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Les Temps Nouveaux n°16 (15 octobre 1920)
L’apothéose
Article mis en ligne le 18 octobre 2018
dernière modification le 17 octobre 2018

par Jacques (Henri)
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Au pied d’un arbre mort, un mort est allongé,
Une balle, un éclat quelconque l’a plongé
Dans le mortel sommeil plein de métamorphoses.
Hors de la prison où son destin la tenait close,
Se libérant de-la cellule et du bâillon,
L’âme a laissé tomber la chair comme un haillon
Qui garde un souvenir incertain de la forme.
L’harmonieux contour lentement se déforme ;
Le visage plissé, par saccades, se fond.
Le corps s’affaisse, comme un paquet de chiffons ;
Les ressorts détendus trahissent l’armature
De la matière qui revient à la nature
Et reprend un aspect originel. Les mains
Ont la couleur des vieux et sales parchemins ;
Les bouts de doigts raidis courbent comme des serres.
Un petit tas qui cherche à se cacher en terre,
C’est l’homme, enfin livré au rongeur éternel.
Il offre en témoignage à la splendeur du ciel
Cette lèpre de vers dont sa face est salie.
De près, c’est une immonde et bouillonnante lie
Qui voile lentement les contours de la chair.
Sur les tempes, la pourriture aux ongles verts,
Enfonçant peu à peu la pointe de ses griffes,
Dessine un alphabet de pâles hiéroglyphes.
Les yeux sont colmatés par un mortier tremblant,
Qui donne un regard blême à ces cieux cercles blancs.
Les lèvres sont gonflées et noires ; la moustache,
Sous d’invisibles dents, brin par brin se détache ;
Les mâchoires déjà dessinent le rictus
Du squelette chaque heure esquissé un peu plus.
Les joues, où le violet plaque de larges taches,
Tremblent sous la poussée convulsive des larves,
Comme si la nature infligeait à la mort
Cette nouvelle vie, plus agissante encor.
Ici, le fossoyeur, ayant trop de besogne,
Spectre d’homme aujourd’hui, demain une charogne,
Tu risques de pourrir loin du lit bienfaisant
Du pudique tombeau qui voile le néant.
Fontaine d’infection vomissant par cent bouches
Une effrayante odeur qui fait vibrer les mouches,
Où domine, fumée des impurs éléments,
L’équivoque rappel de lointains excréments,
Ta chair dissociée et lentement pourrie
Graissera chaque jour le tuf de la patrie,
Et s’émiette d’abord comme un pain ténébreux
Dans le ventre invisible aux appétits joyeux.
Enfin, sous le soleil ami des pourritures,
La face éclate, ainsi qu’une figue trop mûre,
Tandis que se balance, au coin d’un œil bombé,
Une larme de pus qui ne veut pas tomber.
Henry-Jacques.
La Symphonie héroïque (marche funèbre).

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