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Les Temps Nouveaux n°10 (6/12 juillet 1895)
Bibliographie
Article mis en ligne le 10 juillet 2008

par Grave (Jean), Vindex
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Vient de paraître chez Ollendorff, 28 bis, rue Richelieu : Le Mystère des foules, en 2 vol., 7 francs, par notre ami et collaborateur Paul Adam.

Dans cet ouvrage, où il est parfois sévère pour les foules, notre ami essaie d’en tracer la psychologie, de dépeindre ses fluctuations, de retracer son inconscience. La campagne électorale menée par Bareis à Nancy, lorsqu’il y fut nommé député, sert de thème à ce roman de psychologie.

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Nous avons également reçu d’un autre de nos collaborateurs, Ad. Retté : Trois Dialogues nocturnes, plaquette en prose, 2 francs, chez Vanier, 19, quai Saint-Michel.

C’est une dissertation un peu nuageuse sur l’amour.

― O ―

Mémoires d’un jeune homme, par Henry Bauer, 1 vol., 3 F. 50, chez Charpentier et Fasquelle, éditeurs, 11, rue de Grenelle.

Ces mémoires sont, en partie, l’autobiographie de l’auteur qui, sous prétexte de nous raconter l’histoire de son ami Jacques, nous raconte sa propre vie et ses sensations.

C’est d’abord un tableau, légèrement ironique, de l’opposition que faisait à l’Empire, alors à son déclin, la bourgeoisie républicaine.

Puis, viennent la proclamation de la République, le siège, la Commune, la répression et la déportation que l’auteur, « assagi », raconte sans amertume, n’ayant plus de haine pour les souffrances endurées, ayant même l’air de railler ses enthousiasmes de jeunesse.

Les souffrances de l’individu comptent pour fort peu de chose dans le martyrologe des peuples, et M. Bauer a raison de ne pas garder rancune à la bourgeoisie qui le châtia si cruellement pour s’être, jadis, séparé d’elle et s’être mêlé à une guerre de revendications prolétariennes. Dans la lutte, on doit s’attendre à recevoir des coups : on aurait tort de s’en plaindre.

L’individu sincère doit voir plus haut que sa personne ; ce n’est pas une guerre de rancunes personnelles qui réformera la société. Qu’importent les coups que reçoit l’individu dans la lutte, auprès de la misère générale ? Mais, si nous pardonnons à la minorité jouisseuse le mal qu’elle nous fit ou que l’on nous fit en son nom, nous n’oublions pas que toute une classe est opprimée par elle, que tous les jours des êtres humains sont privés du nécessaire et s’étiolent physiquement, moralement et intellectuellement, alors que leurs exploiteurs jouissent de tout. Aussi, sommes-nous loin d’atteindre la sérénité philosophique de M. Bauer. Nous voulons bien oublier le mal qui nous concerne, mais, loin de regarder ce qui se passe en spectateur, loin de désarmer, nous ne cesserons de démontrer aux misérables que, tant qu’il y aura des individus au-dessus des autres, ceux de dessous seront fatalement écrasés.

M. Bauer a des accès de pessimisme ; page 36, par exemple, il parle du « mal de la vie » ! C’est que, lorsque la vie vous est rendue facile, lorsque la vie n’est plus animée par un idéal intensif, on se blase facilement, et la vie vous semble lourde par sa vulgarité, sans que, pour cela, on soit décidé à la quitter. Dans ce scepticisme d’attitude, il y a autant de pose, inconsciente parfois, que de dédain réel.

Si le Bauer d’aujourd’hui, avant de parler du « mal de la vie », avait consulté le Bauer de la fin de l’Empire, nul doute que celui-ci lui eut avoué que, même au milieu de ses déboires, de ses misères, il avait trouvé, dans la lutte elle-même, des motifs d’aimer la vie. Le pessimisme n’est pas une doctrine, ce n’est qu’un signe d’affaissement moral, même quand il est une pose.

À part cette légère critique, il y a des choses excellentes dans ce livre, des pages sincères et émues qui nous ont fait revivre la vie de l’époque qu’elles nous racontent et que liront, avec plaisir ceux qui veulent connaître les petits détails de l’histoire.

― O ―

Le Roman d’un Singe, par Armand Charpentier, 1 vol., 3 F. 50, chez Ollendorff, 28 bis, rue Richelieu.

L’auteur a imaginé une espèce de docteur misanthrope qui s’est pris d’amitié pour un singe, dont il s’ingénie à développer le cerveau, afin d’en faire un homme.

Lentement et progressivement, il fait évoluer l’intelligence de l’animal auquel, à la fin, il ne manque que la parole pour être un homme parfait. Ce langage, il l’acquiert en mourant.

Il s’était mis à aimer la maîtresse du docteur, amour que celle-ci, par désœuvrement, par coquetterie saupoudrée d’un peu de perversité, avait encouragé, sans se rendre compte des souffrances qu’elle inflige à cette humanité naissante. Jaloux, le singe se pend de désespoir, et son dernier cri est le nom de l’aimée.

L’auteur a brodé là-dessus un roman assez intéressant, mais inutile d’en faire remarquer l’absurdité scientifique. Des milliers de siècles séparent la mentalité humaine de la mentalité simiesque. En admettant que l’évolution du singe fût identique ou parallèle à celle de l’homme, c’est un nombre incalculable de générations qui s’éteindront avant de franchir le fossé qui sépare le singe de l’homme.

On a décimé des populations humaines, dites inférieures, parce que l’on a voulu, sans transition, les astreindre à la mentalité européenne. Que serait-ce donc de l’animal que l’on voudrait élever à la « dignité humaine » ?

En tout cas, l’idée est drôle, et ce roman est intéressant.

J. Grave

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Nous avons reçu :

Les Gens chics, par Gyp, illustré par Bob, 1 vol. de l’édition polychrome, à 3 F 50, de chez Charpentier et Fasquelle, 11, rue de Grenelle.

Les Voix de l’aurore, par Achille Steens, 1 plaquette de poésie, 3 francs, chez Léon Vanier, 19, quai Saint- Michel.

Noce bourgeoise, comédie par Riotor et E. Raynaud, 1 plaquette, 1 franc, à la Plume, 31, rue Bonaparte.

Le Rêve de l’oncle, par Dostoïevsky, traduit par Halpérine, 1 vol., 3 F 50, chez Plon et Nourrit, 10, rue Garancière.

La Vie au Continent Noir, par Félix Dubois, 1 vol., 3 F, chez Hetzel, 18, rue Jacob.

Le Péril anarchiste, avec illustrations, par F. Dubois, 1 vol., chez Flammarion, 26, rue Racine.

L’Ethnographie criminelle, par le docteur A. Corre, 1 vol., 5 F, chez Reinwald, 15, rue des Saints-Pères.

Le Chômage moderne, par Thury, 1 vol., 2 F 50, chez Alcan, 108, boulevard Saint-Germain.

Le Contrat de travail, par E. Stocquart, 1 vol., chez Alcan.

Portrait de Dorian Gray, par O. Wilde, 1 vol., 3 F 50, chez Savine, 12, rue des Pyramides.

Du haut en bas et le Journal d’un philosophe, par Gyp, 2 vol. à 3 F 50, chez Charpentier.

De chez Storck, 78, rue de l’Hôtel-de-Ville, à Lyon :

  • Le Criminel-type, par A. Mac-Donald, 1 vol., 5 F
  • Documents de criminologie rétrospective, par A. Corre et P. Aubry, 1 vol., 10 F

Nous reviendrons sur plusieurs de ces volumes.

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