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Les Temps Nouveaux n°10 (6/12 juillet 1895)
Le devoir de l’homm
Article mis en ligne le 10 juillet 2008

par Engerrand (Georges)
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L’homme est un animal, mais il est le plus élevé de tous les animaux. C’est un animal, parce que ses organes essentiels se retrouvent dans toutes les espèces, quelles qu’elles soient, et aussi parce que les sciences géologiques nous le montrent descendant d’une lente progression des espèces primordiales. La raison même, qu’on a prétendu être son propre, appartient à tous les êtres vivants, mais à des degrés plus ou moins élevés ; c’est ainsi qu’elle grandit à mesure que l’on monte l’échelle vitale et que la séparation des fonctions est de plus en plus manifeste.

Il semble très rationnel de supposer que l’homme n’est lui-même qu’un échelon de l’échelle vivante et que de même qu’il est né d’espèces inférieures, de même il doit donner naissance à des espèces supérieures. Cette hypothèse étant supposée raisonnable, nous nous apercevrons immédiatement que nous avons un grand devoir à remplir si nous voulons que notre espèce s’élève au lieu de s’abaisser. Ce devoir est d’augmenter de plus en plus notre capacité intellectuelle et de débarrasser notre esprit de ces faux sentiments de patrie et de religion que l’on a l’odieuse habitude de lui inoculer dès notre jeune âge.

Plus nous apprendrons, plus nous chercherons à comprendre le mécanisme de ce qui nous entoure et de ce que nous sommes, et plus notre capacité intellectuelle s’agrandira, c’est-à-dire que nous deviendrons de plus en plus aptes à comprendre des choses nouvelles. Mais ce qui est important dans cette assimilation intellectuelle, c’est que non seulement nous travaillons pour nous, mais encore pour l’avenir : — c’est-à-dire que si nous naissions avec une intelligence que je représenterai par 10 sur 100, la plupart de nos enfants naîtront avec une capacité intellectuelle que je représenterai par 11 sur 100 et ainsi de suite. Il est donc bien important que nous cherchions à comprendre les phénomènes naturels et les causes des constitutions mauvaises, parce que nous travaillons pour nous et pour ceux qui viendront après nous. Il est presque aussi utile que nous nous débarrassions de deux acquisitions dangereuses ; je veux parler des idées de patrie et de religion. Rien n’est plus capable d’arrêter l’essor intellectuel que ces deux mythes.

Lorsque nous arrivons pour la première fois à l’école, ce qui frappe d’abord nos yeux, ce sont des tableaux représentant des combats, c’est-à-dire la chose la plus odieuse qui soit en usage dans les espèces animales. Les premiers livres dans lesquels nous apprenons à épeler sont des œuvres relatant les détails de ces batailles, et qui, à l’aide de phrases exclamatives et heureusement combinées, cherchent à éveiller en notre cerveau cette fibre qu’une lente assimilation d’idées patriotiques par les esprits de nos pères a rendue héréditaire parmi nous. Avec le temps et une culture adroite, on arrive à grossir cette fibre jusqu’à ce qu’elle marque d’un sceau tous nos raisonnements et toutes nos aspirations.

Les éducateurs trouvent aussi un grand moyen de frapper les jeunes imaginations à l’aide de costumes et autres arlequinades militaires.

Les idées religieuses se propagent avec le même succès dans les écoles spéciales, mais leur résultat est encore plus déplorable que celui de l’éducation patriotique.

Il faut avant tout nous débarrasser de ces deux théories et acquérir une liberté d’esprit et de raisonnement. qui nous permette de considérer les choses sous leur aspect rationnel et de distinguer la vérité d’entre les fictions et les sophismes. Alors, nous pourrons songer à travailler pour l’anarchie et à poser les premiers jalons de notre tâche à venir.

Souvenons-nous que nous ne pourrons vaincre nos innombrables ennemis qu’à force de savoir.

Georges Engerrand (étudiant en sciences)


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