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L’unique n°9 (avril 1946)
Samuel Butler et le Béotisme
Article mis en ligne le 26 février 2008

par Butler (Samuel), Devaldès (Manuel)
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Samuel Butler (1835-1902), dont le chef-d’œuvre est certainement The Way of all flesh (Ainsi va toute chair), roman que l’on peut qualifier d’individualiste, et qui écrivit encore Erewhon (Nulle part, en anagramme), de savoureux Note-books (Carnets de notes) et maints autres ouvrages, notamment de philosophie biologique en désaccord avec les théories qui prévalaient en son temps,— Samuel Butler composa peu de poèmes. Il pensait d’ailleurs qu’écrire en vers était la dernière chose qu’un poète dût faire. On fait grand cas, parmi les Butleriens, du « Psalm of Montréal », qu’il écrivit au Canada et qui reposerait sur un fait réellement arrivé. On a voulu y voir, d’autre-part, une plainte symbolique de l’auteur contre la méconnaissance de son œuvre de la part de ses contemporains. Quoique à la traduction il perde de son rythme et de sa musique, ce poème, au point de vue de la bioesthétique, ne manque pas d’intérêt. Il stigmatise spirituellement le béotisme en face de la beauté et c’est un parfait spécimen de l’humour anglais. (Manuel Devaldès)

Psaume de Montréal

Relégué en un grenier de Montréal,
Le Discobole debout tourne sa face au mur.
Poussiéreuse, couverte de toiles d’araignées, mutilée, réduite à néant,
La Beauté crie et nul ne regarde.
O Dieu ! O Montréal !

Beau le jour comme la nuit, beau en été comme en hiver,
Intact ou mutilé toujours aussi beau,
Il prêche l’évangile de grâce à des peaux de hiboux
Et à un empailleur de hiboux canadiens.
O Dieu ! O Montréal !

Quand je le vis, indigné, je m’écriai : « O Discobole,
Beau Discobole, prince et parmi les dieux et parmi les hommes,
Comment échouas-tu ici et qu’y fais-tu, Discobole,
Prêchant vainement l’évangile aux peaux de hiboux ? »
O Dieu ! O Montréal !

Puis je me tournai vers l’homme aux peaux et l’interpellai : « O homme aux peaux,
Pourquoi agis-tu de la sorte, humiliant la beauté du Discobole ? »
Mais le Seigneur avait endurci le cœur de l’homme aux peaux
Et il me répondit : « Mon beau-frère est le mercier de M. Spurgeon. »
O Dieu ! O Montréal !

Alors je lui dis : « O beau-frère du mercier de M. Spurgeon,
Qui empailles les peaux des hiboux canadiens,
Tu appelles les pantalons caleçons alors que je les nomme pantalons.
Tu vis donc dans les tourments de l’Enfer ? Que le Seigneur ait pitié de toi ! »
O Dieu ! O Montréal !

« Préfères-tu l’évangile de Montréal à l’évangile d’Hellas,
L’évangile de ta parenté avec la mercerie de M. Spurgeon à l’évangile du Discobole ? »
Mais il n’en blasphéma pas moins en répondant dignement :
« Le Discobole n’a pas d’évangile,
Mais mon beau-frère est le mercier de M. Spurgeon. »
O Dieu ! O Montréal !

Samuel Butler (Traduction, Manuel Devaldès)


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