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L’Ère Nouvelle n°1 (mai 1901)
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Article mis en ligne le 10 février 2007
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I

Chrétiens et prolétaires, nous avons souvent déploré l’absence d’un journal de propagande populaire, qui, tout en proclamant nos convictions, fit une part équitable à nos revendications et à nos aspirations, sans les séparer de nos espérances, de notre foi et de notre ardent désir d’y amener les autres.

C’est cette lacune que l’Ère Nouvelle essaiera de combler, rédigée qu’elle est en dehors de toute préoccupation ecclésiastique ou politique.

Chrétiens d’avant-garde, disciples de celui qui n’eût pas un lieu où reposer sa tête, nous croyons en l’Évangile qu’il vint apporter à l’humanité, non point en un Évangile tronqué, défiguré, amoindri par les compromissions avec les puissances de ce monde ou les dogmatiques des Facultés, mais en un Évangile absolu, complet, intégral, l’Évangile spirituel, moral et social, l’Évangile du Salut, de la Pureté et de la Justice ; bloc indivisible, tout inséparable.

C’est cet Évangile intégral que l’Ère Nouvelle s’efforcera d’annoncer à ses lecteurs.

II

Nous sommes de ceux qui attendent impatiemment la Terre Nouvelle dont parle l’Évangile. Terre nouvelle, société future, où habitera la justice, où il n’y aura plus ni douleurs, ni larmes, ni deuil [1], car toutes les choses du passé auront disparu [2].

D’où il découle que cette Société future différera totalement de celle où nous vivons actuellement, terre de souffrance où règne, hélas, en maître, l’injustice ; où abondent douleurs, deuils et larmes

Ce monde béni ne connaîtra donc point :

  1. L’exploitation de l’homme par l’homme, quelque forme qu’elle revête.
  2. Le paupérisme, quelque prétexte qu’on invoque pour légitimer son existence
  3. L’aumône, de quelque nom qu’on la décore.
  4. La guerre ou l’homicide légalement organisé.
  5. Un petit nombre d’hommes ayant tout le confort désirable : appartements spacieux, bien aérés, magnifiquement meublés, vêtements en abondance, nourriture copieuse, saine, bien cuite, tandis que la multitude, mal vêtue, s’entasse en d’étroits logements malsains, privés d’air, mange peu et se nourrit souvent de mets avariés.
  6. Une minorité, possédant ou gagnant de grosses sommes, se trouvant de ce fait à l’abri du besoin et faisant le plus souvent étalage d’un luxe insolent, tandis que la majorité, végète, gagne péniblement sa subsistance, à la merci qu’elle est des caprices, du chômage et du capital.
  7. Les instruments de la production aux mains d’un petit nombre de bandits, tandis que la majorité, sans laquelle leur valeur ou leur utilité serait nulle, doit, dans l’économie actuelle, renoncer à tout espoir de les voir devenir siens.
  8. Le cléricalisme, autrement dit l’esprit d’intolérance, d’oppression et de fanatisme superstitieux.

Aucun chrétien digne de ce nom ne pourrait sérieusement soutenir que des iniquités de ce genre, et mille autres semblables subsisteront dans la Terre Nouvelle, la Société future. Sinon, ce serait la douleur, les pleurs, le deuil. L’Évangile tout entier, dans son Esprit, s’élève contre le maintien des iniquités sociales dans une humanité régénérée. Voyez l’organisation communiste qui suivit immédiatement la formation de la première Église chrétienne à Jérusalem, dix-huit cents ans avant Babœuf, Cabet, Proudhon, etc. Si cette tentative initiale a échoué, nous ne trouvons nulle part qu’elle soit condamnée. En dehors d’elle, n’avons-nous pas le discours du Christ, sur la montagne, l’Épître de St Jacques, cent autres versets probants. Enfin, l’émancipation intégrale de l’humanité n’est-elle pas contenue dans cette ordonnance type, fondement de toute vraie Société : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.

Voilà pour l’Évangile social, telle que nous l’envisagerons dans les colonnes de l’Ère Nouvelle ; nous tendons donc une main fraternelle à ceux qui, mus par d’autres mobiles que les nôtres, poursuivent, néanmoins, l’émancipation de l’humanité, persuadés, en effet, que plus le sentiment de la justice et de la solidarité pénétrera les couches profondes de la population, plus le règne de l’Équité et de l’Amour s’approchera rapidement ; ne nous appartient-il pas, en effet, à nous, disciples du Christ, de hâter [3] la venue de ce jour-là.

III

Le côté social de l’Évangile ne nous laissera pas négliger son côté moral. Jamais, des hommes impurs, ou joueurs, ou immoraux, ou ivrognes, ne sauraient prétendre à une émancipation quelconque. Ne sont-ils pas les esclaves de la passion qui les domine : la bouteille, les cartes, la débauche, la pipe peut-être. Ils sont prêts à tout leur sacrifier et ils parlent de réformes sociales !

Donc, parce que nous aimons notre prochain, parce que ce sont des fléaux sociaux, parce que l’Évangile les condamne [4], nous combattons : l’alcool, l’immoralité, l’impureté, le jeu, en un mot tout ce qui dégrade et souille l’homme, tout ce qui flatte ses sens, ses mauvais penchants au détriment de son esprit et de son corps.

IV

Notre tâche serait incomplète si nous n’accordions une place aussi vaste au côté spirituel de l’Évangile ; spirituel, nous le répétons, car le tout, encore une fois, forme un bloc inattaquable. Pas d’économie sociale sans éthique, sans bases sociales. Pas de morale sans bases spirituelles. Nous croyons à l’existence du mal, cause autant que résultat du misérable état social que nous subissons. Disciples du Christ Rédempteur, du Socialiste Parfait, nous croyons qu’il a paru pour détruire, annihiler les causes et les résultats de ce Mal [5]. En nous révélant le Salut personnel, la Vie Éternelle, l’Amour Vrai, le Christ Ressuscité nous a fourni le moyen de vaincre l’Égoïsme et la Mort.

V

L’Ère Nouvelle étant indépendante de toute secte, de toute église, de toute coterie, n’aura donc aucune raison de taire la vérité. Ceux qui la rédigent sont des laïques, simples disciples de l’Évangile qui s’efforcent d’imiter leur maître, le Crucifié du Calvaire.

Ce n’est pas sans une certaine conscience des difficultés que nous lançons notre modeste feuille. Notre seule excuse est que nous la créons avec foi et avec bonne foi.

Ce sont nos uniques ressources, y compris notre intense conviction que le mode d’évangélisation laïque que défend l’Ère Nouvelle est le seul qui puisse atteindre effectivement la foule. Cette foi, cette bonne foi, cette conviction, ne sont-elles pas déjà le gage du succès ? Dieu fasse qu’elles contribuent à la venue de cette ère nouvelle, après laquelle l’humanité qui souffre, qui pense et qui hésite, soupire impatiemment et qu’elle appelle de tous ses vœux.

La rédaction

Notes :

[1II. Pierre 3/3.

[2Apocalypse 2/4

[3II. Pierre 3/12

[4Cor. 6/9

[5I. Jean 3/8


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