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L’Idée Ouvrière n°1 (10 — 17 septembre 1887)
L’Idée Ouvrière
Article mis en ligne le 7 novembre 2008
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L’IDÉE OUVRIÈRE ! Qu’est-ce que c’est que ça ? vont s’écrier les porte-plume, plats valets de la presse bourgeoise. L’IDÉE OUVRIÈRE ! Mais, ça à donc des idées un ouvrier ? Eh ! Oui, messieurs, les ouvriers se permettent aujourd’hui d’avoir des idées à eux, et qui mieux est, ne sont pas de celles avec lesquelles vous les endormez depuis près d’un siècle ; besogne pour laquelle, du reste, vous êtes payés, et dont vous vous acquittez au mieux de vos intérêts.

Mais cela a assez duré et à force de vouloir lui faire exécuter servilement sous une apparence de liberté, les ordres sous forme de lois, de vos maîtres les capitalistes, vous lui avez fait apercevoir que la route que vous voulez lui faire suivre conduit aux honneurs et à la fortune… vous et les vôtres et les laisse lui et les siens aux prises avec la misère.

Vos contes à dormir debout sur le respect de la sacro-sainte propriété, l’amour de la Pâââtrie, le suffrage universel, et d’autres bourdes telles que mutualisme, coopération, etc., etc., commencent à le laisser indifférent ; il se fout de ces préjugés, et rit de vos promesses, car l’examen et la mise en pratique expérimentale démontrent absolument que toutes ces institutions du haut en bas de l’échelle sociale, ne servent qu’à l’intérêt de quelques-uns qui jouissent, dominent, pressurent, au détriment de l’immense quantité qui végète et crève le plus souvent de besoin.

En France, où partout on lit : Liberté, Égalité, Fraternité, règne l’oppression insolente des galonnés, des porte-jupes ensoutanés, juges avocassiers et magistrats de tous ordres : l’opulence à côté de la misère, l’égoïsme le plus écœurant, etc.

Demandez donc aux ménagères, esclaves de la famille, de « leur homme », aux soldats esclaves de la discipline et de leurs chefs, aux ouvriers des bagnes capitalistes, esclaves des contre-coups, garde-chiourmes de la société, aux sans-travail crevant de faim, trimardant, rôdant par les rues et les quais, honteux, la figure hâve, cherchant dans les boîtes à fumier l’os que le chien à dédaigné, sans abris, sans vêtement, ce qu’ils pensent de cette devise bourgeoise : Liberté, Égalité, Fraternité ?

Ironie !

Qu’ont donc fait les ministres, les députés, les sénateurs et autres parasites issus de l’élection, qui souvent cependant visitent la localité pour remédier à la crise qui sévit, et devant laquelle ils sont impuissants et incapables ? Cette crise terrible est l’inévitable suite de la surproduction causée par l’appétit glouton des bourgeois pour l’or, leur Dieu, et par suite, le progrès du machinisme — la crise comme le progrès est internationale — et est une des causes de l’ordre, ou plutôt du désordre des choses dans la société actuelle ; sujet que nous traiterons incessamment.

Si nous examinons la situation au Hâvre, nous rendant compte de la transformation de l’outillage, nous serons moins surpris de chômage qui existe ici comme ailleurs. Autrefois pour le déchargement des navires il fallait des semaines entières ; depuis que les entrepreneurs pour soutenir la concurrence, ont eu recours d’abord au palan à traction de cheval, puis au treuil à vapeur, (prochainement le port sera doté de grues hydrauliques) le déchargement se fait en un ou deux jours ; et avec le dernier système se fera en moins de temps. Les ponts tournants par le système hydraulique, les chemins de fer sur les quais, sont autant de causes de la crise, de même pour l’industrie du tissage, un seul homme, une femme, voir même un enfant, produit à lui seul en un jour ce que plusieurs personnes produisaient en une semaine ; et qu’est-ce ceci en présence des progrès en réalisation et à réaliser ?

L’an passé Ferdinand de Lesseps de retour de Panama, déclarait dans un discours que le canal était en bonne voie et, parlant de l’outillage disait que les excavateurs faisaient en une journée le travail de 30.000 hommes. Que les dirigeants constituent autant de commissions de 44 qu’ils voudront, ce que l’on ne peut nier ce sont les faits, et ce que l’on constate, l’impuissance gouvernementale en matière d’amélioration. Partisans du progrès scientifique le plus étendu, nous ne cesserons de crier aux travailleurs : ce progrès, ces machines, cause de ta servitude, cause de ta misère, parce qu’elles sont entre les mains des parasites qui s’emparent de tout ce qu’elle produisent, c’est ton œuvre ! Les exploiteurs s’en sont emparés. Puisque c’est là la source de la misère dans laquelle tu végètes, de l’énergie les tiens souffrent ! À ton tour empare-toi de la machine, au profit de tous. Mais gardes-toi bien de la briser, comme nos ennemis veulent nous le faire dire, et si tu te heurtes à des obstacles, renverse renverse ! D’où vient donc la fortune scandaleuse, immense, des bourgeois, des dirigeants qui nous regardent de haut et nous éclaboussent de leurs insolences ? À qui donc apparient les immenses richesses fruit de notre travail, et dont regorgent les magasins ? À qui donc sert la Patrie ? Quels sont ceux qui ont intérêt à la défendre ? Qu’à coûté cette défense en homme, en argent ?

Pourquoi donc la plupart de travailleurs habitent-ils des logements malsains, des trous infects et insalubres, et sont même en grand nombre sans abris, pendant que de saines et somptueuses demeures sont inhabitées ?

Ce sont là toutes les questions que nous traiterons en détail, ainsi que bien d’autres d’un très haut intérêt pour les travailleurs. Camarade, sape, taille, ébranle, renverse, relève enfin la tête. Ton existence est sacrifiée au travail pour les gros. Depuis l’âge où, être chétif, encore tout gosse, tu as encore besoin de tant de soins, jusqu’à l’âge perclus, impropre à la production, tu sera jeté sur le pavé par tes employeurs sans autre perspective que le SUICIDE, si l’éducation que t’a inculquée la société bourgeoise t’a avachi jusqu’au point d’oublier que tous les êtres ont droit à l’existence.

La MENDICITÉ, si tu n’as conscience de tes droits, et la RÉVOLTE si tu as l’énergie de les revendiquer. Mais sache que n’importe dans quelle société, n’existerait-il qu’un seul misérable, qu’un seul malheureux, tous les hommes de cœur devront élever la voix et courir au renversement de cette iniquité, pour l’avènement de la justice, pour le bien-être de l’humanité.


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