La décadence bourgeoise Période progressive (1792—1830)

, par  Deherme (Georges) , popularité : 3%

La démarche n’ayant pas abouti, naturellement elle revint le 1er Germinal et réclama la Constitution de 93. La bourgeoisie répondit à celte manifestation par la voix de Siéyès, qui fit voter une terrible loi de police décrétant la déportation contre les fauteurs d’attroupements.

Son application ne se fit pas attendre. Le 12 Germinal la Convention ayant été envahie par les faubouriens demandant du pain, ses membres votent un décret de déportation sans jugement contre Billaud, Collot, Barrère et Vadier.

« Le 29 Floréal, la distribution de pain ne fut que de deux once par tête. Le lendemain, la ration diminua encore. Les arrivages ayant manqué. Pas de pain, pas de charbon, pas de bois.

Le 1er Prairial, de grand matin, le tocsin sonne dans les faubourgs. » [1]

Le peuple envahit la Convention en criant : « Du pain ! du pain ! »

« Deux ou trois fois les sections bourgeoises parvinrent à refouler au dehors les gens des faubourgs. » [2]

Les émeutiers furieux coupent la tète au député Féraud et la promènent dans les rues au bout d’une pique. Alors, seulement alors, les députés effrayés votent quelques mesures, illusoires du reste, pour les apaiser momentanément. Puis, sur ces entrefaites, les bataillons des sections bourgeoises arrivent. La foule est chargée à la baïonnette. Elle se disperse.

Une terrible répression suit cet acte de révolte populaire. Romme, Goujon, Bourbotte, Duquesnoi, Duroi et Soubrani sont condamné à mort. Deux furent exécutés, les quatre autres se poignardèrent dans leur prison.

Le 4 Prumaire (an IV), la Convention tint sa dernière séance et se forma en corps électoral pour élire une partie des députés des nouvelles Chambres. Elle avait duré trois ans, un mois et quatre jours ; elle avait rendu 11,210 décrets !

Nous venons de constater les principaux actes du Parlement, le meilleur que l’on ait eu et qu’on pourrait avoir.

Parce que les hommes qui en faisaient partie étaient jeunes à la vie politique, doués d’une rare énergie révolutionnaire ; parce qu’ils étaient des philosophes, des savants d’un grand mérite ; parce qu’ils étaient épris des plus louables intentions, d’un égal amour de la Patrie, de la République, de l’Humanité et de la Liberté, le gouvernement conventionnel en a-t-il été moins mauvais, moins réactionnaire, moins corrompu, moins autoritaire ?…

Non. Le Pouvoir est, de son essence même, contraire au Progrès, à la Raison, à la Liberté. Gouvernement ou Autorité et Liberté, sont deux antithèses sans synthèse possible. L’un est la négation de l’autre, et vice versa. La Liberté, c’est le Progrès, c’est la Science. Le Gouvernement, c’est la Foi, c’est l’Ignorance, c’est le Passé. Entre ces deux principes l’accord est impossible : l’Histoire nous le démontre, à défaut de la Philosophie.

Et, du reste, les hommes sont ainsi faits. Ils peuvent avoir les meilleures des intentions que l’éblouissement du pouvoir, le droit de commander, de légiférer des millions d’hommes, les corrompt.

(à suivre)

G. D.

Voir les numéros précédents de la revue

[1Henri Martin, Histoire de la Révolution française

[2Idem.