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Solidarité Ouvrière n°76 (novembre 1977)
Conférence nationale
Article mis en ligne le 28 novembre 2008

par Toublet (Jacky)
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Les documents issus de la conférence nationale des travailleurs libertaires seront publiés ultérieurement, ainsi que l’analyse et les conclusions qu’en tirent les militants de l’Alliance. Aujourd’hui, nous publions une tribune libre d’un camarade de Paris, sous sa seule responsabilité.

SIMPLES IMPRESSIONS

Eh bien ! nous nous sommes retrouvés, une centaine environ, d’un peu tous les coins de France, et nous avons discuté. Ce fut orageux, difficile. Chacun venait avec son expérience ; et il est dur d’écouter l’expérience des autres, surtout si elle est contradictoire.

Des anciens, de la CGTSR, de la CNTF de 1950.

Des moyens, de 68, à la CFDT en majorité, parfois après un passage à F.O., quelques-uns à la CGT.

Des jeunes enfin, d’après 1972. Des délégations de la CNT française, de la F.A. ; des observateurs, dont un camarade du syndicat des métaux de Barcelone et les camarades suédois de la S.A.C.

Des expériences diverses se sont heurtées, diront les optimistes. Quel point commun pratique peut-on trouver entre des militants de l’Alliance de Bordeaux, qui ont assuré le fonctionnement militant de l’U.D. de Gironde CFDT, mené une grève très dure, accompagnée de répression, à la S.E.P., puis ont subi le choc frontal des directions confédérales et de la FGM, avec les camarades des PTT de Paris de l’UTCL, pour qui la nécessité absolue du travail syndical est née de la grève des postes de 1974, et où tout est différent, depuis la nature de l’entreprise jusqu’au recrutement de ceux qui y travaillent. Les uns et les autres estiment que le travail effectué est positif, positif pour le développement des conceptions libertaires parmi les travailleurs. Autrement dit, continuent les optimistes, les divergences tiennent au vécu de chacun ; il s’agit donc d’organiser les confrontations, de comparer les expériences sur le terrain. Et la question de l’intervention, comme on dit, ou plutôt de sa forme serait une question d’opportunité, à raisonner cas par cas. Pour certains, il est vital, indispensable d’apparaître comme libertaires, avec des prises de position, concrétisées par des bulletins ou des tracts par entreprise ou industrie. Pour les autres, le risque d’extériorité, de manipulation est trop grand et les militants libertaires doivent se manifester dans l’organisation syndicale comme des travailleurs parmi d’autres.

Au contraire, pour les pessimistes, l’arbre du vécu ne doit pas cacher la forêt des oppositions théoriques : « Le mouvement libertaire français, disent-ils, est coupé en deux tronçons, l’un composé de militants aux conceptions qu’on peut désigner par le terme de syndicaliste ou d’anarchosyndicalistes – refus de constituer une organisation se donnant le rôle dirigeant et axant son activité sur l’organisation ouvrière –, et un second courant qui inverse le poids de ces deux termes, privilégiant l’organisation spécifique en regard de l’organisation des travailleurs. »

À chaque génération, les deux sensibilités se retrouvent. De 1920 à 1940, ce furent Archinov et Makhno contre Voline, la direction de l’Union anarchiste et Frémont contre la C.G.T.S.R. et Besnard ; après 1945, ce sont Fontenis et « Pensée et Bataille » contre la C.N.T. française et les anarchosyndicalistes, groupés ou non dans la F .A.

Les conflits qui naissent de l’opposition de ces deux courants stérilisent le mouvement. Parfois menacent de le faire disparaître. Rappelez-vous « Le Libertaire » d’après 1945 qui a tiré jusqu’à 80.000 exemplaires chaque semaine ; comparez avec la situation du mouvement en 1955.

L’Alliance est une création nouvelle, qui tient compte de cette réalité et qui ambitionne de réunir les travailleurs libertaires se reconnaissant dans le syndicalisme révolutionnaire et l’anarchosyndicalisme. Elle ne se présente pas en concurrente des autres organisations. Elle tente d’impulser une coordination dans les syndicats, parmi les travailleurs.

Une hâte trop grande, un désir mal contrôlé pour l’unité du mouvement peuvent être préjudiciables aux deux courants ensemble.

Il faut :

  1. continuer l’Alliance et développer les conceptions de l’anarchosyndicalisme, pratiquement et théoriquement ;
  2. travailler le plus souvent possible avec tous les camarades libertaires, dans la clarté, et ne rien faire d’irréversible ;
  3. participer activement à la reconstruction d’une section française de l’A.I.T., en collaborant avec ceux qui tentent de développer la C.N.T. française et avec lesquels nous sommes en accord théorique.

Cette analyse est connue, répondent les premiers. Mais faut-il se bloquer sur des divergences qui aujourd’hui ne sont que des discours et qui n’ont pas d’applications concrètes ? Par exemple, pendant la grève du Parisien Libéré, la plupart des travailleurs libertaires du Livre – de la F.A., de l’Alliance, les anciens d’« Anarchisme et non-violence » et individuels – ont fait bloc pour entraver sur le plan syndical l’expansionnisme du P.C.F., sans faire le jeu du patronat, avec d’autres courants de gauche et d’extrême gauche d’ailleurs. Il leur a manqué un organisme pour s’opposer aux staliniens sur le plan général, afin de montrer aux travailleurs du Livre que les libertaires soutenaient leur lutte. Cette absence a laissé le champ libre aux militants du P.C.F., qui ont occupé complètement ce terrain.

Actuellement, il nous faut construire cet organisme. Pour ce faire, rencontrons-nous pratiquement et commençons à intervenir sur le terrain, avec ceux qui au moins sont d’accord pour le travail dans les syndicats. On verra en marchant.

Acceptons, en conclusion, une certaine pluralité de conceptions, et essayons d’agir en commun sur les lieux de travail, là où se trouve principalement l’opposition des classes.

Et la C.N.T.F.? Au cours de la conférence, les interventions de sa délégation ont surpris ; une nouvelle génération de militants est présente, qui analysent plutôt que d’excommunier. La proposition du groupe de Rouen de constituer des syndicats C.N.T. dans les secteurs peu syndicalisés est à étudier sérieusement. Entre les syndicalistes libertaires, il est nécessaire de nouer ce dialogue qui s’est toujours rompu, afin de liquider le contentieux qui existe et dont la pierre de touche est l’analyse de la stagnation puis de la régression de la C.N.T.F. jusqu’à ces dernières années

Pour nous, une seule conclusion s’impose : continuer.

Mais continuer avec une optique de mouvement et non pas d’organisation. Etre parmi ceux qui dans les groupes pensent à l’unité d’action du mouvement des travailleurs libertaires, pour ensuite aller plus loin. Appuyer des conférences régionales des travailleurs libertaires, impulser des groupes unitaires par secteurs industriels, coordonner le travail dans les confédérations, soutenir les syndicats C.N.T. là où ils existent.

Ne soyons pas trop grandiloquents. Mais n’oublions pas que nous avons raté le coche un certain nombre de fois ; faisons en sorte de ne pas le rater aujourd’hui.

J.T.


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