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La Lanterne noire N°6/7 (novembre 1976)
L’organisation comme conséquence de la pratique
Article mis en ligne le 9 mai 2007

par Groupe « imprimerie 34 »
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Pourquoi ce débat s’est-il ouvert sur le problème de l’organisation, aujourd’hui ? Certainement pour beaucoup par un besoin d’élargir l’horizon des possibilités d’information, d’aide et éventuellement de pratique commune. Parce que le capital a totalement généralisé sa domination de telle sorte que les problèmes se posent à un niveau international. Parce qu’aussi il y a un renforcement croissant des prérogatives de l’État moderne qui est dangereux pour toute émancipation.

Mais c’est toujours pour ces bonnes raisons que s’est posé le problème de « l’organisation » et il n’a jamais été résolu, mieux, il a toujours échoué. Alors pourquoi ?

Parce qu’on a toujours marché la tête en bas, on a pris le problème à l’envers en posant l’organisation comme prémisse et non comme conséquence de la pratique.

L’Histoire vient combler le vide. C’est 1917, 1936, l’Allemagne de 21. Se rattachant à l’époque des grands jours non vécus avec un répétitif quasi-religieux les « inquiets de l’organisation » extirpent les épluchures des poubelles de l’histoire pour s’en revêtir : ils s’organisent ! Et, de là, imaginent que découlera une pratique, pour peu que les mécanismes soient bien rodés. C’est la démarche léniniste avec tout ce qu’elle comporte théoriquement et pratiquement : la révolution est un problème d’organisations révolutionnaires, il faut recruter (etc.). Chaque forme du passé a ses adorateurs et tient lieu de perspective (fédéralisme contre centralisme, syndicat contre parti, conseil ouvrier, etc.).

Mais même ces organisations révolutionnaires du passé étaient autant un produit qu’un facteur de cette lutte ; leur vie n’était pas que d’elle-même et elles vivaient de l’embrasement général. La force, l’existence de ces regroupements dont on ne perçoit maintenant que la réduction livresque, c’était dans les communes, les villes, les usines ; des noyaux des prolétaires qui face aux tâches immédiates et concrètes s’étaient donné les capacités d’agir contre les anciens rapports sociaux. À ce niveau de leur existence journalière. Cela ne découlait pas d’une Organisation politique préalable à la lutte réelle. Ou lorsque cela se fit (agissez ainsi !) ce fut une catastrophe, coupées de ce mouvement réel, les organisations étaient comme le membre coupé du corps, acculées à mourir ou à être artificiellement entretenues, comme secte. L’histoire nous apprend aussi cette dialectique entre réflexion et pratique, la pratique et son organisation. Pourquoi en serait-il autrement aujourd’hui ? Et précisément la crise du gauchisme moderne, en 1976, fût-il d’idéologie libertaire, exprime bien le peu de réalité de ce répétitif abstrait, de cette coupure entre la vie réelle et la bonne volonté abstraite. L’origine sociale de ce mouvement-là — essentiellement intellectuelle, lycéenne, universitaire — n’y est pas étranger. C’est la désincarnation et la « culture subversive » qui tient lieu de réalité sociale.

La raison de l’échec permanent des tentatives de regroupement est là : on n’organise pas l’Idée, mais la communauté de nos besoins mis en oeuvre.

Ces besoins, cette révolte contre l’ordre existant naissent, se reproduisent quotidiennement en chacun. Ils peuvent mariner, tourner sur eux-mêmes ; et s’achever en bouillabaisse existentielle ; ils peuvent aussi être mis en action, exprimés, être exprimés. Celui qui se pose alors, où il est, et avec cohérence la question de SA propre insoumission se posera en même temps celle des moyens qui lui sont nécessaires aussi naturellement que celui qui a faim se pose la question d’assouvir celle-ci. C’est là que la rencontre avec d’autres puise sa réalité : dans une critique du monde existant qui, parce que déjà exprimée, favorise la coïncidence d’intérêts, d’aspirations communes. Cela peut se faire à partir de sa rue. de son immeuble, qui sait, avec certainement plus de réalité qu’à partir de l’Amérique latine.

Alors et seulement alors il peut y avoir un intérêt quelconque à rencontrer d’autres prolétaires dont on sait qu’eux aussi partagent des besoins de lutte, peuvent aider à la résolution de telle ou telle difficulté. Il ne peut y avoir de rencontre qu’intéressée.

L’autonomie de chacun, sa propre prise en charge, est certainement dans ces conditions le meilleur moyen pour gravir les marches : parce que l’on sait déjà marcher, on ne paralysera pas les autres.

S’il y a aujourd’hui encore UN problème de l’organisation c’est parce que la réalité a été inversée et la spécificité d’une telle interrogation est aberrante. Ce que l’on devrait se poser, ce sur quoi on devrait s’informer c’est plutôt de l’existence ou pas d’une pratique de lutte contre la survie, ses institutions, les moyens que l’on se donne — ou pas — les perspectives que l’on y découvre. Les nécessités de chacun. C’est donc un esprit de proposition, de créativité subversive, DONC leurs moyens de réalisation qui doivent, selon nous, être suscités. La relation entre nous ne peut être réelle que sur la base de ce genre d’accord. L’aboutissement positif de celui-ci crée réellement un rapport de confiance, d’intérêt. de continuité. sans pour autant impliquer qu’il soit systématique, formalisé.

Tel est selon nous le véritable débat auquel nul discours sur « l’organisation » en tant que pure idée, ne palliera.

Groupe « Imprimerie 34 ».


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