue, décrit
maintes « armes non violente ». Elles constituent presque
toujours une plate-forme d’action où peuvent se retrouver
pacifistes et non-violents à une condition : reconnaître
la réalité de luttes actuelles qu’il est banal
d’énumérer… lutte de classes, lutte contre la faim,
lutte antiraciste, etc. Nous ne pouvons, sans nous renier, être
absents de ces luttes, qui sont celles de la majorité des
hommes. Nous ne pouvons, non plus, nous détourner du souci des
hommes de se défendre contre l’arbitraire. Alors
organisons-nous pour combattre sans meurtre et collectivement.
Faisons œuvre d’imagination. Créer : Voilà
l’homme.

Jean-Pierre
Machy