L’Individualisme Fédération ou Autorité

, par  Deherme (Georges) , popularité : 4%

Que la loi me soit imposée par un
seul, par une caste, par une majorité,
je n’en suis pas moins opprimé ; c’est
une question de nombre, voilà tout ;
l’oppression n’est pas moins grande
si un seul impose la loi à tous, que si
tous imposent la loi à un seul. Tant
qu’il y aura un seul opposant, il y aura
tyrannie, oppression.
Domenfarie.

Si la Révolution qui va s’accomplir est anarchique la forme sociale qui en sera la résultante ne pourra être que complexe de là, la nécessité de la liberté fédérative à moins de retomber dans l’ornière communiste et autoritaire.

Le rêve de tous les grands despotes : Alexandre, César, Charlemagne, Charles-Quint, Napoléon, a été de créer un État Européen et même universel, les autres, aux aspirations plus libertaires, ou bien, moins capables que les premiers, se contentèrent d’un gouvernement national régi soit par un individu, soit par une minorité, soit par une majorité.

Eh bien, tous ces États sont vicieux et autoritaires au même degré, quelle que soit l’étiquette dont ils s’affublent. Je prends la France comme exemple, puisqu’elle est sous le joug du Suffrage Universel, — le joug libéral par excellence. — Sans entrer dans les détails secondaires qui nous prouveraient que le Suffrage Universel n’existe réellement pas — les deux tiers des individus s’abstenant — j’aborde franchement la question :

La République est maintenue — je le suppose — par 20000000 d’électeurs mais en est-elle plus légitime pour cela ? Non ; car les 16000000 d’hommes qui forment la minorité n’en veulent pas. En bonne justice, cette minorité doit-elle être lésée au profit de la majorité ?… Voilà le règne de la centralisation, et pourtant, si je voulais m’étendre sur cette question, je démontrerai que, parmi cette majorité républicaine, il y en a qui désireraient une république socialiste, d’autres conservatrice, ou bien radicale, et toutes ces aspirations sont étouffées dans leur développement au profit d’une majorité fictive. Elles sont cependant concluantes les leçons que nous donnent l’Histoire ! Est-ce que Galilée n’avait pas raison contre l’Univers, et il était seul ? Est-ce que Proudhon n’avait pas seul raison contre toute la meute des politiciens de 48 ? Est-ce que l’infime minorité d’anarchistes n’a pas l’avenir qui démontrera que ses idées sont justes et réalisables ?… Et tant d’autres. N’avons nous pas toujours vu le grand nombre réfractaire à tout progrès tandis que le petit nombre se composait de penseurs, d’inventeurs, de savants et d’artistes.

Mais je m’arrête, camarades anarchistes, je sais que vous rejeter le parlementarisme et la centralisation en théorie ; mais, étant communistes, vous l’accepter en pratique. C’est donc avec vous que je vais discuter maintenant, vous ayant, je le crois, démontré que la centralisation actuelle était inéluctablement despotique, je vais essayer de vous faire voir que dans une société communiste absolue elle aurait les mêmes résultats.

En effet, j’ai discuté avec beaucoup de camarades et la plupart m’ont affirmé qu’au lendemain de la Révolution, il faudrait imposer le communisme a tous, comme tous les sectaires, ils étaient convaincus qu’eux seuls pouvaient donner au peuple et le bonheur et la liberté ; eh bien, là est l’écueil autoritaire du communisme et, sachez-le bien, cet écueil, c’est l’État, distributeur de bonheur a ses dirigés.

Entre le Communisme qui veut que tous soient communistes et le Républicanisme qui exigent que tous soient courbés sous la férule républicaine il n’y a, — au point de vue libertaire, s’entend — que la différence des noms. Et du reste sans État le communisme est impossible :

Supposons la Révolution terminée, comment les communistes imposeront-ils leur organisation sociale aux collectivistes, marxistes et possibilistes, aux blanquistes et aux individualistes ? Par la force ? Impossible, tous les autres révolutionnaires se ligueraient pour maintenir l’autonomie de leurs groupements. Admettons même que les socialistes se soumettent momentanément au terrorisme, ce terrorisme durera-t-il ? S’il cesse les socialistes relèveront la tête et c’en est fait du Communisme. S’il se maintient il ne pourra le faire qu’avec un État ayant des armées et une police à sa disposition, que devient alors la liberté ?

Le communisme imposé à une nation comme la France est impossible sans dictature, que serait-ce si l’on voulait le rendre européen et universel ?…

II

Si l’homme esclave a le droit de prendre sa liberté par la révolte, l’homme libre ne peut et ne doit pas contraindre à la liberté l’esclave qui n’en veut pas : c’est la justice anarchiste — la justice naturelle.

Toute Société — si despotique quelle ait été — a eu sa raison d’être. L’homme, comme toutes les formes de la matière organique et inorganique, est perfectible, il n’a donc pas toujours été ce qu’il est aujourd’hui. Il y a dix mille ans, il est probable que peu d’hommes possédaient le « sens » qui s’est révélé depuis quelques siècles : le « sens libertaire » et si, à cette époque, un penseur — en avance de quelques mille ans sur son siècle — eût voulu ce que nous voulons à présent, il eût été un fou dangereux ; car, de même qu’un malheureux qui ne possède pas le sens de la vue, les hommes primitifs ne possédaient, qu’à de rares exceptions, le « sens libertaire » ; il leur fallait donc des maîtres pour les conduire.

Et s’il existait après la Révolution — ce que je ne crois pas — un misérable, frappé d’un monstrueux cas d’atavisme, qui veuille se faire l’esclave d’un autre, voudriez-vous l’en empêcher ?

Empêchez donc l’aveugle d’avoir un guide car ce guide, c’est un maître !

Et puis, est-ce bien à vous de crier au liberticide ? vous qui ne possédez pas le sens libertaire assez développé pour accepter la liberté avec toutes ses conséquences qui enveloppent toutes les libertés sans restriction.

Si j’ai discuté ce fait qui ne se produira probablement pas. c’est peur rendre plus frappante l’idée de laisser toutes les organisations socialistes ou autres libres de former des groupes, des fédérations comme elles l’entendront.

Il le faut, compagnons, d’abord parce que c’est la justice et que cette justice relève de la Morale individualiste qui a pour base : l’Égoïsme.

Il le faut parce que les individus se sépareront après quelque temps des fédérations peu ou prou autoritaires.

Il le faut parce que le salut de la Révolution — qui ne sera pas l’œuvre d’une école mais de l’Évolution — en dépend et que des luttes au nom de l’Humanité, la perdraient tandis que le respect des intérêts individuels la sauvera.

Il le faut surtout parce qu’un principe doit être accepté entièrement sous peine de se laisser engluer par les chicaneries avocassières, toujours fatales aux révolutions.

G. Deherme
(A suivre.)

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