Polémique avec le Conseil Général

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La Liberté de Bruxelles du 5 mai publie une correspondance fort extraordinaire sur le congrès de Saragosse. Dans cette correspondance, où un certain Pablo Farga joue le rôle de docteur ès sciences sociales et enseigne gravement aux ouvriers espagnols la meilleure organisation de l’Internationale [1], on parle de dissidences au sein du Conseil fédéral espagnol, d’hommes qui obéissent aux théories contenues dans la circulaire du Jura, etc. On ajoute que la circulaire du Jura menaçait l’Internationale d’une scission et de la création de deux centres et qu’elle n’a eu quelque importance qu’en Italie où le mouvement prolétaire est tout à fait jeune et entre les mains de doctrinaires idéalistes.

Cette correspondance, dont l’auteur tient de fort près à M. Marx, est pour nous une preuve de plus que les hommes qui intriguent contre nous en Suisse, font le même travail dans les autres pays. Le procès Bebel-Liebknecht nous a révélé ce fait scandaleux, que dès l’année 1870, le Conseil général envoyait en Allemagne, à titre de circulaires confidentielles, des lettres diffamatoires contre nous. — Nous avons reçu communication de lettres écrites l’automne dernier à des amis Italiens, par M. Engels, secrétaire correspondant du Conseil général pour l’Italie ; dans ces lettres M. Engels se livre aux calomnies les plus odieuses contre d’honorables citoyens appartenant à la fédération jurassienne et contre l’esprit de notre fédération en général. — Nous avons entre les mains une lettre de M. Sérailler, secrétaire correspondant du Conseil général pour la France, lettre remplie d’injures ignobles et d’accusations ordurières contre plusieurs membres de notre fédération : cette lettre sera présentée au Congrès général et il en sera demandé compte à son auteur. Enfin nous savons depuis longtemps que M. Lafargue, gendre de M. Marx, intrigue en Espagne pour le compte de son beau-père.

À la correspondance soi-disant espagnole, insérée par la Liberté, nous répondrons : 1° que nous n’avons jamais eu aucun rapport personnel avec les membres de l’ancien Conseil fédéral espagnol, que nous ignorons leurs dissidences, si elles existent, et que nous ne pouvons être rendus responsables de ces dissidences ; 2° que la circulaire du Jura n’a jamais eu pour but une scission dans l’Internationale ni la création d’un second centre, mais la réorganisation, de l’Internationale et le retour aux principes des Statuts généraux ; 3° que la fédération jurassienne marche d’accord, dans cette voie, avec la fédération belge, aux résolutions de laquelle elle s’est ralliée, avec les sections françaises existantes, avec la fédération espagnole et avec les sections italiennes.

À propos du Congrès de Saragosse, nous avons reçu de Barcelone des renseignements directs, et voici ce que notre correspondant nous écrit :

« Malgré la présence au Congrès de Paul Lafargue, beau-fils de Marx, déguisé sous un faux nom, le Congrès de Saragosse a décidé à propos du Jura, qu’il était totalement du même avis que les internationaux belges et qu’il s’appropriait leurs résolutions à ce sujet. ».

Comme nous nous sommes également approprié ces résolutions, nous nous trouvons d’accord avec le Congrès régional espagnol.

Espérons du reste que le Congrès jurassien qui doit se tenir au Locle le 19 mai, fera une déclaration dont les termes rendront impossibles à l’avenir les équivoques perfides de nos adversaires.

Cet article à été publié sans titre

[1Qu’on ne se méprenne pas sur le sens de nos paroles : nous ne faisons aucune objection aux théories générales émises par M. Pablo Farga, car ces théories, que le correspondant semble vouloir nous opposer, sont précisément les nôtres. « L’organisation de bas en haut,  » dont parle M. Pablo Farga, c’est nous qui la défendons contre le Conseil général de Londres, qui voudrait faire de l’organisation de haut en bas. Il y a une phrase du correspondant qui exprime parfaitement, en quelques mots, le principe qui a toujours été le nôtre ; la voici : « La grande force et originalité du mouvement initié par l’Internationale, est de s’être placé en dehors de toute théorie et de toute métaphysique, et de ne vouloir être qu’une société militante, constituée pour réaliser le but pratique de l’émancipation de la classe ouvrière par la classe ouvrière elle-même. » — Il faut beaucoup d’ignorance ou de mauvaise foi pour venir nous opposer, d’un air triomphant, nos propres principes ; nous les avons pourtant proclamés assez clairement et assez hautement ; — mais il paraît qu’il ne faut plus s’étonner de rien de la part de certains adversaires.

Nous ne sommes pas des idéalistes : nous sommes de très sincères et très positifs matérialistes. Il n’y a jamais eu dans l’Internationale, à notre connaissance, qu’un seul métaphysicien, un seul ab­stracteur de quinte-essence : c’est l’auteur du livre Das Kapital.

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