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Noir & Rouge n°11 (été 1958 ?)
Irrationalismes
Article mis en ligne le 19 septembre 2008

par Jacques
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Constantes de Droite

Tout ce qui prospère sur le mysticisme humain s’accroche à la névrose, et tout ce que domine la névrose devient la proie facile des pirates politiques et religieux.

Qu’est-ce que la névrose ? En termes larges, une maladie mentale déclenchée par l’angoisse. Comment l’angoisse vient-elle nous étreindre ? par l’inquiétude, le sentiment persistant « qu’il n’est pas possible de sortir d’une situation donnée », en bref par l’obsession, par tout mécanisme inhibiteur.

Or le mysticisme est l’inhibition des besoins vitaux. L’homme enfermé dans un certain nombre de structures qu’on lui montre comme rigides et immuables tend à renoncer aux besoins qui le pousseraient à aller au-delà donc à faire éclater ces structures soi-disant fixes.

Mais cette renonciation à la longue parviendrait à s’accumuler et quand même à devenir un dangereux explosif social. Aussi bien faut-il en trouver une dérivation, voire une utilisation.

La DROITE consciente et décidée à défendre ses privilèges, a parfaitement compris ce problème. Elle l’a résolu dans le cadre de sa propre névrose en ayant recours à une phraséologie qui convient à la fois au vide de sa propre pensée et à cette tendance irrationnelle — fond de toute passion — qui pousse les individus comme les masses à rechercher un ABSOLU en tout, et de le fixer dans une Idée ou un Homme. (Mais, disons aussi que cette tendance est déterminée par l’impossibilité de satisfaire les besoins vitaux normalement dans la réalité.)

Ainsi le cercle inhibiteur se ferme-t-il ; on démontre que les aspirations naturelles ne peuvent être satisfaites (les choses et l’univers sont ainsi faits), et la grandissime Morale chrétienne venant à point nommé, on les dérive dans le domaine de l’abstraction qu’aux grands moments critiques il suffira de cristalliser dans un « Sauveur » quelconque de la patrie ou de la civilisation (véritable complexe de l’Incarnation). Il s’agit en bref de canaliser, de détourner toute aspiration vitale de façon à l’enfermer dans l’abstrait, la métaphysique.

C’est pourquoi dans le domaine des structures sociales et mentales il est si aisé de constater la profonde identité de vues et de comportement entre les totalitarismes politiques et religieux, lesquels ont deux recours, au profit de leurs élites (privilégiés), à une mystique : le recours à l’ABSOLU, l’exaltation de l’ABSTRAIT.

La Droite aliène l’homme concret à des abstractions

Toute idéologie de Droite exprime dans ses constantes cette soumission à l’abstrait.

Dans sa forme aiguë représentée par le FASCISME, par exemple, les aspirations de liberté individuelle — que tout homme sain traduit concrètement par la possibilité de satisfaire ses besoins vitaux, ce qui implique une libération d’un certain nombre de contraintes économiques et morales — s’échangent contre une liberté d’illusion (La Liberté) c’est-à-dire une liberté par identification avec une idée.

C’est ce que démontre l’analyse de tout son vocabulaire, son goût pour la cérémonie et le travesti, ce transfert parfait et spectaculaire du concret à l’abstrait dont le fascisme nous a fourni tant d’exemples.

Son propre goût pour cette espèce de fétichisme l’enferme tout entier dans le domaine de la pathologie mentale. C’est la survivance du signe (et son action) à la chose signifiée.

On ne s’étonnera plus, cette considération étant faite, que toute idéologie de droite poussée dans la pratique, et basée nécessairement comme nous venons de le dire, sur le REFOULEMENT des besoins vitaux de l’homme, conduise à ce monde inhumain, à cette morale désaxée où passion et raison se pervertissent et mènent aux actes de sadisme.

Si la névrose est devenue le plus grand fléau de l’Occident elle le doit à une idéologie contraignante et « refoulante » qui est la base du christianisme lequel, socialement, s’exprime dans la pensée de la Droite.

Que cette pensée soit STATIQUE, on en convient aisément. Ce que l’on reconnaît moins c’est qu’elle ne peut être autre. Tout l’immobilise. Pour elle il n’y a pas de devenir humain. L’histoire n’a aucune signification. L’homme n’est pas perfectible. La seule issue, le seul refuge est l’abstrait. Son CONSERVATISME traditionnel, la défense de l’acquis (ses privilèges) se justifient par des mots statiques, négatifs, eux-mêmes. C’est un refus des pulsions vitales considérées comme instincts mauvais. Ces pulsions doivent être refoulées à la fois pour maintenir l’Ordre des choses intact, et pour développer l’esprit de soumission à un prétendu fatalisme universel, qui n’est autre, on s’en rend compte déjà, que la Structure Sociale établie.

Cependant si ces critères constants de la Droite saisie en son mécanisme nous sont utiles en cela qu’ils nous permettent de décaler ce qui dans TOUTE AUTRE IDÉOLOGIE la condamnera par avance — et nous ne manquerons pas d’en situer quelques points à notre propos (La Gauche et ses Partis) — nous n’aurons encore très peu appris tant que la racine. même de cette pensée « droite » n’aura pas elle-même été mise à nue.

Et cette racine, ce véritable « NOYAU IDÉOLOGIQUE » de la Droite c’est le DUALISME.

On sait que cette doctrine explique l’univers par le concours de deux principes ou puissances antagonistes, éternellement opposés dont l’un est BON l’autre MAUVAIS par essence, ce qui explique toutes les oppositions qui existent dans le monde : bien et mal, Dieu et monde, Esprit et matière, Âme et corps.

Le domaine de la matière qui est le règne de la nature est, dans cette interprétation celui du périssable, du limité, de l’imparfait, du déterminé par la nécessité, et du non perfectible, c’est le MAL. Celui de l’âme ou de l’esprit est celui de l’immatériel, de l’immortel, tendant vers l’infini, le parfait, la liberté, c’est le BIEN.

Ce « noyau », qui est celui de l’Église chrétienne a pu sans grand dommage résister à plus de 20 siècles de mutations sociales et s’étendre à des peuples aussi nombreux que différents. Le christianisme, plastiforme par excellence, a en effet supporté des formes sociales très diverses depuis l’Empire Romain jusqu’à nos républiques bourgeoises en passant par la féodalité et la royauté absolue.

Il survit dans les philosophies dites laïques ou athées parfois même matérialistes. Et la principale inquiétude de l’Église est de loger à tout prix ce « noyau » au sein de toute idéologie nouvelle qui tendrait à s’en évader.

Nous l’’avons déjà dit au sujet de la Franc-Maçonnerie (voir nº spécial ) il faut le rappeler.

Aussi bien nous pourrions appréhender correctement le solide lien interne qui relie les constantes de DROITE en ignorant la présence de ce noyau qui a fini — tel un aimant — par orienter la plupart des réflexes psychologiques et les comportements de l’homme occidental.

Toutes les difficultés auxquelles se heurtent les réformes ou les révolutions pour s’inscrire dans la réalité et demeurer pleinement efficaces proviennent de cet « œuf de mort ».

Une enquête publique menée par l’I.F.O.P. en 1955 à la demande des « Temps Modernes » sur le sujet : « Qu’est-ce qu’un homme de gauche ? », situait également dans la série de ses questions, ce que pouvait être un homme de Droite.

Il est particulièrement utile de rappeler à cet endroit l’essentiel des réponses de cet homme de droite, car il confirme singulièrement notre analyse. Nous en donnons ci-dessous quelques points :
— La nature humaine est mauvaise et immuable.
— Aucune évolution sociale ne saurait améliorer le sort de l’Homme qui est loup pour l’homme.
— C’est une mystification de prétendre le délivrer du besoin.
— La révolution n’est qu’un déplacement du personnel dirigeant, c’est aussi la liquidation des « Élites ».
— La seule dignité : maintenir son rang. Rester « propre ». Chercher à « s’élever ».
— La masse c’est l’informe, l’ignorante, animée de haine et d’envie qui s’attaque pour les détruire à toutes les valeurs sacrées (ces valeurs : l’Ordre, le Rang, la Propriété, le Savoir, le Devoir, la Patrie, la Religion…).
— Ceux qui réclament sont des « matérialistes sordides », il faut les brider.

Nous en passerons et des meilleures.

Pratiquement un tel état d’esprit PESSIMISTE vise à l’IMMOBILISME. C’est, comme nous l’avons dit déjà, le reflet d’une forme de pensée qui est la négation même de la vie, et ce qui est contre la vie ne peut être que pathologique.

DUALISME MORAL, STATISME SOCIAL, COMPLEXE DE L’INCARNATION, FÉTICHISME, EXALTATION DE L’ABSOLU, tels sont les traits qui singularisent cette civilisation de Droite.

Tels sont aussi les traits qui, pour nous, ont INFECTÉ et condamné la Révolution d’Octobre, tels sont les traits qui, à persister dans la pensée et le comportement des hommes de Gauche, condamnent par avance TOUTE AUTRE RÉVOLUTION.

Tout totalitarisme est issu d’une projection vers l’Absolu, c’est-à-dire dans l’Abstrait. Ce qui signifie l’abandon de l’humain concret au profit de l’Idée, la soumission au Signe au détriment de la chose signifiée, le refoulement des pulsions vitales au service de l’angoisse, de l’obsession, de la soumission et de l’immobilisme.

Jacques


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