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Le Libertaire n°2 (15 février 1945)
Aux hasards du chemin
Article mis en ligne le 9 février 2007
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Et les vaches seront bien gardées

On s’attendait naturellement aux actes les plus énergiques de la part du gouvernement de libération.

Il n’a d’ailleurs jamais caché son programme : « Vaincre et relever les ruines. »

Tout de même, ce qui fait plaisir, c’est de voir qu’on y apporte un esprit vraiment nouveau, presque révolutionnaire.

On réquisitionne ! Et, innovation, on fait appel aux compétences. Bravo !

C’est ainsi que, de 18 à 40 ans, les gars du bâtiment seront mobilisés.

Et, pour faire œuvre utile, bon Dieu ! Il s’agit de retaper la France.

Pelle sur l’épaule, en avant, arrrche ! Les terrassiers seront à l’honneur.

Et à la peine, aussi, sans doute. Ils vont retrouver ces délicieux baraquements Todt, hanter les lits à quatre places et se retremper dans cette vie collective, si saine et si gaie.

Quant aux autres, les non-bâtimenteux, le curé, le notaire, le banquier, ils n’auront qu’à rester chez eux. Qu’ils continuent à bénir, à scribouiller et à placer des mines déconfites. Peut-être aura-t-on besoin d’eux pour l’emplacement du presbytère, dresser des actes majorés et spéculer sur les matériaux, ça, c’est leur travail, ils y seront utiles. Mais qu’ils n’encombrent pas les chantiers pioche en main de leur petite bonne volonté et de leur grande inexpérience.

La reconstruction, ça ne concerne que les gars du bâtiment et les assimilables, bien sûr, les gens de la classe ouvrière.

Cela, le gouvernement parait l’avoir compris. Il a d’ailleurs consulté les organisations patronales et ouvrières, qui s’y connaissent en syndicalisme reconstructif.

Allons, bon courage, les gars ! Mais surtout n’élevez pas de gratte-ciel, ça tient tellement de place quand ça tombe. La construction de l’avenir, solide et durable, sera plutôt sous terre.

Enfin, du moment qu’on comprend que c’est le maçon qui doit tenir la truelle, on arrivera peut-être à décréter que la guerre est uniquement affaire de militaires de métier, d’autant plus que le prestige de l’uniforme suscite nombre de vocations et que nombre de filles d’Eve ont fière allure sous l’uniforme. Mais ceci est une autre histoire.

Discours et statistique

À Lille, dans un discours récent, M. Ramadier, ministre du Ravitaillement, a indiqué qu’on ne pouvait actuellement augmenter la ration de pain, et de citer des chiffres :

Récolte de blé en 1943 : 84 millions de quintaux ; en 1944 : 63 millions de quintaux, donc déficitaire par rapport à l’année précédente.

Mais, pendant quatre ans, les résistants du micro nous disaient, avec raison d’ailleurs, que les nazis prenaient 80 pour cent de la production, et nous, les résistants de Paris, en savions quelque chose. Alors, puisque les armées alliées ne prennent rien, ce qui est encore très vrai, les nazis réussissaient donc ce tour de force de nous donner la ration de pain que M. Ramadier, avec 63 millions, ne peut augmenter.

Il y a du louche, il y a du louche dans les « yeux » du pain.

Résistance ouvrière

De Lyon, le 15 janvier :

Une manifestation spontanée s’est déroulée cet après-midi près de la Bourse du Travail, concernant de nouvelles restrictions d’électricité.

Environ 10.000 personnes ont envahi la salle des spectacles de la Bourse pour écouter des orateurs improvisés qui voulaient organiser une véritable marche sur la Préfecture.

Une délégation fut envoyée pour chercher le préfet, qui fut accueilli par les cris de « À manger ! » et « De la lumière ! ».

Il parvint à se faire écouter et apprit aux ouvriers qu’il avait décidé de surseoir pour quarante-huit heures à l’application ces restrictions sur l’électricité.

De Lille, le 18 janvier :

Le manque de certains produits a provoqué des incidents dans la région de Valenciennes.

C’est ainsi que 1.200 habitants de Denain ont envahi le carreau des mines d’Anzin, où ils se sont emparés de 150 tonnes de charbon.

550 ménagères de la même localité ont tenté de défoncer les portes d’une raffinerie de sucre.

À Lourches, toujours dans le Nord : Une cinquantaine de manifestants ont réclamé du charbon à la direction de la mine, où l’ingénieur a d’ailleurs fait procéder immédiatement à une distribution de combustible.

La population française a accepté de bonne grâce, parait-il, les nouvelles restrictions.

Ces faits nous démontrent que les ouvriers de Lyon et du Nord ne sont pas de cet avis. Sont-ils les seuls, d’ailleurs ?


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