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Le Libertaire n°2 (15 février 1945)
Pensées, formes et sons
Article mis en ligne le 9 février 2007
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Sons…

Dans ce domaine où l’art se manifeste de façons si capricieuses et si variées, il y aurait beaucoup à dire. Et on ne sait trop comment aborder le sujet lorsque, ayant des goûts personnels irréductiblement déterminés, on ne veut pas heurter ceux des autres, qui sont parfois si différents, mais pas forcément plus mauvais pour cela.

Ceci dit, c’est donc en conformité des goûts qui sont les nôtres que nous allons causer musique. Si nous avons, par la suite, des ennuis avec des lecteurs qui ne seraient pas de notre avis, nous saurons nous expliquer et nous défendre s’il le faut. (En regard des combats sanglants qui se livrent actuellement de par le monde, ce genre de controverse nous sera fort agréable….)

Malgré des difficultés sans nombre, il semble que la vie musicale commence à reprendre ses droits, et nous voyons revenir les programmes musicaux copieux, ― ce qui ne suffit pas pour que nous nous déclarions satisfaits.

Si de grands compositeurs furent révolutionnaires dans leur art, le conservatisme paraît bien familier à certains de ceux qui président à l’exécution de leurs œuvres. C’est ainsi que M. Eugène Bigot, des Concerts Lamoureux, tient encore la baguette bien que, de notoriété publique, il ait la spécialité de transformer en dortoir la salle garnie du public le mieux intentionné.

Cette illustre association présente invariablement des programmes composés de morceaux assez connus et attrayants ; c’est très commercial et ça fait salle comble. Cependant que, les mêmes morceaux revenant trop souvent à l’affiche, finissent par être dépréciés au point de devenir des banalités.

M. Charles Munch dirige toujours aussi brillamment l’orchestre de la Société des Concerts du Conservatoire. C’est là, avec M. Paul Paray, des Concerts Colonne, les deux plus grands chefs d’orchestre que nous ayons en France.

Depuis que les nazis n’occupent plus le territoire, nous voyons reparaître des noms d’auteurs qui étaient interdits ou mis à l’index durant l’occupation. C’est ainsi que nous entendons à nouveau des œuvres de Dukas, Prokofieff, Reynaldo-Hahn, et nous en passons. Par contre, pas de Wagner ni de Jean-Sébastien Bach. De ce maître de la musique allemande, dans ce qu’elle a de plus parfait, on ne joue même pas les « Concertos brandebourgeois ».

Aux Concerts Colonne, séance du 27 janvier, exécution remarquable du « Concerto pour piano n°3 » de Beethoven. Le pianiste fit montre d’une véritable virtuosité, tant par la perfection de son jeu, par sa parfaite compréhension de Beethoven que par la facilité avec laquelle il exécuta. Il s’agit là d’un membre de l’armée américaine.

Dans les numéros suivants nous reviendrons sur ces questions. Et nous n’omettrons pas de causer de musique de chambre, de scène, de charme ou même de jazz.

…Formes, Notes picturales et mercantiles

L’exposition de vingt et une toiles du douanier Rousseau au Musée d’Art Moderne, par le Front National des Arts, est un événement important de l’actualité artistique. Mais pourquoi diable n’avoir pas le courage, un mois après la dénonciation par Maximilien Gauthier de la présence, parmi les vingt et une toiles qui composent cette exposition de « faux » bien connus des amateurs, de décrocher ces faux. Crainte de se déjuger ? Mais ne voit-on pas, ce faisant, que l’on couvre les sales petites opérations mercantiles de margoulins qui « font » dans la peinture comme d’autres dans le marché noir ou le commerce d’armes, des fortunes ? Union à tout prix, alors ? Si c’est cela…

Chez Fabiani, ce pourvoyeur, parmi tant d’autres, d’art français à l’étranger, Mme Edmond de Golea expose une remarquable collection d’impressionnistes. Mais il faut, pour entrer dans cette chapelle, payer 20 francs qui seront versés à la « Stage Door Canteen ».

Fière et noble dame qui avez sans doute une fortune honorablement acquise et qui profitez des loisirs qu’elle vous donne pour vous lancer dans la philanthropie, avez-vous pensé qu’il y a actuellement bien des étudiants, employés, petites gens pour lesquels 20 francs sont une somme (oui, en 1945, au moment même où les dernières places, pour le Gala de la 1re armée française, au Palais de Chaillot, sont à « 800 » francs) ? Et que cette fête des yeux, qu’est cette exposition pourrait leur être rendue accessible par une « philanthropie » bien comprise, car, pour ce qui est d’aider financièrement les armées anglo-américaines, pardonnez-nous, chère madame, mais c’est une bien curieuse idée…


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