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L’Idée Ouvrière n°1 (10 — 17 septembre 1887)
Aux travailleurs des villes et des campagnes
Article mis en ligne le 7 novembre 2008
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Il y a dans l’air un frémissement bizarre, comme un tremblement suscité par le vent du nord vif et glacé. L’organisation sociale semble agitée dans ses fondements, elle semble chanceler sur sa base ; et le chêne capitaliste — moins fier de sa force que celui de La Fontaine — paraît avoir le pressentiment d’un déchaînement vaste et furieux, du terrible aquilon, de l’aquilon de la révolution sociale.

Écoutez le murmure de la foule, rendez-vous compte de ses désirs inavoués, de ses sentiments d’indépendance et de bien être instinctifs, de ses aspirations concentrées dans son cœur ; et vous verrez par là que la classe possédante a bien raison de redouter le châtiment de demain et folle, de frapper à tort et à travers, se faisant sans en avoir conscience — aveuglée qu’elle est par sa folie — de profondes, de mortelles blessures. Quelles coïncidences entre la société capitaliste et bourgeoise d’aujourd’hui avec la société romaine. Coïncidences qui se rapportent non pas aux grands jours des triomphes, mais aux jours tristes, puants et sanguinaires de la décandence.

Partout la prostitution éhontée, l’agiotage sans vergogne, la vente ignoble des consciences, les pots-de-vin qui provoquent les infamies et les lâchetés ; les pourritures s’étalent partout aux regards indignés des travailleurs conscients. Depuis les hauts fonctionnaires, jusqu’aux boudoirs dorés des filles du grand monde, où viennent se prélasser dans leur ignominies infâmes ceux qui [vont ?] pour nous servir d’une heureuse [oppression ?], de l’or avec du sang.

[Et ?] c’est parce que la bourgeoisie [sent ?] l’épuisement s’emparer d’elle qu’elle frémit et qu’elle provoque ceux qui ont le courage de leur opinion, qui réclament pour tout le monde ce qui est nécessaire à l’homme pour vivre heureux, libre et assuré du lendemain.

Gare à l’invasion des barbares modernes, gare à l’idée ouvrière disent-ils ! Sans doute, c’est nous qui détruirons cette société, c’est à nous qu’incombe le devoir de purifier radicalement la société d’aujourd’hui. Nous le disons et on le sait : les gouvernements le savent mieux que personne. Pourquoi ces alliances internationales ? Pourquoi ces ententes cosmopolites entre capitalistes et flibustiers ? Ah ! c’est qu’on ne veut pas que l’ouvrier aie une idée, c’est que l’on veut qu’il reste une bête de somme, de la viande à engrais. C’est qu’on voit l’idée ouvrière qui se lève puissante et gigantesque ; c’est qu’on veut empêcher les idées sociales et revendicatrices de se développer tout à l’aise, qu’on poursuit tous ceux qui réclament une existence meilleure qu’on les chasse des ateliers comme étant des révoltés. Car quiconque est juste et signale les injustices qu’il voit ou qu’on lui fait, deviendra fatalement par la force des choses un défenseur de l’idée ouvrière, que nous défendons, que nous propageons malgré les persécutions toujours croissantes. Ce qu’on envisage dans les vexations sans nombre dont sont accablés les indigènes de la société bourgeoise, c’est le nombre toujours croissant de nos adhérents. En voulant empêcher notre propagande de se faire, les journalistes nous aident au contraire dans notre tâche en attirant sur nos idées une attention sympathique. Vraiment la peur fait commettre bien des fautes !

On craint le développement de nos idées, et c’est parce que nous représentons vraiment la liberté et la justice, que les pouvoirs quels qu’ils soient regardent avec épouvante l’avenir qui s’assombrit. Cela nous réjouit, nous que l’on persécute et que l’on traque, car si la bourgeoisie tremble, si elle est affolée, c’est qu’elle sent l’impuissance s’emparer d’elle. Le souffle des revendications ouvrières la fait frémir, c’est un fait que l’on ne conteste plus.

Partout, dans n’importe quel peuple, sous n’importe quelle latitude le tressaillement de l’émancipation ouvrière se manifeste apeurant la classe propriétaire, capitalise et gouvernementale. C’est vraiment le souffle destructeur de cette société inhumaine que nous subissons, de cette organisation sociale à son déclin, mais qui sème encore les misères, les désespoirs et les cadavres sur les champs de bataille de la lutte pour l’existence et les combats sanglants des dirigeants internationaux. Toutes les terreurs bourgeoises, tous les cris que pousse la presse vendue, toutes les infamies que commettent ces pitres de la littérature, ces parasites, ces jean-foutres, ne sont après tout que les râlements écumant de colère et de rage en voyant le flot populaire broyer tout ce qui lui fait obstacle, et proclamer le règne de l’idée nouvelle, triomphalement, sur les ruines de l’autorité détruite à tout jamais.

— O —

Lire dans le prochain numéro : la politique du Petit Hâvre, ses capacités, son opinion, ses turpitudes et ses palinodies.

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À partir du prochain numéro, nous publierons chaque semaine une Chronique locale et régionale ouverte à tous nos amis et correspondants, où ils pourront ainsi porter à la connaissance du public les vexations imposées aux ouvriers dans certains bagnes industriels, dans les chantiers, partout où se commettra une injustice. Les abus administratifs, les actes arbitraires de dame Thémis, les plaintes des ouvriers sans travail, leurs cris de douleur, leurs espérances etc. etc. En un mot tout ce qui est susceptible d’intéresser les travailleurs révolutionnaires de la Normandie. Nous sommes persuadés que nos lecteurs nous sauront bon gré de l’initiative que nous avons prise dans l’intérêt des travailleurs et de la révolution.

Toutes les correspondances et communications doivent être adressées aux bureaux du journal, 25 rue des Galions, Le Hâvre (Seine Inf.). Les noms ne seront jamais publiés, et le secret le plus absolu sera gardé.


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