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La Revue Anarchiste n°1 (janvier 1922)
Dans les syndicats
Article mis en ligne le 6 mai 2009

par Véber (Paul)
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Les anarchistes ont compris, à nouveau, tout l’intérêt qu’il y a, pour assurer la propagation de leurs théories et de leur bel idéal, de pénétrer dans l’organisation syndicale.

Le groupement économique de la classe ouvrière leur apparaît comme représentant, par sa forme, sa composition et sa structure, l’appareil susceptible de faciliter l’établissement de la société qu’ils entrevoient.

Il est donc fort intéressant de donner à la question, syndicale une place importante, dans nos études comme dans nos discussions, pour permettre à chacun de nous de déterminer la position qu’il est indispensable de prendre.

Nous devons nous attacher à observer les faits saillants, dont le relief attire plus spécialement l’attention des militants, toujours en quête de connaissances approfondies.

Nous devons, en face des attitudes diverses, et par une étude comparative, tirer tous les enseignements utiles à notre propre action.

Nous devons puiser dans l’objectivité des expressions et manifestations sociales et économiques, et aussi dans le fatras des arguments favorables ou défavorables, ce qui doit renforcer nos convictions déjà solidement établies.

Cela, nous pouvons le faire, en suivant pas à pas, les événements qui se déroulent, présentement, dans le syndicalisme. Ce serait manquer à la tâche qui nous incombe, comme au rôle qui nous échoit, que de se désintéresser de la situation angoissante dans laquelle évolue le seul mouvement spécifiquement ouvrier.

Passons donc en revue ces quelques semaines écoulées, fertiles en enseignements de toutes sortes, dont l’importance ne peut nous échapper.

* * * *

Le Congrès Unitaire des 22,. 23 et 24 décembre dernier, nous fournit l’occasion de faire plus d’une constatation intéressante.

Il est indiscutable que c’est devant des actes d’exclusion consommés par les « Gouvernants » confédéraux, dont les désirs de scission se réalisaient, que certaines organisations ont cru devoir faire appel aux Syndicats qui s’étaient formellement déclarés pour l’unité ouvrière.

Une majorité imposante s’est prononcée contre la politique du bureau confédéral en assistant an Congrès, et pourtant ce qu’il est convenu. D’appeler « le crime contre le Prolétariat » s’est accompli par la volonté de quelques individus qui se sont abusés jusqu’à se prendre au sérieux en se croyant des chefs, alors qu’ils ne sont même pas des hommes. (C’est, au surplus, ce qui advient chaque fois qu’un être quelconque a la prétention de vouloir conduire les autres).

En face d’une telle situation, tous les délégués se sont mis d’accord pour faire connaître leur attachement indéfectible à l’union des exploités dans le syndicat. Mais, en revanche, ils se sont bornés à utiliser un moyen en honneur chez les gouvernants, lorsqu’il s’agit de rechercher les responsabilités d’un état de guerre.

Je ne sais si l’on tient à justifier une fois de plus, que la vie est un éternel recommencement, mais nous aurons bientôt, je pense, nos livres : blanc, vert, jaune ou rouge, qui, pleins de lettres, circulaires, ordres du jour et autres documents, seront chargés d’établir les responsabilités.

Aussi, comme il est à craindre que les travailleurs ne se perdent dans le maquis de cette nouvelle procédure, j’estime qu’il est préférable de passer outre et de nous attacher à des sujets plus substantiels et compréhensibles.

La scission — que nous eussions voulu éviter à tout prix ― trouve sa source dans une question fondamentale de principe : ici, le syndicalisme, là sa négation ; d’un côté, la lutte des classes, de l’autre la collaboration étroite ; d’une part, l’action directe du travailleur, d’autre part, l’inaction indirecte qui résulte d’une politique d’atermoiements et de réformes boiteuses : la Charte d’Amiens dressée devant le programme de Saint-Mandé.

De plus, c’est la liberté d’opinion, sans laquelle ne peut vivre le syndicalisme, qui se trouve violée manifestement ; il est bon d’insister sur ce point, pour que les masses comprennent que chaque fois qu’il sera porté atteinte à la liberté d’opinion, ce sont elles qui auront à en souffrir. De cette façon, si d’autres, demain, avaient la même prétention, pour un but plus ou moins avoué, ils rencontreraient une telle résistance, qu’ils viendraient s’y briser définitivement.

En ce qui nous concerne, pour ajouter à la netteté de la position prise, nous aurions désiré que la question de fond fût débattue, car il serait heureux que chacun comprît que, partisans de la liberté l’opinion et du groupement des travailleurs, sans distinction de tendances, nous sommes appelés à des confrontations d’idées, de théories et de doctrines, et que les débats qui s’institueront ne doivent faire peur à personne. Ceux qui ont peur de la discussion large et sérieuse, avouent implicitement, qu’ils manquent de confiance dans la valeur des arguments qui militent en faveur de la thèse qu’ils défendent.

* * * *

Le Congrès minoritaire s’est affirmé davantage que celui qui l’avait précédé. Il est vrai que l’influence du Congrès unitaire s’y est fait sérieusement sentir et que les débats qui s’y poursuivirent, étaient marqués d’un esprit préparé à plus de netteté, de clarté et de précision.

On comprenait que les méthodes d’obscurantisme et de louvoiement se trouvaient périmées, la situation ne permettant pas de prendre une position acrobatique autant qu’instable.

Aussi, en dehors de la question du groupement de la minorité, lorsque la discussion se déroula sur le sujet de la liaison organique, ― qu’il serait difficile, pour ne pas dire impossible d’interpréter autrement que comme une subordination hypocrite ― on s’aperçut bien vite que les manœuvres et « combinaziones » n’avaient pas obtenu le résultat qu’en pouvaient attendre ceux qui en furent les auteurs ou interprètes.

Malgré toute « l’autorité » que confère le titre de membre de l’Exécutif de l’I.S. dite rouge et la « puissance invulnérable » que peut posséder celui qui revient de là-bas, après avoir approché les illustrissimes et savantissismes gouvernants moscovites, dont les incomparables connaissances déteignent avec rapidité sur ceux qui éprouvent : l’ineffable bonheur d’être reçus par eux, et. Bien ! malgré tout cela, ce cher Rosmer ― qui ne peut digérer la pilule ― a été bien pauvre sur tous les terrains qu’il a effleurés, y compris celui de l’adhésion à son Internationale.

Sa leçon était certainement bien apprise, et nous devons reconnaître que son honnêteté l’a poussé jusqu’à des déclarations, dépassant certainement les limites qui lui avaient été assignées. Ceci, pour dire que l’on oublie rarement. qu’il fut un temps où l’on défendait la vérité contre le mensonge, la clarté contre l’obscurité.

Les délégués minoritaires ― la saison aidant — restèrent froids à ses appels qui auraient voulu paraître désespérés. Ils demeurèrent impassibles, lorsqu’ils entendirent, pour la nème fois, qu’il fallait choisir entre Amsterdam ou Moscou, ce qui est une façon comme une autre de couper court à toute discussion, et aussi que ceux qui n’adhèreraient pas à Moscou, seraient. des contre-révolutionnaires, —autre façon à recommander à ceux qui veulent légitimer une erreur qu’ils ont pu commettre.

Bien entendu, tous les camarades qui lui succédèrent lui firent comprendre — à moins qu’il ne veuille rien entendre, — que le temps n’étant plus où l’enthousiasme irréfléchi pouvait encore être de mise, il est nécessaire maintenant de s’expliquer posément et franchement, pour déterminer une attitude qui, logiquement, sera en contradiction avec celle qu’il a prise et qu’il ne veut pas lâcher, même devant la Raison.

Son insistance s’explique assez bien quand on songe que les « directeurs moraux » — ô combien ! — du syndicalisme étaient réunis à Marseille où ils devisaient, les yeux perdus — et leurs illusions aussi, probablement — dans la Grand Bleue, sur la pénétration et l’emprise politiques dans l’organisation économique. Et dame ! il eût été souhaitable pour eux, d’avoir à se mettre sous la dent, la minorité syndicaliste, en attendant que leur soit servi la « bouillabaisse » traditionnelle en ce beau pays.

Le contraire s’étant produit, ils se trouvèrent sans appétit et ne purent, par conséquent, assimiler ce que leur apportait le courrier de Paris.

Peut-être en feront-ils une maladie, en tous cas, ils rédigèrent une ordonnance les concernant, où l’on trouve de tout et rien.

C’est ainsi que soignait le Médecin malgré lui.

* * * *

Mais ce dont je ne doute pas, c’est qu’ils auront des sursauts, qu’il nous faut prévoir, pour qu’ils ne soient dangereux pour personne : c’est une occasion pour l’esprit critique des anarchistes, de s’exercer.

Les compagnons ne doivent rien laisser au hasard, car c’est pour eux une impérieuse nécessité d’être prêts à répondre à tontes les tentatives qui seraient dirigées contre le mouvement ouvrier qui formera la base économique de la société régénérée.

Le syndicalisme a sa place dans l’activité débordante de ceux qui ont épousé la haute et pure philosophie anarchiste. En pénétrant au syndicat, grâce à ses bases, à sa forme, comme à sa composition, ils conserveront leur belle indépendance et y maintiendront l’esprit qui l’animait, lorsque notre regretté F. Pelloutier lui fit le sacrifice de sa santé, de sa vie.

Véber


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