La Presse Anarchiste
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Noir & Rouge n°12 (hiver 1959)
Éditorial
Article mis en ligne le 28 octobre 2008

par Noir et Rouge
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Il y a fort à parier que pour les historiens de l’avenir le fait le plus marquant de ces derniers mois ne sera pas le 13 mai, le retour au pouvoir de De Gaulle et la Ve République, mais bien le lancement du Marché Commun.

Cette grande initiative patronale dépasse de loin tous les calculs et projets de nos hommes et mouvements de gauche encore attardés à supputer les chances d’une socialisation de l’économie française. Comme si l’économie française existait encore réellement.

L’installation progressive du Marché commun, pratiquement imperceptible certes au niveau de la consommation courante, doit entraîner d’ici quelques années seulement l’unification de l’économie continentale européenne. Telle est la décision du grand capital.

Depuis le Cartel international de l’Acier avant guerre et le Plan Schuman après, il a soigneusement préparé l’opération.

L’unification politique ne doit pas suivre. Et surtout pas l’unification syndicale et ouvrière.

— O —

Quelle peut être la position anarchiste face à cet événement ?

1°) s’en désintéresser, comme de tout ce qui est important mais sort du cadre de nos préoccupations habituelles.

2°) pleurnicher comme les partis socialiste et communiste et autre poujadiste sur les secteurs marginaux de l’économie capitaliste que cela met en danger.

3°) ou essayer de devancer les capitalistes européens en étant plus internationalistes qu’eux et travailler à ce qu’à l’internationale des patrons réponde une internationale ouvrière RÉELLE.

— O —

Il y a 7 ans déjà, nous dénoncions en vain dans « Le Libertaire » le scandale qu’était l’existence d’un pool charbon-acier se jouant des frontières alors que syndicats, grèves et revendications s’y arrêtaient. Depuis, chaque prolétariat, chaque paysannat a continué sa vie nationale séparée, tandis que le capitalisme coordonne chaque année un peu plus ses méthodes et ses intérêts.

Et le jour est arrivé où, après Krupp, de Wendel et Cockerill, des compères comme Renault, Fiat et Volkswagen peuvent jouer leurs ouvriers les uns contre les autres sans que ces derniers aient seulement appris à se connaître. Sans que les métallos de Nantes-St Nazaire et du Schleswig-Holstein aient comparé leurs luttes.

Empêtrées par leurs bureaucraties dans le jeu national et parlementaire les classes ouvrières sont moins capables de se dégager d’un cadre désuet que leurs exploiteurs.

— O —

Qu’est l’Europe des six ? Une Europe continentale tronquée certes de tout l’Est sous-développé dominé par la Russie, et de quelques pays de troisième ordre (Suisse, Autriche, Ibérie, Grèce) qui risquent d’être entraînés dans son orbite.

C’est surtout un ensemble économique industrialisé comparable seulement à l’URSS et aux USA.

C’est pour la première fois le continent européen surmontant la division imposée par l’Angleterre et pouvant surclasser celle-ci.

C’est la France basculant du côté de l’Allemagne après avoir été depuis 50 ans un satellite diplomatique de l’Angleterre.

C’est aussi un prolétariat des plus expérimentés au passé révolutionnaire des plus riches, ayant vécu par instant des débuts d’action commune (1918-19, 1936, 1945).

C’est ceci qui nous intéresse.

Nous ne sommes plus à l’époque où lorsque Paris bougeait l’Europe tremblai d’un bout à l’autre (1830, 1848).

Mais la lutte de la classe ouvrière européenne est un facteur d’un tout autre poids :
— D’un poids décisif par sa relative inertie après 1918
— D’un poids décisif par son dynamisme si elle sait le retrouver.

Encore lui reste-t-il à prendre conscience de sa force.

Noir et Rouge


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