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Le Libertaire n°6 (juin 1945)
Dans le bâtiment
Article mis en ligne le 10 décembre 2008
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Toutes les réunions, qu’elles soient générales, de quartier ou intersyndicales, débutent invariablement par un hymne à la production. La France, le relèvement du pays, la résistance, etc.

Ensuite on parle de choses sérieuses ; car il ne faut tout de même pas laisser aux syndiqués l’impression qu’on les a fait déranger pour des balivernes. Alors là le ton baisse un peu, c’est qu’on n’est pas trop fier du travail accompli.

On commence par déclarer aux gars que la C.G.T. n’étant pas d’accord avec le patronat et le gouvernement, n’est pas responsable de la façon dont sont réajustés les salaires. Pourtant, elle a apposé sa signature sans mettre la base en garde, et voici ce qu’elle a accepté : garçon de relais, 20 fr. de l’heure ; garçon débutant, 23 fr. ; garçon 6 mois, 27 fr. ; compagnon A-1, 30 fr. 50 ; compagnon A-2, 32 fr. 50 ; compagnon qualifié, 33 fr. 60 ; compagnon très qualifié, 35 fr. 10.

En 39, les contrats collectifs reconnaissaient deux catégories d’ouvriers compagnons et garçons dont les tarifs étaient 9 fr. 62 et 10 fr. 82. On voit donc que le tarif du garçon de relais, compte tenu des nouveaux impôts cédulaires, est à peine doublé, tandis que celui des trois dernières catégories de compagnons est triplé. Dans l’ensemble, les garçons sont désavantagés. Quant aux compagnons, nombre d’entre eux vont avoir de rudes démêlés avec les patrons qui vont pianoter la gamme des tarifs.

Il est vrai que la direction syndicale a donné un conseil fameux pour parer le coup. « Si votre patron ne vous place pas dans la catégorie à laquelle vous pensez appartenir, tâchez de forcer un peu les camarades pour lui prouver votre capacité. » Autre conseil encore : « Si vous n’êtes pas contents de votre paye, n’hésitez pas à taper le patron jusqu’à ce qu’il vous rallonge. »

Voilà au moins de l’action directe autant qu’individuelle. Gageons que l’inaction collective donnerait de meilleurs résultats. Seulement, pour la grève, il n’y faut point compter, les dirigeants du syndicat s’y opposent.

Voilà où nous en sommes dans le bâtiment neuf ans après juin 36. Et les patrons vont finir d’exterminer les quarante heures et la journée de huit heures dont on était si fier autrefois, en proposant le travail aux pièces et les heures supplémentaires aux ouvriers qui trouveront la paye trop faible. Ce que la C.G.T. acceptera sans doute « pour la patrie, etc. ».

Cependant la C.G.T. numériquement est plus forte que jamais : 5 millions d’adhérents et bien des prisonniers reprendront leur carte. Que signifie un tel afflux à une époque où les masses ne sont pas, comme en juin 36, acculées par le chômage, mais où elles ont au contraire des perspectives de travail considérables, à une époque où la C.G.T. ne fait nul battage pour les adhésions, où elle ne présente aucun plan pour le mieux-être des travailleurs ? Il n’y a pas d’enthousiasme, aucune pression, on ne se syndique pas pour avoir la paix, pour suivre la mode, et cependant les masses adhèrent.

Cela signifie que, d’une façon subconsciente peut-être, les ouvriers viennent prendre leur place de combat, qu’ils ressentent que dans les temps à venir il leur faudra, passer à l’action. Seront-ils encore une fois trahis ?


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