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La Lanterne Noire n°5 (mai 1976)
Espagne : le mouvement anarchiste en 1976
Article mis en ligne le 14 mai 2007
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Le mouvement ouvrier et révolutionnaire espagnol s’est formé avec l’effort de milliers et de milliers de militants anonymes.

Depuis les premiers efforts de Fanelli ou de A. Lorenzo [1] pour enraciner la Ière Internationale en Espagne, jusqu’à la réponse foudroyante avec laquelle le prolétariat espagnol, remporta dans les rues la victoire sur l’armée fasciste, début juillet 1936, le courant anarchiste fut la colonne vertébrale du mouvement révolutionnaire, le noyau dur de la spontanéité des masses. Dans les derniers mois de l’année 36, ce fut en Espagne l’expression la plus haute de la lutte ininterrompue contre le joug du salariat, de la propriété et de l’État.

Le fascisme triomphant de Franco imposa aux vaincus un long silence et malgré la lutte continuée dans l’ombre, les attentats, les grèves sauvages, la continuité révolutionnaire semblait brisée.

Et comme partout ailleurs, l’activité libertaire reprend ou se renforce ; les idées anarchistes, à l’égal de la vieille taupe sous les apparences de l’histoire, ont su continuer leur chemin, en sachant que la révolution n’est pas une nécessité historique inéluctable mais une potentialité qu’il faut toujours construire, des occasions qu’il ne faut pas laisser passer.

La forte tendance à la reconstruction de la C.N.T., apparue en Espagne en ce moment, surprend et crée des problèmes intéressants :

  1. Est-il possible, dans une société capitaliste industrielle où les syndicats réformistes font partie de l’encadrement et du contrôle de la population salariée, est-il possible de créer un syndicat révolutionnaire de tendance anarchiste ?
  2. Quelles sont les formes d’organisation possibles à ce moment de la lutte de classes dans un système capitaliste avancé, soit d’entreprise, soit d’État ? Quelle est la place de l’organisation des masses et des organisations spécifiques ? Sont-elles souhaitables et nécessaires si notre finalité c’est l’autonomie ouvrière et la prise en main du contrôle de sa propre vie par tout un chacun ?

Toutes questions qui méritent discussion et analyse.

Aujourd’hui nous publions un travail sur le mouvement anarchiste espagnol pendant les dernières années. L’auteur manifeste sa préférence pour la solution anarcho-syndicaliste, ce qui n’est évidemment pas la position de La Lanterne Noire, mais nous croyons que la clarification des idées face à cette nouvelle situation en Espagne permettra un certain nombre de réflexions sur les rapports des anarchistes et du mouvement de masses. Dans le prochain numéro nous commencerons le débat sur l’organisation spécifique et la spontanéité révolutionnaire.

Pour l’instant, et pour une meilleure compréhension du texte, nous signalons deux faits.

D’abord, le renouveau et la force de l’anarcho-syndicalisme dans l’Espagne actuelle s’explique aussi par l’attitude des travailleurs. Dès les grandes grèves de 1962, une tactique est apparue spontanément face aux patrons et au syndicat fascistes : les Commissions Ouvrières, élues par la base. Très rapidement, les Commissions Ouvrières furent noyautées par des groupes politiques : P.C., Ligue, Mao, Catho. Et à partir de 1969, un courant se fait jour chez les travailleurs pour des organes élus et contrôlés par la base. Et à partir de 1971, pratiquement dans chaque conflit, on observe la dénonciation publique des manipulations des groupes politiques.

Actuellement cette attitude antirécupératrice, sur le principe des assemblées de base quotidiennes décidant du mouvement et de la révocabilité des délégués est une constante des conflits en Espagne : même les délégués ouvriers de groupe d’opposition élus aux élections syndicales officielles de juin 1975 sont écartés [2]. L’interview publiée dans Front Libertaire d’avril sur Vitoria est exemplaire de cette tendance. Il faut également lire les nombreux articles de Informations Rassemblées à Lyon.

Ajoutons que même dans l’U.G.T. qui vient de célébrer un congrès public à Madrid — avril 1976 — (avec l’autorisation du gouvernement — sic —, mais il est vrai que les sociales-démocraties allemande et suédoise sont derrière, sans compter Mitterrand qui devait se rendre en Espagne en 1975, voir « Cambio 16 » du 21-4-75, « Vanguardia » du 4-75), on a vu certaines délégations affirmer durement l’incompatibilité d’assumer des postes de responsabilité à la fois à l’U.G.T. et au P.S., ce à quoi la majorité a répondu en les traitant de « fascistes » (« Triunfo » 24-4-76). L’influence anarcho-syndicaliste est donc sensible même dans l’U.G.T.

Enfin, notre dernier point est que le développement de l’anarcho-syndicalisme espagnol reste une inconnue : comment s’adaptera-t-il à une éventuelle légalisation ? Comment pourra-t-il concilier le rôle d’« interlocuteur » du patronat qu’imposent les structures du capitalisme, et la combativité de la base depuis des années ? Les militants espagnols sont conscients de ce problème qu’ils sont obligés d’aborder, pratiquement en même temps qu’ils réorganisent des activités fractionnées depuis une quarantaine d’années. Et la menace d’une reprise du gouvernement par l’extrême-droite pèse toujours, tant sur les révolutionnaires que sur les capitalistes « démocrates ».

Notes :

[1Fanelli Giuseppe, du groupe des amis de Bakounine, est allé en Espagne pendant l’hiver 1868-69. Il établit des contacts à Madrid et à Barcelone, et son activité est à l’origine de la création de l’Alliance et de la section de l’A.I.T. en Espagne.

Lorenzo Anselmo, typographe, du noyau qu’organisa l’A.I.T. en Espagne en 1869 avec Mora, Fraga Pellicer, Morango, etc. Il participa à la conférence de Londres en 1871 et il est l’auteur de « Le Prolétariat Militant ». Son activité contribua à donner une orientation anarchiste collectiviste (« bakouniniste ») au mouvement ouvrier espagnol.

[2Il faudrait sans doute reposer le problème de la différence, voir de l’opposition entre anarcho-syndicalisme et conseil ou soviet (comme en 1917-21 en Russie, en 1918-20 en Italie, en mai 68). Malheureusement c’est un débat souvent creux et passionné.


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