Paradise now Parlons de la contre-révolution

, par  Beck (Julian) , popularité : 6%
Parce que nous voulons la révolution
Et la révolution n’aura pas sa place
Tant que nous n’aurons pas exorcisé la violence
Car la violence est contre‑révolutionnaire
La violence est le produit de notre civilisation
Et la violence est le fondement de notre civilisation
Et c’est notre civilisation que la révolution veut détruire
La révolution est un processus de destruction et de création
La révolution est une destruction créatrice suivie de pure création
La révolution ne peut employer les techniques de la vieille civilisation
La vieille civilisation créa la violence afin d’exécuter ses propres desseins violents
Et la révolution n’a pas de desseins violents
Elle a des buts de vie non violente
La vieille civilisation c’est la violence du système social
La violence de l’argent
Violence du pouvoir autoritaire, armée, police
Violence de la colère, violence de l’orgueil, violence de morale égoïste et de mort crapuleuse
Nous ne voulons pas la violence, nous voulons la vie
Nous voulons être libres
Etre libre signifie être libéré de la violence
C’est pourquoi un vrai révolutionnaire est non violent
C’est pourquoi nous trouverons d’autres moyens de changer le monde
Nous voulons être libérés de l’état meurtrier
Nous voulons changer l’énergie de mort en énergie de vie
La violence en création
Chacun doit être libre de manger
La révolution veut arrêter toutes les guerres, tous les combats
La révolution veut donner à chacun l’occasion de s’élever
Si vous ne voyez pas que la vie est simplement sacrée
Je n’accepte pas votre conception du monde
Aussi longtemps que vous pensez calmement à tuer
Nous ne nous élevons pas
Nous ne pouvons nourrir la mort
Nous ne pouvons arrêter la guerre par la guerre
Nous voulons nous débarrasser de la contrainte
Toutes les armes répriment
Tous les meurtres sont antirévolutionnaires, antipoétiques, anti‑vie, anti‑amour et anti n’importe quoi
Les pauvres brûlent avec beauté parce qu’ils ne portent pas d’armes comme la police
L’ignorant et le malheureux brûlent avec beauté parce qu’ils ne sont pas avides et corrompus
C’est le peuple
La révolution ne peut corrompre le peuple
La révolution ne peut apprendre à tuer comme l’armée
La révolution enseignera d’autres choses
Nous sommes en 1969, je suis un réaliste
Je vois les adorateurs du Che
Je vois les Noirs forcés d’adopter la violence
Je vois les pacifistes désespérés et qui acceptent la violence
Je vois tout tout tout corrompu par les vibrations
Vibrations de la violence de la civilisation qui brisent notre seul monde
Je vois la souffrance des Noirs dans mon propre pays
et la souffrance de tout le tiers‑monde
J’ai vu la violence du système qui fabrique de la souffrance pour les sous‑privilégiés
Et nous devons détruire ce système, le système pas les hommes
Vous ne pouvez abattre ce système en l’imitant
Vous ne pouvez tuer un assassin sans en devenir un d’une façon ou d’une autre
Vous ne pouvez arrêter la violence par la violence
Vous voulez libérer les pauvres, vous voulez, vous avez besoin de faire quelque chose
Pour faire quelque chose vous avez choisi la violence
Parce que les gens au cœur mou croient faire quelque chose
Quand ils font quelque chose de violent
Il y a d’autres moyens de faire des choses pour libérer les pauvres
Venez maintenant nous sommes intelligents nous révolutionnaires
Nous devons savoir ceci : tout mon théâtre, mes poèmes, toutes mes incantations à la révolution échoueront s’ils ne chassent pas la violence par le feu et rejettent, avec des armées d’amoureux, la violence
La non‑violence n’est pas une technique, n’est pas un substitut pour les canons
La non‑violence est quelque chose que nous n’avons presque pas connu
C’est en soi‑même une révolution, nous pouvons envisager une révolution réelle
Tant que nous ne ferons pas la préparation pour la révolution et sentirons les choses différemment
Nous ne pouvons changer le monde si nous ne nous changeons pas nous‑mêmes
Nous ne pouvons avoir une société aux fonctions de tendresse si nous n’aimons pas
La violence a effacé les sentiments et l’amour
C’est pourquoi nous savons difficilement ce qu’est encore l’amour
Mais nous le saurons lorsque nous aurons effacé la violence et l’argent, les militaires, l’inégalité
La révolution placera le capitalisme, la révolution placera le militarisme dans le passé
C’est le chemin. Finies les prisons, finies les ruelles des ghettos noirs
Fini le travail toute sa vie pour le salaire
Finie la civilisation de la mort mourante et meurtrière
Fini avec la vie de la haine,
Dans la vie en fin de compte le fusil est la logique du penseur borné
La bombe est la justice de la haine
La révolution est basée sur l’amour
La révolution tourne la roue elle favorisera la vie
La rébellion est quelque chose d’autre elle favorise mais pas assez
La rébellion choisit la violence parce qu’elle ne voyait pas en avant
Le goût de la vengeance est la forme de légalité admise par la vieille civilisation
La rébellion l’accepte, nous le refusons
La violence ô mes contemporains est le veau d’or de la révolution
Ce que nous désirons c’est l’énergie pas la violence
Nous voulons transformer les buts de la révolution avec nos corps blancs et noirs
Nous formerons des cellules, nous désirons miner la structure
Nous voulons assaillir la culture
Nous reprendrons la parole de la nouvelle société, la nouvelle société libre
Nous construirons une sub‑structure de travailleurs et d’organisateurs
Et un jour nous arrêterons d’employer de l’argent
Nous ferons seulement les travaux nécessaires
Nous lancerons des plans pour apporter des pommes en ville
Et vous irez dans le magasin public et vous prendrez ce dont vous aurez besoin
Plus d’argent, plus de troc, plus d’emmerdements
Et si vous ne voulez pas travailler vous ne devrez pas
Et tous les gens empêtrés dans l’argent, le gouvernement, la bureaucratie et la production de violence seront libres
Et si chaque homme travaille dix heures par semaine le monde et la révolution avanceront
Toutes les prisons s’ouvriront, s’il n’y a rien à voler il n’y a pas de vols
Il n’y a rien dans ce monde que je ne désire plus que votre amour, si j’ai quelque chose que vous voulez prenez‑le
Nous n’avons pas besoin de lois, nous avons besoin de sensibilité
La violence est insensibilité, l’argent est insensibilité, nous cesserons d’employer de l’argent
Et les banques s’écrouleront et l’armée s’écroulera sans argent
Les gouvernements s’écrouleront et le peuple se lèvera
Nous n’avons pas besoin de gouvernement, nous avons besoin d’une simple administration
Le but du gouvernement est de protéger l’argent, une simple admi­nistration fait tourner la roue, pour nous c’est suffisant, nous nous administrons nous‑mêmes
Et il n’y aura pas de loyer nous ne payerons pour rien, et ce sera notre monde
Le nôtre pour baiser et pour en faire ce que nous voulons
Pour lui faire l’amour, se nourrir et baiser
Nous désirons nourrir et baiser chacun
Maintenant le but de la révolution non violente c’est la destruction de l’argent
Quand nous brûlons l’argent, nous consumons le carburant des démons
Les démons de l’anti‑amour, du capitalisme et de l’autoritarisme
Quand nous cesserons d’employer de l’argent l’âge de la civilisation et de l’angoisse s’écroulera
C’est aussi simple que cela
Quand nous renoncerons à l’argent et à la violence nous renverserons le manque de confiance
Quand nous renoncerons à l’argent et à la violence nous changerons tout
La révolution contre la violence est la révolution qui libérera chacun
La révolution contre la violence sous toutes ses formes est la révo­lution dont tous les hommes ont le désir et le besoin, ou nous mourrons trop tôt
Vous ne pouvez avoir une société communautaire avec la violence à l’intérieur
La violence divise et est anti‑communautaire
Vous ne pouvez avoir la liberté individuelle avec la violence autour de vous
La violence tyrannise chacun
La rébellion violente contre la violence ne peut éliminer la violence
Ils ont dit que ça pouvait marcher 10 000 ans
C’est un mensonge, nous regrettons cela, et quand ils viennent à nous
Nous voulons les amadouer avec sainteté
Nous voulons les faire léviter avec joie
Nous voulons les ouvrir avec des vaisseaux d’amour
Nous voulons habiller le malheureux avec du lin et de la lumière
Nous voulons mettre de la musique et de la vérité dans nos sous-vêtements
Nous voulons embraser le pays et ses villes avec la création
Nous la ferons irrésistible même pour les racistes
Nous voulons apporter la fertilité aux champs de glace
Nous voulons changer le caractère démoniaque de nos adversaires en gloire productive
Nous voulons en changeant le monde nous changer nous‑mêmes
Nous voulons nous défaire de notre propre corruption
Et au travers du processus de la révolution nous trouver existants non mourants
Et avant que nous fassions cela, la révolution ne trouvera pas sa place.

Julian Beck

(1968, extrait de xyz, bulletin libre des OC belges. Première publication International Times, 12 juillet 68.)

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