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Témoins n°32 (printemps 1963)
Buissons typographiques
(Sur les revues poétiques d’expression française)
Article mis en ligne le 19 mars 2008

par Boujut (Michel)
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On
a dit un peu partout que la poésie, après la faveur
dont elle bénéficia entre 1940 et 1944, est redevenue
l’affaire de quelques-uns. Ou bien encore qu’il n’est plus que
les poètes pour lire les poètes. Assurément, en
effet, la poésie n’a aujourd’hui que fort peu de lecteurs
 [1]. Et
cependant, il n’y a jamais eu tant de poètes en France,
jamais tant de plaquettes de vers publiées chaque année.
Jamais aussi une telle prolifération de revues de poésie
souvent bien éphémères [2], certes mais
toujours renaissantes. Qu’elles aient une faible audience
(l’essentiel étant naturellement quelles soient pensées,
rédigées, imprimées et diffusées), nous
l’accorderons volontiers à la condescendance de certains
détracteurs. Mais en dépit d’un public trop limité,
d’un format parfois bien mince et d’une parution rien moins que
régulière, ce qui n’est pourtant point une règle
générale, elles représentent le creuset le plus
bouillonnant de la littérature d’un peuple et d’un pays.
C’est en effet en leurs feuillets que s’élaborent les
conceptions futures, que s’affrontent les écoles et les
grands noms de demain.

* * *

L’existence
de la « petite revue » est une tradition dans les pays
latins et plus particulièrement en France et dans les pays de
langue française. Dès avant 1914, un Barrès les
qualifiait non sans quelque ironie, d’Orphéons, ce
qui ne manquait pas de pertinence et d’humour, certaines n’étant
pas toujours dépourvues d’un petit côté Société
de musique et Auberge de Jeunesse, voire même veau à
cinq pattes !

Il
nous faut remonter aux années qui précédèrent
et suivirent immédiatement la dernière guerre pour
assister à la création des plus célèbres
d’entre elles. Citons — outre les toujours excellentes revues
surréalistes, renaissant perpétuellement de leurs
cendres — Soutes, de Luc Decaunes, Fontaine, de
Charles Autrand et Max-Pol Fouchet, l’Usage de la parole, de
Georges Hugnet, l’Arche de Jean Amrouche, Messages, de
Jean Lescure, Confluences, de René Tavernier, Poésie
40-48,
de Pierre Seghers , les Cahiers GLM, de Mano, les
Cahiers de l’Ecole de Rochefort,
de Jean Bouhier, la Pipe en
écume
de J.-D. Maublanc, Regains, de Pierre Boujut,
Empédocle, de Jean Vagne… Certaines ont fait peau
neuve, d’autres ont sombré corps et biens…

Fondées
sans aucun but lucratif et commercial, les revues-orphéons
— 
qu’elles soient post ou para-surréalistes,
néo-classiques, symbolistes-attardées ou lettristes
démentielles — témoignent d’un attachement
véritable et d’un amour tout désintéressé
de la poésie. Leur moindre intérêt n’est pas un
caractère parfois absolument artisanal et manuel. « Pauvres
mais pleins d’ardeur, les poètes ont appris à se
passer d’argent » : bien souvent une presse à bras
suffit aux directeurs de revues pour leur travail de création.
Ils auraient d’ailleurs tort d’oublier que Maeterlinck imprima
lui-même son premier livre et que Pierre Reverdy parle quelque
part du « plaisir que peut donner la publication d’un livre
que l’on a fait soi-même d’un bout à l’autre
depuis le texte jusqu’au brochage ». Passer le rouleau encreur
sur les caractères en plomb, soulever des feuillets
fraîchement imprimés « voilà pour un poète
une activité exaltante et de nature à lui faire
reconsidérer les problèmes de l’écriture
eux-mêmes. » [3]

Ce
qui préside à la fondation d’une de ces revues, ce
n’est pas le climat, la longitude ou l’éclairage, le
village ou la capitale (il existe à Paris des revues
« provinciales »), mais avant tout le tempérament
poétique de son directeur-animateur qui rassemblera à
ses côtés quelques « proches poètes »,
pour un jour donner naissance non pas tant à une école
poétique ou à une chapelle qu’à une équipe
solidement constituée. Ainsi, suivant les cas, notre homme à
tout faire, réveillant les âmes vacantes et les
puissances disponibles saura donner à sa revue un style
propre, une personnalité singulière et non
interchangeable. Cette équipe, sans former un bloc inerte et
monolithique, ou évoquer un perpétuel salon de
l’auto(-admiration), aura une existence collective lui permettant
« d’accommoder, de cadrer et de rectifier l’image (qu’elle
se forge) des faits, des hommes, des idées » ? (Editorial
de La Brèche, octobre 1961). Chaque semaine ou chaque
mois auront lieu des réunions consacrées à la
préparation de la revue et à l’élaboration de
ses positions. De ces agapes intellectuelles sortiront des cahiers de
plus ou moindre importance, peu ou prou réussis, mais presque
toujours extrêmement vivants. [4]

Cependant
la poésie ne s’élabore pas uniquement dans les revues
à tirage limité, ne fermente pas dans ces seuls
alambics. On l’accueille aussi du côté des grandes
revues littéraires ; mais à faible dose comme si l’on
feignait encore de croire après Villiers de l’Isle Adam que
« la poésie empêche les honnêtes gens de
dormir tranquilles ». Non ce serait trop beau et la poésie
vivante n’a que faire de ce genre de bravade. Cette restriction,
cette position de parent pauvre à elle imposée n’est
sans doute imputable qu’à un légitime (?) souci
commercial des grands éditeurs dont la plupart commanditent
une revue cotée possédant ses poètes-maison.
Pour la Nouvelle Revue Française, Henri Thomas, Jean
Grosjean, Edith Boissonas Jean Follain. D’autres comme Esprit,
Preuves
(Pierre Emmanuel), les Temps Modernes, Europe, le
Mercure de France
(Yves Bonnefoy, André du Bouchet) , la
Table Ronde, les Lettres nouvelles, Tel Quel
ou les Cahiers
des Saisons
accordent à la poésie une place encore
plus épisodique et aléatoire. Il semble donc qu’il
n’y ait que dans les « petites revues » que la poésie
soit véritablement fêtée, sacrée et
sacralisée…

Nous
ne parlerons point ici des bulletins plus ou moins confidentiels,
organes d’associations d’« amis » quelque peu abusifs
de poètes consacrés, tel Le Bateau Ivre
la systématisation des recherches rimbaldiennes relève
plus de la paléontologie que de la poésie. Il ne sera
question enfin que des revues œuvrant pour une poésie
authentique, « absolu quotidien », et non de celles où
de séniles esthètes s’offrent un inoffensif
dépaysement — charmant loisir dominical.

Avant
d’étudier les plus importantes et les plus caractéristiques
de ces revues — les plus représentatives des divers
districts poétiques — bornons-nous à rappeler que
Francis Ponge parle à leur propos de « buissons
typographiques ». Des buissons ardents, cela va sans dire !

En
France :

La
Brèche
(Paris), née seulement en 1961, appartient à
la longue théorie des revues surréalistes dont elle est
la dernière incarnation, après La Révolution
surréaliste, Le Surréalisme au service de la
Révolution, Minotaure, VVV, Médium, Le Surréalisme
même
et Bief.

Un
extrait du texte liminaire de la première livraison mérite
d’être reproduit comme exemple typique de cet esprit
surréaliste fait de ferveur révolutionnaire et de
fascination alchimiste. « Ce numéro, comme ceux qui
suivront, nous retrouvera notamment attachés, au-delà
d’une action politique rendue plus que jamais inexprimable, à
cette réévaluation poétique de la pensée
que le surréalisme attribue au principe d’analogie. »

Autour
d’André Breton, la jeune garde surréaliste : Gérard
Legrand, José Pierre, Robert Benayoun et Jean Schuster.

Les
Cahiers du Sud,
publiés à Marseille, qui entament
leur 49e année d’existence, sont la plus ancienne et la plus
« autorisée » des revues poétiques
françaises. Parfois très austères, ils semblent
démentir leur méditerranéisme géographique.
Chaque numéro contient, outre des poèmes (qui
caractérisent une des tendances majeures de la poésie
actuelle, issue du symbolisme, plus intellectuelle que charnelle, et
aboutissant à Joë Bousquet, Saint-John Perse et leurs
épigones), essais et chroniques, des Frontons souvent
passionnants et encyclopédiques, consacrés aux
problèmes du langage et à l’approche des
manifestations poétiques lointaines ou présentes, des
Troubadours arméniens aux Apprentissages d’Eluard,
des Anciens bardes gallois à la Jeune poésie
américaine.

Principaux
animateurs : Jean Ballard, Léon-Gabriel Gros, René
Ménard et Toursky.

La
Tour de Feu
(Jarnac) est née après la Libération,
mais les seize années écoulées depuis sa
fondation n’ont pas émoussé le tranchant, ni entamé
gravement le compagnonnage qui sert de base à cette entreprise
originale. En fait, La Tour de Feu se définit par les
titres de ses numéros spéciaux qui manifestent assez
bien ses deux tendances majeures, à savoir la magie poétique
et la morale révolutionnaire (proche en cela, bien que teintée
de provincialisme, de l’ubiquité surréaliste) [5] :
Silence à la violence, L’Alliance des villages, Droit de
survivre, Ne cherchez pas la lune, Terrorisme burlesque, Expérience
des Arcanes,
jusqu’aux récents et controversés
cahiers consacrés à Artaud.

Principaux
collaborateurs : Pierre Boujut, Edmond Humeau, Adrian Miatlev, Jean
Laurent et Pierre Chabert, Pierre Chaleix, J.-C. Roulet et Fred
Bourguignon.

D’autre
part, André Breton a montré son estime pour la TdF en
apportant sa lumineuse collaboration au cahier consacré à
Antonin Artaud — cahier défendu avec force par Gérard
Legrand dans le n° 12 de Bief, organe de « jonction
surréaliste »…

Le
Pont de l’Épée
(Dijon) est la revue d’un seul
homme, batailleur et cultivé, intransigeant et fraternel : Guy
Chambelland. Justifia sa position régionale par un hommage à
trois Dijonnais célèbres, Aloysius Bertrand, Marcel
Martinet et, figure plus problématique, Xavier Forneret.

Alternances
(Caen), dirigée par Robert Delahaye est revue moins
combative, mais plus éclectique. Signalons un excellent cahier
dédié au trop méconnu Pierre-Albert Birot,
pourtant à l’origine du bouillonnement poétique
contemporain.

Entretiens
(Rodez), animée par Jean Digot, manque plus de
personnalité que de qualité. Poèmes, essais et
chroniques sont souvent excellents, bien que s’enchaînant
sans grande unité.

On
aimerait que la présence de Luc Decaunes (artisan du très
complet numéro d’hommage à Pierre Reverdy) insufflât
à la revue une plus grande virulence de ton, ne devant rien à
une quelconque poésie politique.

Action
poétique
(Marseille) reprend précisément à
son compte tous les lieux communs de cet engagement
poético-politique. Citons toutefois l’important numéro
des poètes contre la guerre l’Algérie, paru en
décembre 1960. (Attention, camarades, le poète n’est
pas un colleur d’affiches !)

Parler
(Grenoble) veut à tout prix se donner l’aspect d’une
grande revue littéraire. Et de publier sans le moindre
discernement des textes plus ou moins inédits de… Voltaire,
Pasternak ou Prévert. Quant à ce que Parler veut
dire…

Cinquième
Saison
(Paris). Beau titre utilisé voici bien des années
par un poète des Cahiers du Sud. La revue se prétend
de « poésie évolutive »… Dans le
numéro 14/15, accompagné d’un disque de poèmes
plus mallarméens qu’« évolutifs », Michel
Seuphor et Camille Bryen rivalisent pour s’attribuer un rôle
prépondérant de « constructeurs des espaces ».

Poésie
nouvelle
(Paris), organe de « l’Internationale lettriste »
ose affirmer avec une fatuité désarmante sa primauté
sur toutes les autres revues de poésie. Cependant ne refusons
pas à Poésie nouvelle son seul mérite
bien que tout à fait fortuit : un flagrant constat de la
faillite et même de l’inexistence absolue du lettrisme.

Points
et Contrepoints
(Paris) défend judicieusement la poésie
néo-classique dans le sillage des poètes « fantaisistes »
Carco, Muselli et Chabaneix. Malgré une pointe de maurassisme,
le niveau général de la revue se situe infiniment
au-dessus des productions de la « Société des
poètes français », fief immuable de la médiocrité
en forme fixe.

Citons
encore : Les Nouveaux Cahiers de Jeunesse (Bordeaux), Promesse
(Barbezieux), Les Cahiers de la Licorne (Montpellier), Le
Musée du Soir
et Le Borée (Lille), Les
Cahiers du Nouvel Humanisme
(Puy-de-Dôme), Sens
plastique
et Ariane (Paris), Moissons (Lille). Sans
oublier, bien qu’elles viennent malheureusement de disparaître
avec leurs animateurs, le persévérant Marsyas de
Sully-André Peyre, et les si beaux Cahiers de l’Artisan
de Lucien Jacques, ancien co-équipier de Giono aux Cahiers
du Contadour.

En
Belgique :

Trop
d’usines, trop de grisaille, ou bien… subsides gouvernementaux,
la Belgique est, dit-on, le pays d’Europe qui présente la
plus forte densité de poètes au kilomètre
carré… Mais à tout seigneur, tout honneur :

Le
Journal des poètes
(dirigé par Paul-Louis Flouquet
et Arthur Haulot) est peu à peu devenu, depuis sa fondation en
1930, une véritable institution tout en demeurant une
précieuse encyclopédie de la poésie mondiale.
Peut-être parfois peut-on lui reprocher un certain académisme
ou quelque absence d’humour ; il n’est alors que de se plonger
dans trois revues mitoyennes, issues du dadaïsme et du
surréalisme : Temps mêlés (dirigée à
Verviers par André Blavier), Phantomas (de Théodore
Koenig) et Rhétorique (André Bosmans).

Marginales,
dirigée par Albert Ayguesparse, fait quant à elle
figure de petite NRF.

L’VII
de Roland Busselen et Alain Bosquet, revue luxueuse, semble de ce
fait même quelque peu morne et indifférente. Pourtant,
« Le Soleil d’Amsterdam », de Roger Bordier, déjà
signalé ici, fut une rare révélation.

Citons
encore : Le Thyrse, La Dryade, Le Taureau, La Poêle à
frire, Les Cahiers de Jean-Tousseul,
gentilles et inutiles
revuettes — dont nous n’avons pas inventé les titres, en
dépit des apparences…

En
Suisse :

Après
avoir connu les fameux Cahiers Vaudois de Ramuz, Cingria et
Auberjonois, et plus tard, Présence (de Gilbert
Trolliet), la Revue transjurane, Rencontre (de Henri Debluë)
et Lettres (de Pierre Courthion), la Suisse est aujourd’hui
paradoxalement représentée par une revue qui n’est
que géographiquement helvète, Témoins. « Ces
cahiers indépendants
de grande qualité, dirigés
depuis Zurich par Jean Paul Samson, sont ouverts à tous les
réfractaires comme à toutes les idées généreuses
et non-conformistes » (Tribune de Lausanne). A publié
des inédits de Camus, Ignazio Silone, Georges Navel et René
Char, ainsi que des numéros « spéciaux » « se
succédant avec cette indispensable ubiquité
révolutionnaire que l’on veut trop souvent taxer de
confusionnisme : de Fidélité à l’Espagne à
Hommage au miracle hongrois,
de Victor Serge à
Albert Camus » (M. B. dans la Gazette de Lausanne).
Accorde une grande place à la poésie dans ses
manifestations les moins « programmatiques ».

Mais
signalons aussi, née tout récemment, Ecritoire,
revue genevoise pleine de promesses, animée par de très
jeunes auteurs.

Au
Canada :

Liberté,
publiée à Québec, s’oppose avec véhémence
à l’étouffoir clérical et groupe plusieurs
bons poètes. Entreprise peut-être sans précédent
au Canada français, elle n’est point sans analogies avec
Esprit à ses origines [6]
.

En
Afrique :

Hormis
Présence Africaine, éditée à
Paris, et Les Cahiers littéraires de l’Océan
indien
(à Madagascar), l’Afrique francophone —
actuellement trop préoccupée de construire son avenir
politique et économique — n’a pas encore fait son entrée
dans le cercle des orphéons, ni même dans celui des
grandes revues. (Et pourquoi d’ailleurs l’Afrique adopterait-elle
une tradition typiquement latine et sans attache aucune avec sa
civilisation ?)

Rappelons
cependant que parurent pendant de nombreuses années plusieurs
cahiers dont l’esprit dénué de tout obscurantisme
colonialiste, permit d’accueillir et de révéler les
jeunes voix de la littérature maghrébine contemporaine :
Soleil à Alger, Simoun à Oran,
Correspondances à Tunis, Aguedal à
Casablanca.

Et
souhaitons que « les chères voix qui se sont tues »
retrouvent dans le climat de l’indépendance — passé
le cap de l’euphorie ou des désillusions — leurs
répondants poétiques et leurs échos
audacieux. Telle est notre exigence fraternelle ? [[Nous est arrivé
de Boufarik le premier numéro d’un petit fascicule, Clartés,
où l’on peut lire, signé d’un écolier de
treize ans, Hadjaz, un poème intitulé « La
Guerre » :

Voici que la guerre s’élève
Comme un chien enragé
Et les gens sont tristes
Comme pour s’en aller en prison…

Michel
Boujut

Notes :

[1Mais la situation n’est pas nouvelle. Vers 1860, Lemerre,
l’éditeur des Parnassiens, avouait « qu’un volume de
poèmes quand on en vend par an soixante exemplaires, c’est
une bonne vente ». Et l’on se souvient de la violente formule
de Baudelaire (extraite d’une lettre à Ancelle de février
1866) : « Vous avez été assez enfant pour oublier
que la France a horreur de la poésie, de la vrai poésie ;
quelle n’aime que les saligauds, comme Béranger et de
Musset » (a).

(a). Oui, depuis Baudelaire, il est devenu de bon ton de mépriser
l’inégal et cependant si vrai poète Alfred de Musset.
La « terreur dans les lettres » remonterait-elle au génial
auteur des « Fleurs du mal » ? L’admiration jalouse à
laquelle il a droit ne devrait cependant pas nous interdire d’être
assez libres pour oser estimer qu’il serait temps de songer à
procéder, nous aussi, à nos réhabilitations.
Vaste sujet auquel nous comptons bien revenir. (Samson)

[2« Les revues
meurent toujours. C’est une donnée immédiate de
l’expérience », fait dire Nizan à l’un des
protagonistes de « La Conspiration »…

[3Jean Rousselot, dans
« Panorama critique des nouveaux poètes français »,
Seghers éd.

[4« Une
revue n’est vivante que si elle mécontente chaque fois un
bon cinquième de ses abonnés », affirmait un
connaisseur, Péguy, dans ses mémorables « Cahiers
de la Quinzaine ». Tandis que Flaubert, dans une lettre à
Louise Colet, s’expliquait ainsi : « … je ne demanderais pas
mieux que de me mêler d’une revue pendant quelque temps. Mais
voici comme je comprendrais la chose : ce serait d’être
surtout hardi et d’une indépendance outrée ; je
voudrais n’avoir pas un ami, ni un service à rendre. »

[5 La
Tour de Feu
et l’actuel groupe surréaliste entretiennent
d’ailleurs d’excellents rapports. On a pu le constater lorsque
après la parution d’un cahier de la TdF intitulé
Salut à la tempête, André Breton, Benjamin
Péret et une quinzaine de leurs amis rédigèrent
le manifeste « Démasquez les physiciens, videz les
laboratoire », dans lequel ils rendaient hommage à la
priorité de la revue jarnacaise dans la lutte anti-nucléaire
(a).

(a).
Sur cette question de la lutte antinucléaire, qu’il soit
permis à la rédaction de cette revue de préciser
que l’on n’y partage pas unanimement, loin de là, le point
de vue de La Tour de Feu et du groupe surréaliste. Ce
n’est pas la science ni les laboratoires qu’il faut combattre —
sinon, on retombe dans le ridicule d’Auguste Comte voulant
proscrire l’étude des étoiles doubles — mais bien
les structures sociales qui en déterminent l’utilisation
homicide. Et puis, partir en guerre contre les physiciens dans le
monde tel qu’il est n’aurait, par impossible, des conséquences
que de ce côté-ci du rideau de fer. On ne voit guère
les Russes, et encore moins les Chinois interdire les recherches de
cet ordre pour des motifs pacifistes. Sans compter que si l’on
peut, en pays non-totalitaire, faire de bonne foi campagne contre la
physique nucléaire, c’est en fin de compte grâce à
la protection très exactement nucléaire, elle aussi,
dont, sans en être plus fiers pour cela, nous nous trouvons bon
gré mal gré bénéficier grâce à
l’existence de l’une des forces qui s’opposent et se
contrebalancent dans le triste, mais, hélas, provisoirement
indispensable équilibre des terreurs. (Témoins)

[6On
consultera la récente Anthologie de la poésie
canadienne
(Ed. Seghers, préface d’Alain Bosquet).


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