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L’Unique n°05, novembre 1945
Réalités, vérités
Article mis en ligne le 13 avril 2007

par Lacaze-Duthiers (Gérard de)
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À quelle sauce voulez-vous être mangé ? À la sauce oui ou à la sauce non Entre les deux hésite le bon populo, qui, n’ayant rien à manger, consent à se laisser manger. Solution plus ou moins élégante pour résoudre toutes les crises actuelles que nous vaut la bêtise humaine.

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Quand un voit à quel degré d’abaissement sont tombées certaines filles d’Eve, on ne peut souscrire au mot du père Hugo : « Ah ! n’insultez jamais une femme qui tombe. » Elles ne peuvent guère tomber plus bas. Il n’y a dans leur cervelle rien de bon. Elles déraisonnent à chaque instant. Le sexe faible qui aurait pu exercer sur le sexe fort une salutaire influence, n’a exercé sur ce dernier qu’une influence néfaste. Il a semé la haine et prêché la violence. C’est ce que certains appellent l’émancipation de la femme !

— O —

Notre époque a accouché de ce monstre asexué : la Femme-Soldat. Que les filles d’Eve ne sont-elles restées tout simplement le « délassement du guerrier », simple métaphore par laquelle Nietzsche leur assurait le rôle de compagne de l’homme qui lutte pour son idéal, et trouve en elle un soutien moral autrement efficace que le soutien que peut lui apporter une adjudante portant un uniforme, avec un calot sur l’oreille !

— O —

Jadis, quand des amoureux s’embrassaient au coin des rues, ou faisaient l’amour dans les bois, les gens honnêtes et bien pensants s’empressaient d’aller prévenir la police. Aujourd’hui, ces mêmes gens contemplent ces spectacles sans s’émouvoir. Cela leur semble tout naturel. Est-ce un progrès ? N’en est-ce pas un ? À chacun de juger selon sa conscience.

— O —

Rien désormais n’est plus caché des charmes secrets de la femme, qui étale ses fesses au soleil ou montre ses cuisses à bicyclette. Il règne dans ce domaine un laisser-aller sans précédent. Les jeunes peuvent s’embrasser dans la rue sans attirer sur eux les foudres de l’autorité. Ce qui faisait jadis bondir d’indignation le vertueux père de famille est toléré par tous. Tant. il est vrai qu’il est des accommodements, même avec la morale… du moment que c’est pour procréer pour la « prochaine ».

— O —

La « neutralité armée du penseur solitaire » dont parle Vigny dans Stello, est la seule attitude logique pour un individualiste. L’homme libre a contre lui tous les régimes, qu’ils soient de droite ou de gauche. Il est coincé entre les deux. Ils suppriment toute liberté, au nom d’idéologies contraires, qui finissent par se ressembler.

— O —

Méfions-nous des « camarades » dont la poignée de mains est molle et le regard torve. Il n’y a rien à faire avec eux. Ce sont la plupart du temps des traîtres, prêts à vous poignarder quand vous avez le dos tourné.

— O —

Quand on voit les individus auxquels on a affaire dans la société, on se demande dans quel monde on est tombé. C’est un monde à l’envers, où les sages ont toujours tort et les fous toujours raison, On se heurte à l’incompréhension et à la bêtise. On passe entre trente-six mains, plus malpropres les unes que les autres. Pour trouver un homme, on irait loin, Combien Diogène. avec sa lanterne, en trouverait-il ?

— O —

Tout augmente… sauf la moralité (je n’entends pas ici ce mot au sens bourgeois. qui est l’immoralité même). Plus cette dernière progresse, plus diminuent l’entr’aide, la sociabilité, la liberté, la fraternité, la compréhension mutuelle des êtres, tout ce qui fait le charme et le prix de la vie.

— O —

Il est des gens qui pensent — ou qui ne pensent pas — que par slogans. Donnez à ces gens-là, à défaut de tout autre, une pâture intellectuelle avariée, ils se jetteront dessus voracement comme sur un os à ronger, ce qui leur permettra de patienter, en attendant des jours meilleurs.

— O —

Ce qui eût suscité autrefois la réprobation universelle, — un crime de droit commun, par exemple — ne provoque aujourd’hui aucune indignation. Supprimer une vie humaine est chose aussi normale que d’occire un poulet ou d’étrangler un lapin.

— O —

« Je n’ai plus la foi, me dit un camarade. Je doute de tout et ne veux plus me sacrifier pour les autres. Ils sont si peu intéressants ». On comprend qu’un militant n’ait plus la foi lorsqu’ayant consacré toute sa vie à une cause qu’il croit juste, il aperçoit que seules triomphent tes mauvaises causes. On n’a plus la foi, mais on doit continuer cependant d’agir comme si on l’avait, ne serait-ce que pour ne pas décourager les camarades qui ont foi en vous.

— O —

Dans une société future meilleure. si jamais elle se réalise, à une date qu’il n’est pas possible d’indiquer, même approximativement, il fera bon vivre, l’individu avant renoncé à son égoïsme séculaire. En attendant cet âge d’or, vivons dans le présent en nous rapprochant de ceux qui pensent comme nous, ont les mêmes aspirations et les mêmes besoins. L’amitié est le seul bien qui nous reste au monde lorsque tous les autres biens nous sont ravis.

— O —

La plus belle des victoires est celle que l’individu remporte sur lui-même, sur ses préjugés et sur ses passions. Ce qui ne signifie pas qu’il doive se sacrifier et mutiler son moi. Il l’augmente et l’enrichit dans la proportion où il renonce à bêler avec les moutons ou à hurler avec les loups,

— O —

De quel parti es-tu ? demandait un quidam à l’un de nos amis. — Du parti de la Justice et de la vérité, répondait-il, voulant, dire par là qu’il n’appartenait à aucun parti, chaque parti prononçant ces grands mots en se gardant bien de les mettre en pratique.

— O —

Il faut avoir un rude courage pour s’obstiner à vivre, après tout ce que l’on a vu et entendu. On nage dans la bêtise jusqu’au cou. On en est saturé. Sous ce rapport, point de restrictions. On a beau fermer les yeux et se boucher les oreilles, elle est là qui vous guette à chaque coin de rue. Elle ne vous lâche pas d’une semelle.

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La liberté ? un mot, comme toujours. Ceux qui en parlent le plus sont ceux qui l’appliquent le moins.

— O —

Pour nous, le mot « liberté » ne signifie point esclavage. S’il est un mot qui ne supporte point l’équivoque, c’est bien celui-là.

— O —

Le même peuple qui acclamait tel individu la veille le conspue aujourd’hui. Cela nous donne une idée de la fragilité de ses admirations et du peu de sérieux de ses convictions.

— O —

Aujourd’hui comme hier, on voit la presse préconiser une « course des garçons de café ». On reverra une course des midinettes ou des garçons coiffeurs, On amuse le populo comme on peut. Pendant ce temps il ne voit pas ce qui se manigance dans les coulisses.

— O —

À en croire certains types, ils ont tout fait, tout lu, tout écrit, tout exploré. Ils ont du génie et sont satisfaits d’eux-mêmes. Or ils n’ont pas le moindre savoir ni la moindre idée. Ce sont des nullités qui vous assomment avec leurs prétentions.

— O —

Poète ! un mot que l’on ne doit point galvauder. Et cependant. en est-il aucun qui l’ait été autant, soit que des impuissants aient exprimé sous ce nom des niaiseries, soit que des mystificateurs s’en soient servi pour épater le bourgeois en en faisant un langage hermétique, accessible seulement à un petit nombre d’initiés ?

— O —

En littérature comme ailleurs, le slogan « Ote-toi de là que je m’y mette ! » a remplacé l’honnêteté et le talent. Tout confrère est un concurrent qu’il s’agit d’évincer et de faire disparaître.

— O —

Quelle joie, qui n’est comparable à aucune autre, pour l’homme qui a consacré toute sa vie à la défense du beau et du vrai, de s’entendre dire par des inconnus que le hasard lui fait rencontrer : « on vous aime, on vous estime ». Il n’entre dans cette joie aucune espèce de forfanterie. De savoir que l’on a un peu partout des amis connus ou inconnus qui vous lisent et sympathisent avec vos idées, quelle récompense vaut celle-ci ? Il n’en est point de meilleure.

Gerard de Lacaze-Duthiers


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