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L’Unique N°3 (août-sept. 1945)
Acte de jeune, rêve de vieux
Article mis en ligne le 6 janvier 2007

par Dalmon (Dr Henri)
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 Oui, nous voilà libres, libres de vraie liberté et vraiment libres de liberté.

 Nous avons quitté les cuistres de collège ou de faculté, fermé les livres et répondu pour la dernière fois au dernier examen.

 Deux ans d’école maternelle et dix ans de collège, six ans d’école de médecine et un an de régiment : près de vingt ans de bagne en somme sont derrière nous.

 On n’en parlera plus, on les oubliera ; elles sont déjà oubliées.

 Tenant ma fille de la main gauche, mon fils de la main droite et ma compagne riant derrière moi, nous galopons dans la forêt, ne cueillant rien, n’abîmant rien, mais respirant à pleins poumons, nous soûlant de joie, de bonheur et’ d’espace.

 Jamais plus il ne sera question d’autre chose que de nature et ses merveilles.

 En un coin de village proche les bords de notre forêt devenue notre mère grande, nous vivrons désormais avec les chèvres, les poules, les abeilles et toutes sortes d’arbres fruitiers qui nous feront vivre de leurs fruits, en toutes saisons.

 Et cela nous mènera sans calendrier, sans marque de temps, ni contraintes d’aucune sorte, naturellement.

 Notre seul désir est de voir, en plus de nos amis les hôtes de la forêt, voir quelques hommes heureux de notre bonheur venir le partager.

 Voilà ce que nous avons vécu au début de ce siècle, car ceci n’est ni une utopie, ni un rêve, mais un fait vécu, merveilleusement vécu.

— O —


 À vingt et un ans, un bourgeois a pris notre fille, il était riche et ils s’aimaient.

 À vingt et un ans, l’État, a pris notre fils, il était sain, beau, intelligent et moral : un naturiste, pour en faire un marin.

 Aujourd’hui, ma femme inconsolable pleure sur une tombe.

 Mais ma famille s’est agrandie. Dans mon coeur, mon amour se gonfle pour une nuée de jeunes que je connais pas.

 Ce n’est plus ma fille et mon fils que j’emmène pour la première fois en forêt en un jour éphémère de liberté, mais cette nuée de jeunes pour l’éternité.

 Il me semble comme cet homme qui purgea une ville d’Allemagne de ses souris, que j’entraîne avec moi la jeunesse entière pour la faire disparaître en cette forêt immense qu’est devenue la terre régénérée, et la sauver de la mort des villes et des monstres qu’elles abritent.

 Je voudrais avoir la flûte de Pan pour opérer, réaliser cet enlèvement… une utopie.

Dr Henri Dalmon.


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