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Le Libertaire n°8 (août 1945)
Conférence de désunion internationale
Article mis en ligne le 12 décembre 2008
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En février dernier, une conférence syndicale internationale s’est réunie à Londres — berceau de la Ire Internationale — pour jeter les bases d’une « Fédération syndicale mondiale ».

Ainsi, après la double faillite de l’Internationale en 1914 et 1939, on tente présentement un pénible effort pour rappeler à la vie un cadavre deux fois enterré déjà, décomposé depuis longtemps et réduit en poussière.

Il est dur à des internationalistes et à des pacifistes révolutionnaires comme nous de devoir constater et avouer l’impuissance de l’Internationale. Bien loin cependant de nous lamenter et d’abdiquer, nous croyons plus utile — et plus franc surtout — de rechercher les raisons de cette impuissance. Et nous ne pouvons nous empêcher aussi de nous poser cette question : les bureaucrates syndicaux qui se sont rencontrés à Londres croient-ils sincèrement, après l’expérience négative du passé, à la possibilité d’un mouvement ouvrier syndical capable d’unifier la lutte internationale des travailleurs, en un mot de créer l’internationalisme prolétarien qui jusqu’ici ne fut qu’un mythe ? Il faudrait vraiment peu les connaître pour croire un seul instant à leur bonne foi, ce serait faire à des hommes vidés par le scepticisme et qui ne croient plus à rien, un crédit que leur attitude passée et présente ne justifie aucunement.

Nous ne sommes pas dupes de la comédie de Londres.

Mais alors, que signifie cette représentation de marionnettes et qui tire les ficelles ? Et puis, existe-t-il un mouvement ouvrier mondial que la guerre impérialiste aurait momentanément disloqué et dont il suffirait de rajuster, de rassembler les morceaux épars ? Il faudrait, pour croire à cette unité de vues, une forte dose de naïveté — que nous n’avons tout de même pas. À la suite de la rupture de la Ire Internationale, le mouvement ouvrier mondial s’est organisé en suivant trois voies profondément différentes.

Le Labour Party, rassemblement de toutes les organisations syndicales, politiques et coopératives ouvrières, où les premières l’emportent par leur influence (Trade Unions). C’est la forme qui prédomine dans les pays britanniques, en Belgique, Norvège, etc.

La social-démocratie, où les syndicats n’ont qu’un rôle effacé et sont sous l’autorité exclusive du parti (pays germaniques et slaves).

Enfin le syndicalisme révolutionnaire, qui repousse l’intermédiaire du parlementarisme et rend le parti inutile. Il s’est surtout développé dans les pays latins (France, Espagne, Amérique latine).

Comment expliquer cette triple opposition ? Nous ne croyons pas aux explications simples et schématiques et nous savons bien qu’un événement historique ne se produit que si une multiplicité de causes convergentes rend son apparition nécessaire, et il ne se peut que le syndicalisme échappe à cette loi. Une de ces causes semble pourtant avoir joué un rôle capital : le mouvement ouvrier s’est constitué simultanément dans des pays extrêmement divers du point de vue de l’évolution politique, économique et sociale. Ainsi, la France ayant parcouru le cycle de l’évolution politique beaucoup plus vite que les autres nations, il a suffi à la classe ouvrière de ce pays des quelques années qui vont de juin 48 à la Commune pour rompre avec la bourgeoisie (le tiers-état), rejeter le parlementarisme et s’engager brusquement à partir de 1900 dans la voie de la révolution prolétarienne. La décadence actuelle du syndicalisme français s’expliquerait alors, en partie du moins, par la décadence économique du pays et son recul dans l’échelle des nations. Mais alors se trouvent vérifiés les faits de 1914 et de 1939 ; l’internationalisme était vague, velléitaire ; n’ayant pas su conduire son action jusqu’à sa conclusion logique, la révolution prolétarienne, le syndicalisme en 14 ne pouvait qu’abdiquer.

En raison de son éclipse, restent donc face à face le syndicalisme britannique et le syndicalisme germano-slave, le premier attaché au rétablissement des échanges internationaux, du marché mondial, donc, malgré de peu sérieuses velléités nationalisatrices de l’économie libérale ; le second, au contraire, s’engageant résolument dans la voie de l’économie dirigée, du planisme autoritaire et bureaucratique, et en définitive de l’autarcie (derniers discours de Thorez : « Produire ! Produire ! Produire ! » — pour ne rien acheter aux Anglo-Saxons, donc se détourner du marché mondial, autarcie toujours !).

Le fait est grave et il serait vain de se dissimuler la redoutable réalité : les deux thèses syndicales qui vont s’affronter dans l’Internationale boiteuse et mal assise qui doit sortir du congrès de septembre correspondent exactement aux deux blocs impérialistes qui se heurtent déjà aux carrefours de la planète et dont la compétition désormais acharnée nous mène tout droit à la troisième guerre impérialiste : la ligue anglo-saxonne avec les nations maritimes et commerçantes pour qui l’existence du marché mondial est une question de vie ou de mort ; et le rassemblement des nations continentales autour de la Russie, pour lesquelles leur situation géographique fait de l’autarcie une nécessité, comme ce fut le cas pour l’Allemagne.

Que peut-il sortir d’utile du congrès de septembre ?


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