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Témoins n°22 (décembre 1959)
Le temps des tribuns
Article mis en ligne le 26 janvier 2008

par Le Maguet (Claude)
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Tous nos amis se réjouiront avec nous de retrouver une fois de plus ici l’un des aspects les plus authentiquement humains de la poésie tout ensemble si simple et si méditée de Claude Le Maguet. Et en outre, l’hommage que ce beau texte rend, fût-ce incidemment, au souvenir de Jaurès en a fait paraître la publication particulièrement opportune en cette année du centenaire (Jaurès est né en 1859 — l’année même, étonnante et significative « relève », de la mort de Humboldt) que la presse, même socialiste, ne semble guère avoir tenu dignement à célébrer.

Là, des gars chevelus, avec des yeux étranges, —
A rêver sans sommeil nos fronts avaient pâli ;
Des vierges en bandeaux, à la Botticelli ;
Parmi les conjurés, qui déléguait ces anges ?
 
Comme des papillons attirés par la flamme,
Autour de l’Idéal on tournoyait le soir.
A l’envi crépitaient les ailes de l’espoir.
Paris la nuit, voilà, si vous cherchiez son âme.
 
L’un des nôtres disait le cœur dur des semaines,
Le soleil dérobé, le manque d’univers,
L’isolement plus froid que les rudes hivers,
Le carnaval honteux des ruines et des peines.
 
Bras rompus, corps minés avaient de la mémoire :
Ce fut à fond de cale un voyage étouffant.
Et le vieillard déçu ne songeait qu’à l’enfant,
A faire de la vie une magique histoire.
 
Quand, sur son cheval noir, passait la tyrannie,
Le peuple de Paris aussitôt s’assemblait.
Un discours me hanta depuis comme un couplet,
Comme un refrain de chasse aux heures d’insomnie :
 
« Il faut de temps en temps reprendre la Bastille.
On a beau n’aimer pas se servir d’un fusil,
Parfois la tâche exige un changement d’outil.
Peuple, l’oseras-tu sans que ton cœur vacille ? »
 
Ouvrier, ton métier, n’est pas celui des armes,
Pensais-je, et ta colère est pareille au fruit mûr
Qui fait ployer la branche et tombe au pied du mur.
Sans crime on veut sortir du Royaume des Larmes.
 
Non, la main de travail n’est pas faite à ces choses.
En fait de sang versé je ne vois que le sien.
Toute bête, au repos, elle a l’air d’un bon chien,
D’un pauvre chien pataud qui s’égratigne aux roses.
 
Si le cœur n’était pas la pierre d’une fronde,
Ah ! docte la truelle, et juste le marteau,
Et pensive l’aiguille œuvreraient sans défaut !
Magicienne, la Main peut nous refaire un monde.
 
Jaurès enfin cinglait vers les terres nouvelles.
Alors, tous les fourbus, allégés de leur plomb,
Se croyaient les marins d’un Christophe Colomb
Qui voguait au grand large avec ses caravelles.
 
On était venu là demander l’Espérance
Comme on tendrait son verre en réclamant du vin.
Celui des orateurs ne coulait pas en vain.
Il était de bons crus pour noyer la souffrance.
 
Puis un hymne emportait tout reste de disgrâce.
Sous un ciel traversé d’un long ruisseau de lait,
Sa bonne étoile en main dans l’ombre on s’en allait,
Poursuivant jusqu’au jour le malheur à la trace.

1944
Claude Le Maguet


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