Critiques anarchistes (?) diverses

, par  Consort , popularité : 3%
Jouer au critique littéraire, c’est pas l’genre que j’préfère, même si c’est pour alimenter une revue qui n’est pas un canard universitaire bien que le style fasse parfois illusion [1].

Pourtant (’me voyez v’nir ! z’êtes pas cons tout de même !). Pourtant, j’vais l’faire pour le bouquin d’Fournier : « Y’en a plus pour longtemps » [2].

Pierre Fournier, dès 69, dans « HaraKiri hebdo », c’est chaque semaine deux pages d’écriture serrée qui fait éclore le fait écologique dans notre champs de conscience (!).

« Il va de soi qu’ “écologique” s’entend au sens le plus large du terme. Ce n’est pas le “problème de l’environnement” qui nous intéresse, ce sont les extraordinaires possibilités de révolution enfin globale, radicale et fondamentale que fait entrevoir l’absolue nécessité de le résoudre. La contestation de type proprement politique ne nous paraît plus pouvoir déboucher que sur des impasses. Il faut s’opposer aux bases même d’un système, qui sont économiques. On ne peut plus changer la société sans, d’abord, changer la vie. Nous subissons les ultimes développements logiques d’un capitalisme devenu, non plus seulement international, mais planétaire. La société capitaliste, c’est la civilisation industrielle elle-même. Elle ne se contente plus de nous exploiter, elle nous détruit. Une seule issue : la révolte. (…) La prise de conscience écologique ne débouche pas sur des réformes, des palliatifs, des rafistolages, comme on voudrait nous le faire croire en haut-lieu, mais sur une révolution, seule capable d’imposer le passage inéluctable d’une économie de croissance et d’exploitation à une économie d’équilibre et de partage. »

Ce recueil de textes, c’est la voix de Fournier de nouveau au milieu des nôtres qui n’ont cessé de réclamer une société libertaire et autogestionnaire, qui n’ont cessé de réclamer tout et tout de suite.

À ceux pour qui lire demande un effort : tendez l’oreille, camarades !

En passant à l’ombre d’un pick-up, vous aurez peut-être la chance et le plaisir d’entendre :

— Colette Magny : « Ras la trompe » [3]. Une voix extraordinaire, de l’humour, pour régler ses comptes avec une certaine extrême-gauche, celle des purs, des durs, qui même en chiant le font politiquement et dans la ligne et veulent qu’on en fasse autant. Sur l’autre face, un témoignage poignant difficilement supportable sur les cages à tigres de Poulo-Condor [4].

— Imago (un groupe de trois musiciens chanteurs), « Folle avoine » [5].

Mes trois titres préférés du moment, comme ça, sans ordre :

— Le Serpat : 3’24 d’antimilitarisme de base.
_ — La Mosquée : avec plein d’humour, le folklore du routard camé et néomystique qui finit en f’sant la manche à la Huchette.
- — Geronimo : de la vie de Géronimo Wounded-Knee, mis en parallèle avec la prise de conscience d’un môme qui, au départ, vénère les Longs Couteaux, héros des westerns et des bandes dessinées.

Pour finir, une anecdote pour ceux qui aiment bien s’emplir les oreilles en se musclant les mollets :

À Bordeaux, en février, au sein d’une manif de la C.F.D.T. pour la libération des militants emprisonnés (pour cause, estiment les pouvoirs publics, d’antimilitarisme), une vingtaine de gars scandent : « Libérez nos bureaucrates ». Autour d’eux y a comme du flottement !

Consort.

[1Ceux qui ayant lu le supplément au n°4, trouvent que je radote m’écrivent, j’en tiendrai compte

[2Éditions du Square.

[3Chant du Monde.

[4Bagne du Sud Vietnam.

[5L’escargot.