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La Revue Anarchiste n°1 (janvier 1922)
L’agneau
Article mis en ligne le 5 mai 2009

par Cultivateur de bégonias (Le)
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Quand on n’est pas très calé, parce que, au lieu d’aller à l’école, on se débinait en vadrouille, il n’y a, pour un mec marte, qu’un truc à employer pour avoir des idées : c’est de zieuter ce que maquillent les types qui l’entourent.

En ce moment, tous les gouvernements gueulent, comme s’ils étaient des marchands de quat’saisons : « la. Paix !… la Paix !…"

Et le populo ; un bon, micheton, croit que c’est de la bonne camelote qu’on veut lui débiter.

Nom de Dieu ! Ce que les gens sont gourdes ! C’est pourtant pas la première fois qu’ils se font refaire. Et ils ne savent pas encore que les dirigeants, c’est comme tous les aminches qui gagnent leur croûtes en faisant une postiche : plus on gueule fort, plus ce qu’on vend c’est de la blague. Quand une combine est mauvaise, c’est le boniment qui doit la faire passer.

Mais le populo est comme les gonsses qui professent dans les écoles : il ne connaît rien à l’histoire.

Pendant la guerre, ceux qui gouvernaient disaient aux trouffions « c’est pour la Patrie que vous vous battez, que vous faites la guerre ! » Et les griffetons en, foutaient un coup. Ils se faisaient salement descendre pour, plus tard, vivre tranquilles… Fourneaux !

Ils tuaient pour empêcher la guerre. C’est comme Lénine qui donne la Russie aux capitalistes, pour supprimer la bourgeoisie. Enfin, quand tout le monde était presque mort, alors on a fait la paix.

Et, maintenant, on parle de remettre ça ; non plus pour faire la guerre : on n’est pas des boches ; non ! La raison, gouvernementale d’aujourd’hui est tout autre et beaucoup plus noble que celle d’hier. Hier, on s’est battu pour avoir la paix ; maintenant, on va se rebattre pour la défendre ! Ça peut durer comme ça jusqu’à la Saint Glin-Glin.

Quand le poilu était dans la tranchée, il était un héros ; dans le civil, il s’aperçoit qu’il n’est plus qu’un ballot : la vie est chère, les proprios sont vaches et les singes salauds. Alors, pour ne pas avouer qu’il s’est fait « avoir », il dit à son môme : « Suis l’exemple de ton père et, toi aussi, tu seras un héros. » Et le père crève de faim… mais, il s’en fout ; il a l’admiration de son gosse ; et, quand le clairon sonne pour une nouvelle guerre, le dab, ne voulant pas avouer qu’il a été un couillon, qu’il n’a pu avoir la force de conquérir une victoire définitive, dit à son gosse devenu grand : « Écoute : c’est la voix des Ancêtres. Défends leur repos ! »

Ainsi, parce que les machabées roupillent mal, il faut faire de la terre un cimetière immense. Et la tradition sacrifie la joie et l’existence des vivants à l’égoïsme des morts.

* * * *

Cela me rappelle un vieux bobard hindou.

Ceci se passe à l’époque où, pour ne pas claboter, les Dieux s’envoyaient de la chair fraîche. Généralement, on leur donnait un agneau.

Un jour, un daron voulant montrer à sort chiard comment un père de famille doit aimer un Dieu l’emmena sur le lieu. où devait se faire le sacrifice. Arrivé près du bûcher, le môme qui ne voyait aucun animal, demanda au dab, dans son innocente naïveté : « où est l’agneau ? » Et le dab répondit : « La misère m’a fait perdre tout mon troupeau. Mais on doit toujours remercier Dieu de ses bienfaits et lui témoigner sa reconnaissance en lui donnant ce qu’on aime le plus. Et pour que, plus tard, toi aussi, mon cher enfant, tu saches ne rien refuser à l’Idole, je vais t’offrir en holocauste. C’est toi, mon chéri, qui va remplacer l’agneau. »

Et le daron balança dans les flammes son môme, pour lui apprendre ce que c’est que le devoir.

Cette « rigolade » est éternelle ; c’est elle qui fait chialer l’humanité.

Tenez : gaffez un peu les Communistes. Ils veulent que le pauvre monde soit moins sucé par les poux capitalistes. Que font-ils ? — Ils ligotent le mec « boulot » dans un tas d’idées incompréhensibles pour qu’il ne puisse se gratter quand il se fait bouffer par les totos mécaniques que les communistes, lui donnent pour chefs.

On peut être communiste et toucher des rentes ou celles de sa femme comme celles de ses parents. On peut être communiste, et avoir des larbins qui bouffent à la cuisine ; qu’a de commun le chef communiste avec ceux qui te servent ? Le valet n’est jamais l’égal du maître.

On peut être communiste comme le poilu est père de famille ; on peut être communiste comme l’hindou de mon histoire est fidèle à son Dieu.

Bon Dieu, Patrie, Marxisme, tout cela vit de sang innocent. Et ceux qui sont les bonzes de ces Idoles-Vampires sont de pieuses gens qui, avant tout, s’efforcent de donner à croûter à leur Dieu.

Alors, comme ils n’ont plus d’agneau à lui offrir, ils poussent l’esprit de sacrifice jusqu’à lui sacrifier des bonshommes.

Le religieux donne son fils à Dieu ; le patriote donne son fils à l’armée ; le marxiste donne son fils à l’industrie.

* * * *

Eh bien ! Puisque c’est moi qui cultive les bégonias, j’en veux apporter ici, chaque mois, un beau bouquet cueilli parmi les plantes des doctrines.

Ohé ! les poteaux. Vous pourrez cherrer dedans. Ce ne sont pas les types que je veux engu…irlander : on ne convainc personne en le traitant de crétin, de traître ou de vendu. Mais nous ferons sentir le parfum des Idées et celui qui n’est pas enrhumé du cerveau devra bien avouer qu’il aime les mauvaises odeurs… ou, alors, se moucher.

Puisse, de notre culture, jaillir enfin les fleurs de nos rêves pour en étouffer toutes les idoles qui ne vivent que de sang innocent !

Le cultivateur de bégonias


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