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Iztok n°14 (septembre 1987)
Pologne : Szweyk, publication antimilitariste
Article mis en ligne le 24 novembre 2008
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Outre la revue Homek (cf. Iztok, n°12), le Mouvement pour une société alternative (en polonais : Ruch spoleczenstwa alternatiwnego, R.S.A) édite aussi Szweyk. Nous donnons ci-dessous la traduction de deux extraits du premier numéro de cette publication qui ressemble plus à un tract qu’à une revue, aussi bien par le format que par le contenu.

L’intérêt de ces textes réside surtout, selon nous, en ce qu’ils témoignent de l’aspect radical et clairement antimilitariste que peut prendre l’action pacifiste en Pologne dans certains groupes. Pour Liberté et Paix (Wolnosc i Pokoj : W.I.P.), le mouvement écolo-pacifiste proprement dit, implanté dans toute la Pologne ou presque, l’action vis-à-vis du service militaire est surtout. hostile au serment de fidélité à l’URSS et favorable à un service de remplacement. WIP ne s’oppose pas au service militaire en tant que tel et n’appelle pas la population à s’y soustraire, car « le prestige de l’armée est important : elle vient tout de suite après l’Église dans le cœur des Polonais ».

La position de RSA est à la fois plus claire et plus radicale, ne faisant pas de distinction entre pacifisme et antimilitarisme. Ce qui n’empêche pas, bien sûr, RSA, mouvement de Gdansk de collaborer avec WIP, et d’en présenter l’action dans Szweyk : « WIP ne se limite pas au pacifisme et manifeste aussi sur la question des droits de l’homme, sur les problèmes sociaux et pour la défense du milieu naturel. » WIP ne se veut pas un groupement politique alors que R.S.A. se proclame libertaire.

Szweyk fait aussi le point, brièvement, sur la situation des mouvements pacifistes dans les autres pays de l’Est : RDA, Hongrie, Tchécoslovaquie, URSS. La publication de ces informations dans les média des différents groupes est un des aspects de la coopération qui s’organise entre les mouvements pacifistes indépendants de ces différents pays (cf. l’Appel publié dans Iztok, n°13). Des résultats concrets ont pu être observés ces derniers mois, que ce soit sur le plan de l’information, directe et indépendante, ou celui de la solidarité. On a même vu l’organisation d’une rencontre-séminaire en mai à Varsovie où Liberté et Paix avait convié les pacifistes indépendants de l’Est et de l’Ouest. La solidarité s’exprime par les lettres de soutien échangées et les lettres de protestation envoyées aux gouvernements, mais aussi par des actions de rue telle celle de Liberté et Paix dont les militants déployaient, début avril, sur la façade d’un immeuble du centre de Varsovie une banderole de 10 mètres sur 3 demandant la libération de Petr Pospichal [1] en Tchécoslovaquie et celle de Zsolt Kesthely, « premier objecteur de conscience hongrois pour des motifs politiques », refusant de servir dans une armée pouvant participer à des actions telles que la répression du Printemps de Prague.

Rappelons que R.S.A. est un mouvement animé surtout par des jeunes, pour la plupart élèves des lycées techniques et originaires des banlieues ouvrières de Gdynia, Grabuwek et Chylonia. D’autres textes de R.S.A. paraîtront dans nos prochains numéros.

Le bon soldat est le soldat qui pense le moins

« Les temps sont révolus où les uhlans galopaient sur leurs chevaux en faisant tournoyer les sabres et étaient les modèles de vertu du citoyen, toujours beaux et splendides, en défendant la patrie comme en aimant les femmes.

« Même l’homme le plus raisonnable peut être dressé car rien ne lui vient plus facilement que l’héroïsme. C’est seulement au prix d’un grand effort qu’il peut s’en dégager. “La propagande, la menace et un bon exemple feront de chacun un héros presque sans volonté.” (Bertold Brecht).

« Dans notre siècle atomique, le maintien de la conscription est une absurdité. La guerre (si elle survient) se jouera en appuyant sur les boutons qui déclenchent la mise à feu des fusées, et non avec des soldats chargeant avec leurs pétoires sur les tranchées. Chez nous, l’armée est obligatoire. On exploite le soldat par un travail gratuit et on l’utilise pour la répression de la résistance sociale. L’armée s’appuyant sur les instincts ci-dessus décrits, toi, soldat, tu es d’abord persécuté comme “bleu” et un an après, “ancien”, tu persécutes la “bleusaille”. L’armée populaire polonaise se fonde sur le fait que l’on manipule mieux les gens en les dressant contre eux-mêmes. L’armée forme des bataillons de mannequins dressés à la trique, qui sont ainsi en état d’obéir à n’importe quel ordre, même le plus idiot. Il y aurait alors une paix royale. Toutes les grandes révoltes dans l’armée, les désertions massives, etc. ont toujours eu lieu à la fin et non au commencement des guerres, à la fin quand tout le monde en avait assez de la guerre. Si la chair à canon était une créature pensante, de nombreuses guerres n’auraient pas eu lieu, et comme ce n’est pas le cas, il y en eut beaucoup…

« Ne vous trompez pas, ne comptez pas sur une quelconque “armée à visage humain”, toute armée est stupide et c’est là-dessus qu’est basée sa force. En Pologne, tout ce qui s’écrit au sujet de l’armement ou de la paix est de la littérature de science-fiction, c’est de la pure blague, comme dit Witkacy. Les pays de notre joyeux bloc applaudissent la paix, mais font eux-mêmes le commerce des armes. Et, par exemple, la Pologne vend des armes à l’Irak qui depuis six ans est en guerre. Or, vendre des armes à ce pays équivaut à jeter de l’huile sur le feu. En plus, le camp “socialiste” vend des armes aux Palestiniens, au Nicaragua, à l’Angola et à la Libye. Ne parlons même pas Soviétiques qui piétinent l’Afghanistan avec leurs tanks, tout en lançant les colombes de la paix à la télévision. »

Mouvement pour une société alternative

Le Mouvement pour une société alternative (R.S.A) lutte depuis sa création, c’est-à-dire depuis 1983, contre la militarisation de la vie sociale dans notre pays.

La possibilité de faire un service civil au lieu du service militaire n’est pas pour nous une fin en soi, mais un moyen pour la liquidation de l’armée en général.

La lutte contre l’armée est un point de notre programme, dont le but est la destruction du pouvoir de l’État sur l’individu, la disparition la plus large de la force dans la vie sociale, la suppression de la censure, de la peine de mort. Nous luttons pour le droit de libre association, pour le droit à une culture et une éducation indépendantes, nous luttons pour la défense du milieu naturel, nous sommes contre les centrales atomiques soviétiques en Pologne. On n’obtiendra pas cela immédiatement par miracle mais avec la révolution. Il convient de parvenir à ce but par étapes : aujourd’hui cette étape est l’armée !

La base de notre mouvement est totalement l’affaire des gens qui osent ne pas faire le service militaire, en se débrouillant avec de faux certificats médicaux, en s’inscrivant à l’université pour éviter le « devoir d’honneur » ou qui créent une alternative contre la réalité parti-État par la contre-culture.

Que faire ?

« Jésus-Marie ! J’ai encore oublié de vérifier si on combattait pour une juste cause ! »

Souviens-toi : pendant la Première Guerre mondiale ont principalement péri des soldats, pendant la Deuxième Guerre mondiale ont principalement péri des civils ; pendant la troisième guerre mondiale, les soldats seront dans leurs bunkers et leurs doigts joueront sur le bouton de départ des fusées, et ainsi périront exclusivement des civils.

Avec elle se terminera notre ère civilisée et commencera celle de la militarisation.

À bas la militarisation !

Notes :

[1Petr Pospichal est signataire de la Charte 77 et du VONS. Le CODENE (20, rue Chaudron, 75010 Paris) fait circuler une pétition en sa faveur.


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