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La Vie Ouvrière n° 7 du 5 janvier 1910
En route pour l’année 1910 !
Article mis en ligne le 9 mars 2008

par Monatte (Pierre)
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Nous
partons, alertes et joyeux. Le bout de chemin déjà fait
nous a dérouillé les jambes ; il nous a, aussi, mis de
la confiance et de la chaleur plein le cœur.

On
nous avait tant dit que nous nous casserions les pattes aux premiers
kilomètres — les kilomètres en l’occurrence c’étaient
les mois — que notre belle confiance s’était laissée
entamer par le ver rongeur du doute. Serait-il possible que nous
échouions ? Nous ne voulions pas croire et quand cette idée
nous venait, nous nous raidissions.

Nous
avions raison de nous raidir, plus raison même que nous le
pensions.

Le
premier résultat de trois mois de travail, nous l’avons
annoncé : 550 abonnés. Le deuxième résultat,
c’est la possibilité où nous sommes d’envoyer ce numéro
à deux mille adresses de personnes désignées
comme susceptibles de s’abonner. Nous avions demandé mille
adresses ; nous en avons reçu deux mille. Nous acons reçu
de longues listes et nous en avons reçu de courtes. Des
abonnés sur qui nous ne comptions pas — amis inconnus —
nous ont envoyé des listes, tandis que d’autres sur qui nous
comptions, d’autres à qui nous avions écrit exprès
pour leur en demander, ne nous ont rien envoyé, ou ne nous ont
pas répondu. Avons-nous le droit de penser que, dans cette
occasion, nous avons éprouvé la force de certaines
amitiés d’idées ? Nous ne sommes pas loin de le croire.

Quoi
qu’il en soit, le chiffre que nous nous étions fixé a
été doublé. Le nombre de ces abonnés
possibles qui deviendront des abonnés réels sera-t-il
le double aussi de ce que nous avions prévu ? Nous ne
demanderions pas mieux que cela soit.

Et
puis — ces deux mille adresses, si les militants ouvriers en
forment la grosse majorité, elles ne contiennent pas moins un
nombre important de noms d’intellectuels partisans ou sympathiques ou
curieux ; elles contiennent même des noms d’adversaires ; cette
catégorie est déjà représentée
d’ailleurs dans nos abonnés par quelques patrons de combat.

Nous
l’avions dit et redit, la Vie Ouvrière est faite pour
les militants syndicalistes et par eux. Mais si d’autres gens
désirent la lire, suivre ses études et ses efforts,
nous ne nous plaindrons pas. Bigre non ! Elle s’est créée
pour réagir contre ce penchant auquel se laissent aller les
militants de tous les mouvements : la propagande, c’est un article
pour autrui, pas pour soi-même. On est soi-même au
courant, on est conscient, on sait tout. Inutile de lire, de
réfléchir, de méditer, de s’alimenter
intellectuellement. C’est bon pour ceux que la grâce n’a pas
touchés.

Ce
penchant, ce travers a coûté cher aux idées
révolutionnaires et à leur force de pénétration.
Il faut beaucoup de militants et de propagandistes, il en faut des
masses, mais il faut que ces militants fassent sur eux-mêmes
l’effort qu’ils demandent aux autres. Il faut non seulement le
nombre, mais encore la qualité. Et la qualité tient à
deux choses : la passion et la connaissance, l’observation. La
passion, ça se communique peu aisément ; il faut la
posséder en soi, passion froide ou passion brûlante. Une
revue comme la Vie Ouvrière ne peut
qu’exceptionnellement, et bien à la longue, communiquer cela.
pas. Sur ce point, la Guerre Sociale, malgré ces sacrés
défauts, fera infiniment plus de besogne. Reste la
connaissance, l’observation, la leçon de l’expérience.
Sur ce point, la Vie Ouvrière peut faire du bon
travail. Et elle en fera.

Elle
ne s’adresse pas au grand public. Elle ne vise à toucher que
le public restreint des militants. Mais ce public là est
encore immense. Des militants ardents, sincères, travailleurs,
désintéressés, il s’en trouve dans toutes les
fractions du mouvement social et c’est eux que nous cherchons. C’est
eux que nous voulons armer pour la lutte économique, pour la
lutte contre le patronat et contre l’État, à qui nous
voulons fournir des matériaux qu’ils chercheront pendant des
dizaines d’années dans l’Humanité ou ailleurs.

On
parle de crise du syndicalisme. La cause en est simple, la cause
principale s’entend. C’est que le syndicalisme, ayant gagné en
surface, s’étant élargi, sa tâche s’étant
centuplée, n’a pas pour accomplir cette tache le centuple de
militants qu’il lui faudrait.

Notre
ambition à la Vie Ouvrière serait d’aider à
la formation de militants syndicalistes, d’être un foyer de
coopération intellectuelle syndicaliste, une école sans
professeurs et sans élèves, où abonnés et
rédacteurs seraient tour à tour élèves et
professeurs, où chacun dirait le peu qu’il a vu, senti et
qu’il sait. Et si modeste que cela soit, nous avons la conviction que
ça vaudra mieux qu’un cours de professeur à la Sorbonne
ou qu’un discours parlementaire.

Pierre
Monatte

P.-S.
— Ce numéro touchera donc deux mille personnes qui ne sont
pas abonnées, mais que l’on nous a signalées comme
susceptibles de l’être et a qui nous demandons de le devenir.
Outre ce numéro, nous leur enverrons le prochain.

Après
quoi, si elles ne nous ont pas avisé de leur intention de ne
pas s’abonner, soit en nous écrivant, soit en nous retournant
le numéro du 20 janvier, ou si elles ne nous ont pas envoyé
directement le montant de leur abonnement nous leur ferons présenter,
aux premiers jours de février, une quittance de 5 fr. 35 (5
francs pour les six mois d’abonnement, et 35 centimes pour les frais
de recouvrement), à laquelle nous les prions de faire bon
accueil. — P. M.




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