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L’Unique n°05, novembre 1945
Un « témoin » de la mauvaise naissance
Divorce suivi de Mensonge de Marius Scalesi
Article mis en ligne le 13 avril 2007

par Devaldès (Manuel), Scalesi (Marius)
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Combien de personnes, en France, connaissent Marius Scalesi ? Bien peu, certainement. Dans sa préface aux Poèmes d’un Maudit (Tunis, 1935), recueil de l’œuvre complète de Scalesi, la Société des Écrivains de l’Afrique du Nord donne quelques détails sur la brève et pitoyable existence de ce poète. D’origine italo-maltaise, il naquit à Tunis le 6 février 1892. Il eut une enfance douloureuse. Atteint de scoliose à l’âge de cinq ans, il fut toute sa vie difforme et débile. Sa famille était dans la plus grande pauvreté et lui-même connu la misère dans toute son horreur. Il dut quitter prématurément l’école primaire pour travailler, malgré son infirmité. Ce n’est que grâce à ses seuls efforts personnels qu’il acquis plus tard la culture dont il fait preuve en ses poèmes. Il exerça divers métiers. Au cours de ses dernières années, il travaillait comme comptable dans des maisons de commerce de Tunis. Il était, en réalité, sans situation fixe et ne mangeait pas tous les jours à sa faim.

Maints de ses poèmes attestent qu’il souffrit toujours, notamment en matière de relations sexuelles, de son infériorité physique. On devine quelles privations et quelles humiliations il eut à subir. Du point de vue eugéniste, nous le considérons comme un « témoin » de la mauvaise naissance ― un homme, qui, du fait de son hérédité tarée et de la misère économique du milieu familial, connut la douleur durant toute sa vie et, par conséquent, n’aurait pas dû naître, n’en déplaise aux barbares et ignorants défenseurs de la thèse que la tare et la maladie sont la source du génie et que le dénuement favorise l’épanouissement de celui-ci.

Il mourut à l’âge de trente ans, le 13 mars 1922, dans un asile de Palerme, emporté par la tuberculose et la folie.

Voici de l’auteur des Poèmes d’un Maudit, deux sonnets dont l’un exprime sa rancœur de mal-né et l’autre la vision de la nature que sa souffrance engendra en son esprit.

M.D.

Divorce

Alors que l’âme habite une chair qui lui pèse,
Comment vivre la vie et dompter sa rigueur ?
Une poitrine saine est nécessaire au cœur
Pour battre librement comme un flot qui s’apaise.

Ceux là qui dans leur sein portent comme une braise
Des aspirations vaines vers le bonheur
Connaissent seuls le prix de l’existence en fleur
Et les cheveux si fins qu’on dénoue et qu’on baise.

Ces biens offerts à tous m’échappent à jamais,
Pour moi plus de soleil, d’amour, de roses ; mais
Je veux les regarder d’un regard impassible

Je veux apprendre l’art de laisser sans un cri
Les sarcasmes aigus prendre mon corps pour cible :
Dans ce monde déjà je ne suis qu’un Esprit.

Marius Scalesi.

Mensonge

Tu mens, soleil si cher aux jouvenceaux épris !
Vous mentez, épis d’or, lacs bleus, mers charmeresses,
Parfums de fleurs, fraîcheurs des bois pleins de paresses,
Ramages des pinsons, reflets des colibris.

Vous êtes des appâts amorçant nos esprits.
Les rayons, les odeurs, les couleurs, les caresses
Grisent nos sens naïfs d’illusions traîtresses
Et masquent une embûche où tous nous sommes pris.

Ironiques témoins des humaines souffrances,
Rires épanouis sur nos désespérances,
Vous fûtes la stupeur de l’Homme primitif.

Il chercha d’où venait la féroce imposture
Et, fils pieux, n’osant accuser la nature,
Il inventa la Pomme et le Serpent furtif.

Marius Scalesi.


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