L’Unique n°17 (janvier/février 1947)
Je pense… donc j’écris
Article mis en ligne le 11 mai 2013

par R.M.

Tout ce que nous voyons sentons et ressentons, tout ce que nous comprenons ou croyons comprendre — provient de nos sens. Notre « Moi » est tout l’Univers.

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Une personne ne m’intéresse qu’autant que je me vois en elle. Et je crois qu’il en est ainsi pour tout le monde.

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Je te comprends — C’est-à-dire j’ai éprouvé ce que tu ressens, car ou ne peut comprendre ce qu’on n’a jamais ressenti.

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Je suis bon — C’est-à-dire je n’aime pas me faire mal.

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J’ai besoin d’aimer — C’est-à-dire j’ai besoin de caresses, de protection et de soins.

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Tu me dis : « Il ne faut compter que sur soi ». — Mais si je ne suis pas viable seul ?

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C’est beau de dire : « Je n’ai besoin de personne. Je crée mon propre bonheur ». Mais ce n’est que de la littérature.

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Souvent quand on dit : « Je veux », c’est qu’on ne peut pas.

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« La volonté de puissance » — C’est l’affirmation de son « Moi ». Un coup de poing sur la table, rien de plus.

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« Je suis fort, je ne crains personne ». À peine a-t-il achevé ces mots, qu’un coup de revolver l’abat — à moins que ce ne soit l’infidélité de sa compagne.

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« Ceci est juste » — C’est-à-dire selon ma conception sociale ou ma sensibilité, je trouve cela juste.

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La réalisation intellectuelle, c’est la seule grandeur véritable de l’Homme. Mais elle aboutit à ceci : Tout est vain. Il faut mourir.

R. M.