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Iztok n°4 (septembre 1981)
Anarchisme en Hongrie
Article mis en ligne le 11 mars 2008
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La
Hongrie est avec la Bulgarie et l’Allemagne de l’Est, dont nous avons
déjà parlé, l’un des rares Pays de l’Est où
les communistes ont rencontré un mouvement anarchiste organisé
et très actif. Nous n’avons trouvé qu’un seul document
sur le mouvement anarchiste hongrois d’après-guerre jusqu’à
sa liquidation par les communistes. C’est un long article du
« Libertaire » de 1950 écrit par un participant à
ces évènements, très documenté et très
précieux. Nous n’avons pas pour habitude de republier des
articles déjà disponibles en français. Mais le
document étant unique, aucune synthèse n’est possible.
Comme il existait déjà un résumé de cet
article, nous le reproduisons car il nous semble satisfaisant.

Nous
publions aussi un résumé d’un article nécrologique
paru il y a deux ans sur un vieux militant anarchiste hongrois. Il
nous a semblé intéressant surtout par les extraits de
correspondance qu’il contient sur le problème de l’Espagne
post-franquiste et de la reconstruction de la CNT. On a rarement
l’occasion de savoir comment un anarchiste des Pays de l’Est voit et
ressent de tels évènements.

Pour
compléter ces deux articles sur l’anarchisme en Hongrie on
peut se référer à deux autres articles paru dans
Iztok et qui abordaient la pensée anti-autoritaire dans ce
pays : « Entrevue avec Istvan Kemeny », un sociologue
anti-autoritaire aujourd’hui exilé en France (Iztok N°1)
et « Gyorgy Dalos », un dissident qui a des aspects
libertaires parfois dans ses poésies (Iztok N°3).

La
liquidation 1944 - 1948

« Le
Libertaire » publiait dans ses numéros du 8 et du 22
septembre 1950 une étude de l’anarchiste hongrois G.A. Sous le
titre « De la terreur blanche à la terreur rouge avec la
fédération anarchiste de Hongrie ». Le camarade
G.A. Avait quitté la Hongrie après avoir participé
à la réorganisation du mouvement anarchiste au moment
de la « Libération ».

Voici
résumé pour ceux qui ne pourraient se référer
à ces deux numéros du « Lib » quelle était
alors, selon le camarade G.A. La situation du mouvement.

1.
Le mouvement anarchiste de Hongrie n’existait pas jusqu’en 1944. Les
rares survivants des anciens groupes anarchistes liquidés par
Bela Kun puis Horty étaient groupés autour du vieux
camarade TOROCKOI (80 ans en 1945).

Les
aristocrates royalistes et anglophiles menaient la résistance
la plus efficace contre les allemands. Les communistes, malgré
leur organisation et leurs moyens financiers se bornaient à la
propagande dans les autres groupes de résistance et se
préparaient à sortir intacts de cette période
pour se jeter après la libération contre les autres
partis affaiblis par leurs pertes.

2.
La première action libertaire n’est survenue qu’en juin 1944,
organisée par un groupe d’étudiants anarchistes,
conduite par le surnommé CHRIST, poète de quinze ans,
dans une petite ville du nord.

Emprisonné,
Christ prend contact avec Aton M. du groupe anarchiste hongrois et
yougoslave de la BACSKA (au sud) comptant une centaine de membres et
l’un des deux plus importants groupes de résistance du pays
avec celui « Général de Görgey » opérant
dans les forêts de la Bakoni (au centre).

4.
Sortis de prison à la faveur du putsch fasciste anti-hortyste
de Szalazi (octobre 1944), Christ et l’anarchiste d’origine russe
Alexei KORSAKINE se mettent en rapport avec Torockoi et avec P .M.,
étudiant ayant formé un groupe anarchiste soutenu par
les communistes. Ils commencent immédiatement à
harceler les troupes de l’Axe, Christ avec le groupe SZ. F. (Jeunesse
Libertaire), Korsakine et les militants anarchistes, tous ayant
adopté la ceinture rouge devenue légendaire de
Korsakine.

5.
Après que l’offre de l’unité d’action sous l’égide
du P.C. fut repoussée, celui-ci dénonça le
mouvement anarchiste aux allemands qui arrêtèrent 67
militants dont P.M. porteur de l’offre (7 et 9 décembre 1944).
Le groupe de P.M. scissionna et les deux tiers de ses membres
passèrent au P.C.

6.
Les militants anarchistes de Korsakine provoquèrent le seul
soulèvement populaire de la résistance, signalé
d’ailleurs par toutes les radios alliées, Radio Moscou faisant
passer l’action pour communiste. Dans le quartier central de Budapest
une petite foule conduite par les militants anarchistes arborant les
ceintures rouges envahit et détruisit deux unités de la
marine fluviale hongroise (dont une appartenait au chef de l’État).

7.
La nuit suivante le groupe SZ. F. faisait sauter un dépôt
de munitions dans les catacombes du mont Varhegy au dessus du fort et
du palais royal.

8.
Un troisième groupe du mouvement fut arrêté et
passé par les armes, tentant un assaut contre une résidence
du parti nazi.

9.
Le groupe SZ. F. avec Christ continue les sabotages jusqu’au
commencement de la bataille de Budapest qui dura 6 semaines et fit
200.000 victimes. Puis le mouvement anarchiste décide
(Korsakine votant seul contre) de sauvegarder ses forces pour la
lutte politique à prévoir après la libération.
Les hommes aux ceintures rouges apparaissaient cependant dans les
brigades de travail, les hôpitaux, partout où ils
pouvaient se rendre utiles.

10.
En juillet 1945 se regroupent les militants du mouvement anarchiste.
Trois tendances se firent jour. Celle de P.M. groupant ceux qui
préféraient travailler en accord avec les communistes,
espérant dévier le P.C. après la lutte de la
bourgeoisie ; celle de Torockoy partisan d’une légalisation du
mouvement et celle de Korsakine et de Christ voulant continuer la
lutte combative, cette fois-ci contre l’État et contre les
troupes russes.

11.
Chaque groupe s’étant déclaré solidaire avec
celui dont le principe allait être voté à la
majorité, celle-ci revint à Torockoy qui demanda
immédiatement la légalisation du Mouvement Anarchiste
accordée, puis retirée sur l’ordre du maréchal
Vorochilov. Malgré cela Torockoy parvint à conclure un
accord avec les dirigeants du pays (gouvernement de coalition de 4
partis) selon lequel l’action anarchiste serait libre jusqu’au point
où cette activité pourrait être considérée
comme sabotage des activités gouvernementales.. Aussitôt
une imprimerie fut installée et la propagande commencée.
Le mouvement possédait en septembre 1945 près de 500
militants.

12.
« Dans l’usine de l’île de Csepel [1] près de Budapest
les ouvriers déçus par la conduite antisociale de leurs
nouveaux syndicats communistes se tournaient avec sympathie vers
notre mouvement, le seul qui ait vraiment représenté
leurs intérêts. Or le P.C. Battu aux élections où
les petits paysans obtenaient la majorité absolue, mais de
plus en plus fort grâce à l’appui soviétique,
avait cru au premier moment que le Mouvement anarchiste allait
centraliser ses efforts pour le renversement du gouvernement (où
les petits paysans avaient la majorité) et affaiblir l’Église
Catholique qui commençait à devenir l’ennemi le plus
puissant des staliniens. Dès que les dirigeants communistes se
firent apperçus du danger que la concurrence anarchiste
représentait dans les milieux ouvriers, Gabor Peter (chef de
la police politique, plus tard exécuté comme titiste)
lança ses miliciens contre nous. »

13.
Torockoy arrêté disparut. Quatre étudiants
anarchistes ouvrirent le feu d’un grenier sur un défilé
de troupes rouges, abattant huit officiers et soldats, puis mirent le
feu à leur abri et se donnèrent la mort. « Dans
les usines de Csepel les anarchistes provoquaient la seule grève
qui eut lieu en Hongrie après la libération. Avant de
pouvoir prendre des proportions importantes, elle fut étouffée
par les miliciens de Gabor Peter. 30 ouvriers, dont 24 militants
anarchistes furent exécutés sur le champs. »

14.
Christ, encore membre de la direction d’un mouvement de jeunesse de
gauche, résistait à l’emprise des membres communistes
qui durent provoquer une scission. Arrêté, il fut libéré
par erreur et se réfugia à la campagne.

15.
Le mouvement fut peu à peu liquidé. Christ et Korsakine
se retrouvèrent deux ans plus tard à Budapest. « À
cette époque la lutte pour l’avenir du pays se déroulait
entre l’État et l’Église. Participation anarchiste à
ce combat ? Il n’y avait plus rien à faire, nous étions
mis hors-la-loi, recherchés par la police qui s’infiltrait
partout, sans le moindre moyen financier. Les anciens camarades
étaient tous disparus ou avaient abandonné leurs idées
et étaient entrés au P.C. (d’où ils furent
expulsés à la première purge). »

16.
P.M. s’était réfugié en Italie. Christ et
Korsakine gagnèrent la France où ce dernier mourut en
décembre 1949.

Noir
et Rouge N°4, 1956

Ferenc
Szucs

Dans
son numéro du 31 mai 1979, « Le combat syndicaliste »
de Paris, hebdomadaire de la CNT en exil, publie un long article
nécrologique de Felix Alvarez Ferreras sur Ferenc Szucs. Cet
anarchiste hongrois venait de mourir le 6 avril 1979 à
Budapest à l’âge de près de 70 ans des suites
d’une longue maladie. Cet article donne peu de renseignements
biographiques : Ferenc Szucs y est qualifié seulement
d’anarchiste et d’anarcho-syndicaliste qui n’a jamais cessé de
penser et d’agir comme tel. Plus connu sous le pseudonyme de Thomas
Rezigl, il entretenait une correspondance suivie avec la « Escuela
Moderna » de Calgary, « Tierra y Libertad » de Mexico,
« Le Combat Syndicaliste » de Paris et des individualités
du mouvement anarchiste international. Il a publié dans
« Tierra y Libertad » deux articles : « Ecos de detras
de la “Cortina de hierro”. El terrorismo en los Paises
Socialistas » (Echos de derrière le « rideau de
fer ». Le terrorisme dans les pays socialistes) dans le N°388
de septembre 1976, et « Las mujeres en el ejecito » (les
femmes dans l’armée) sans date mentionnée.

Si
peu de choses sont dites sur sa vie, il y a par contre de larges
extraits de sa correspondance sur l’Espagne et la CNT de ces
dernières années :

« Je
suis content de savoir qu’à l’arrivée de nos amis en
Espagne on a chanté l’hymne « A las barricadas » et
non l’Internationale, qui est et fut depuis longtemps discréditée,
compromise et usée, ruinée par les Partis Communistes.
Et n’oublions pas cher ami d’être prudent parce que nous sommes
entourés d’ennemis de toute part et principalement du côté
du Parti Communiste qui essaie à tout prix de s’infiltrer dans
nos milieux. »

(sans
date)

« Attention
aux faux pas des Commissions Ouvrières qui ne doivent pas être
un instrument du P.C., d’aucune manière un Inter-syndicat, il
faut la pluralité syndicale. Mais il y a un moyen, un seul
moyen, fortifions de plus en plus les cadres de la CNT. Que les
votants donnent leur vote au Partis qui leurs plaisent le plus, nous
ne pouvons l’empêcher ; mais que le syndicat ne soit à la
remorque d’aucun parti, cela nous pouvons l’empêcher. Nous
devons, c’est le minimum pour l’instant, nous débarrasser des
éléments marxistes et moscovites non seulement à
la base, mais dans les Fédérations. Nous autres
syndicalistes révolutionnaires nous ne sommes liés à
aucun parti et nous ne voulons pas l’être, que les autorités
espagnoles le sachent bien et qu’elles prennent bonne note de notre
position. Nous sommes fédéralistes et notre lutte pour
le moment est purement économique et libertaire. »

(Lettre
du 5 juin 1977)

« J’ai
lu dans « Le combat syndicaliste » la série
d’articles de l’ami Balkanski. Ce n’est pas mal, j’ai l’impression
que ce compagnon voit juste et très bien les choses. Merci de
m’avoir envoyé le supplément du bulletin de l’AIT,
c’est l’unique écrit que j’ai reçu depuis un an. Et
n’oublions pas que le P.C. est l’ennemi N°1 des libertaires.
C’est un régime totalitaire et il est très loin de
notre conception, étant capable de nous détruire
physiquement. Je crois que la position de J. Munoz Congost est la
meilleure : « ceux qui ne sont pas avec nous sont contre nous »
Ils sont tous autoritaires, étatistes et ils n’ont rien de
fédéraliste. »

(sans
date)

_

_

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Notes :

[1Chacun sait que Csepel
fut en 1956 à la tête de l’offensive ouvrière et
un des derniers bastions de la résistance où on
continuait à forger des armes sous le feu de l’armée
rouge. Déjà en mars 1919 la résolution de 20000
ouvriers de Csepel après s’être emparé des usines
d’adhérer au P.C. Et de pénétrer en armes à
Budapest pour révolutionner la ville et chasser le
gouvernement avait été décisive. LE 10 août,
1000 ouvriers des centuries syndicales qui s’étaient rendus
furent massacrés à la mitrailleuse par les
franco-roumains (note de Noir et Rouge).


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