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La Vie ouvrière n°8 (20 janvier 1910)
L’annuaire de la fédération du bâtiment
Article mis en ligne le 5 avril 2008

par Picart (A.)
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Dans
quelques jours va paraître l’Annuaire dont la Fédération
du Bâtiment a décidé la publication pour 1910.
C’est une forte brochure d’environ 130 pages d’un texte serré.

Dans
une brève préface, le Comité fédéral
le présente en ces termes :

En
décidant la publication de cet Annuaire, la Fédération
a voulu créer un nouvel outil de propagande :

Réunir
dans une forte brochure, facile à manier et intéressante
à conserver, tous les renseignements syndicaux, utiles aux
militants de nos corporations et concernant la Fédération,
la C.G.T., les Bourses, l’organisation internationales,
l’organisation patronale, la législation intéressant
plus spécialement notre industrie, quelques conseils
judiciaires ; une liste, malheureusement incomplète, des grands
travaux en cours ou à exécuter en 1910 et la liste des
inspecteurs du travail.

Dans
un historique succinct, rappeler les longs efforts successifs du
prolétariat du Bâtiment pour arriver à se forger
une forte organisation syndicale et fédérale, qui lui
permettra, en coordonnant son action, d’affronter la lutte avec des
chances accrues de succès et d’aller de victoires en victoires
jusqu’à son émancipation intégrale. Et, en face,
en quelques pages, raconter l’action du patronat du Bâtiment
pour repousser les justes et légitimes revendications de la
classe ouvrière et maintenir l’intégralité de
ses privilèges capitalistes ; car il est indispensable de
connaître les forces de l’ennemi avec lequel on est appelé,
à se mesurer tous les jours.

Fixer
aussi, sommairement, l’année active et ardente que l’on vient
de vivre, où l’on s’est dépensé sans compter,
pour que les efforts faits incitent à de nouveaux efforts,
pour que les leçons du passé, que les victoires ou les
défaites passagères stimulent à plus d’énergie,
à plus de volonté encore.

Inciter
à l’étude raisonnée de son travail
professionnel, à des vues économiques d’ensemble, pour
savoir mieux défendre, pour savoir techniquement défendre
son salaire, ses revendications, pour se préparer au rôle
économique que le prolétariat est appelé à
remplir quand il aura secoué son esclavage économique.

Indiquer,
par un tableau comparatif des heures de travail, des salaires et du
coût de la vie, dans quelques centres, l’intérêt
que présente l’enquête décidée par le
Congrès de Saint-Étienne pour entreprendre une lutte
méthodique pour la diminution des heures de travail.

Certes,
l’œuvre est incomplète. Mais les camarades la jugeront dans
son ensemble et diront si la pensée qui l’a inspirée
est bonne en soi. Pour ses détails, l’avenir dira où
sont les erreurs, où sont les manques. C’est une œuvre
collective qui se parfera avec le temps.

C’est
donc une forme toute nouvelle de propagande, que vient d’adopter la
Fédération. C’est quelque chose qui vient utilement
compléter l’organe corporatif.

En
publiant la liste et les adresses de ses syndicats, c’est à
une idée de décentralisation et de fédéralisme
qu’elle obéit : elle entend faciliter ainsi les relations
directes de syndicat à syndicat et créer entre eux
relations personnelles et intimes, de même sorte que celles qui
se créent dans les syndicats entre militants. Et la Fédération
ne pourra que se trouver fortifiée des liens de solidarité
qui se trouveront ainsi entremêlés à l’infini.
D’un autre côté, en déchargeant le bureau fédéral
de certaines besognes fastidieuses, celui-ci pourra consacrer plus de
temps à des besognes plus importantes.

Bien
souvent, au cours de leurs délégations, les camarades
ont pu constater combien l’organisation et le fonctionnement de la
C.G.T. étaient inconnus à pas mal de camarades. C’est
pour que ceux-ci, au moins dans nos syndicats, connaissent bien notre
organisation centrale, que la Fédération insère
dans son Annuaire les statuts de la C.G.T. C’est pour faciliter aux
syndicats nouveaux l’accomplissement de la triple obligation
confédérale qu’elle indique le siège des Bourses
ou Unions confédérées.

C’est
pour que nos camarades n’ignorent pas non plus les efforts du
prolétariat des autres nations qu’elle donne la liste des
organisations centrales étrangères, et notamment celles
qui se rapportent à l’industrie du bâtiment.

Pour
mieux combattre son adversaire, pour savoir où le prendre, il
faut le bien connaître, lui et toute son organisation. C’est
pourquoi l’Annuaire donne quelques indications sur l’organisation
patronale et un court historique de sa formation.

Et
n’était-il pas intéressant de fixer sommairement les
efforts du prolétariat du bâtiment, pendant ces
quarante-cinq dernières années, pour se créer
une forte organisation fédérale ; de rappeler, avec les
deux premières tentatives de constitution d’une Fédération
d’industrie, les raisons de leur échec, afin que les leçons
du passé ne soient point perdues pour l’avenir ?

Et
dans le même ordre d’esprit, ne fallait-il pas noter, dans une
rapide esquisse, comme en un journal de marche de notre armée
prolétarienne, les faits de l’année syndicale,
fédérale, confédérale et internationale,
afin de constituer comme un commencement de nos archives et aussi
surtout pour stimuler à de nouveaux efforts..

À
côté de ces documents, l’Annuaire contient également
une partie professionnelle, dans le double but, qu’indique la
préface, de servir à la fois d’arme technique dans les
revendications actuelles et en même temps d’habituer les
camarades à envisager le côté technique, le côté
commercial de l’industrie où ils sont exploités ; ils
commenceront là leur éducation économique
pratique — tâche importante, — car, après le
triomphe de la Révolution, nous serons toujours maçons,
charpentiers ou dessinateurs, et nous ne pourrons assurer notre
victoire que si notre classe est capable d’assurer la direction de la
production. Et la Fédération du Bâtiment entend
poursuivre la double besogne d’éducation révolutionnaire
et d’instruction professionnelle, ne comptant, pour l’une comme pour
l’autre, que sur ses éléments, sur son action directe.

Le
Congrès fédéral de Saint-Étienne avait
décidé une enquête sur les heures de travail dans
notre industrie, afin d’entreprendre une campagne méthodique
pour leur diminution. Mais les difficultés inhérentes à
pareille enquête l’ont, jusqu’à présent, empêché
d’aboutir. En donnant un tableau, limité à quelques
centres, on apercevra de suite l’intérêt d’une telle
enquête, et les camarades stimulés donneront un léger
effort pour que cette enquête soit bientôt étendue
à tous nos syndicats.

Si
nous n’avons aucune confiance dans les lois et le Parlement, nous
estimons néanmoins que si, par hasard, il y a dans le fatras
des textes législatifs ou des décrets des clauses
pouvant nous servir d’armes, il est bon de nous en servir dans la
mesure de nos forces. C’est pourquoi l’Annuaire donne quelques textes
intéressant plus spécialement notre industrie et la
liste des inspecteurs du travail.

En
attendant l’organisation méthodique et rationnelle des travaux
qui ne sera possible que dans la société que nous
instaurerons, il est nécessaire que la Fédération
centralise tous les renseignements relatifs à l’exécution
des grands travaux entrepris par l’État, les départements,
les communes, etc., ceci afin de régulariser les mouvements de
la main-d’œuvre et de se rendre compte par la situation générale
de l’industrie des mouvements à tenter, des centres où
ils doivent être tentés, de régulariser ainsi le
taux des salaires, le chômage et les autres conditions du
travail.

Dans
aucune des parties de son projet, la Fédération n’a
atteint pleinement son but. Dans son Annuaire ont pu se glisser et se
sont presque sûrement glissées des erreurs, et il y
manque bien des documents. Mais on songera que c’est la première
fois que ce travail est tenté et que l’avenir et l’expérience,
peu à peu, le mettront au point.

En
somme, c’est une amorce pour des études plus complètes,
plus sérieuses. La partie technique, notamment, devra être
étendue. La partie documentaire devra être mise au point
et également étendue. La Partie historique devra
s’étendre aux luttes de nos camarades des autres nations.

Mais,
par ce nouvel effort, la Fédération du Bâtiment,
fidèle à son esprit révolutionnaire, démontre
qu’à côté de la lutte contre le patronat
exploiteur elle poursuit une action d’éducation
professionnelle et économique. Et cette dernière
action, elle la poursuit non pas pour faire de ses adhérents
d’excellentes machines à production, mais pour en faire des
travailleurs capables de comprendre leur travail et de l’organiser
pour la production communiste.

A.
Picart


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