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Le Père Peinard et la pétaudière communale
Article mis en ligne le 13 avril 2019

par Pouget (Emile)
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Y a une légende, celle de la Grande Commune de 93 ; et c’est sur cette légende qu’ont vécu les Conseils municipaux, depuis bougrement d’années.

M’est avis que la Commune de 93 a pas mieux valu que les autres : au fait, ce n’est qu’une supposition, car on peut pas savoir ; c’est de l’histoire.

Et l’histoire c’est une sacrée bouteille à l’encre, d’où on fait sortir ce qu’on veut.

Mais n’importe ! Ce qu’il y a de certain, c’est que depuis on n’a vu que des Jean-foutres à l’Hôtel de Ville.

De temps à autre pourtant, ils se montraient un peu carrés — et beaucoup coupaient dans le panneau.

Moi le premier, nom de dieu ! Combien de fois je m’ai dit : « Si tous les types de l’Aquarium étaient des zigues, comme ceux de l’Hôtel de Ville — mille bombes, ça irait bien ! »

Pochetée que j’étais, ils ne valent pas mieux que les autres, ces bougres-là.

Ce qu’ils en font, c’est pour la frime ; faut bien tenir en haleine leur popularité — car c’est l’antichambre de l’Aquarium : Pour passer rapidement bouffe-galette, y a rien de tel, comme de faire un peu de surnumérariat au Conseil municipal !

La procession du 24 leur a été une occase pour foutre complètement au rancard, la vieille légende sur laquelle ils vivotaient.

La Grande Commune, oh là là ! Qu’on me pousse plus cette sorte, ça ne prendrait pas.

Vendredi dernier ses héritiers ont fait voir, les salauds, qu’ils étaient de même calibre que le gros gouvernement. Ils ont presque quasiment dit que le populo n’avait rien à attendre d’eux, hormis les coups de flingot !

Faut voir la prose qu’ils ont adressée à Boulé : le bureau a écrit et tout le Conseil a approuvé. C’est leur tartine qu’à servi de modèle à Constans pour les circulaires qu’il a lancées.

* * * *


D’abord ils proclament avec aplomb qu’ils se sont occupés du populo, bien avant que le populo s’occupe de ses intérêts.

Et dire que ce méchant populo n’en veut rien savoir ! Vrai c’est pignouf de sa part.

Et ils ajoutent « qu’ils ont fait autant qu’il était en leur pouvoir, pour améliorer le sort de la classe ouvrière. »

Ils ont pas fait lourd, nom de dieu ! Et si comme ils disent, ils ont fait tout ce qu’ils ont pu, ça prouve qu’il vaudrait mieux nous passer d’eux.

— Puis ils rabâchent qu’ils ont pris des délibérations fixant la journée de travail à 9 heures.

Qu’est-ce que ça fout qu’ils aient délibéré ! Pas mois qu’il nous faut abattre autant d’heures que veulent les patrons : même dans les chantiers de la Ville.

— Ils ont demandé l’application de la loi contre le marchandage.

Elle date de 48, cette bougresse de loi, elle n’a jamais été mise en vigueur. Ça fait voir à quoi elles servent les lois.

Si elles sont favorables aux patrons, ah nom de dieu ! l’exécution en fait pas long feu. — Si elles sont contre eux, c’est comme si elles n’existaient pas.

— Ils ont stipulé que les prix de la série pour les salaires, seraient appliqués dans les travaux de la Ville de Paris.

Ah, ouiche ! que les entrepreneurs les écoutent ; ils se foutent bien de ce que disent ou font ces bafouilleurs, ils paient le prix qu’ils veulent et tout est dit.

— Puis après ils parlent des grands sacrifices en faveur des vieillards et des orphelins ou abandonnés.

On la connaît celle-là !

Les enfants ; ils les donnent aux frères de Citeaux ou à la Ninous de Porquerolles.

Quand aux vieillards ils ont le temps de claquer bougrement de faim et de froid s’ils n’ont que les asiles de la Ville.

Et de fait il en meurt tous les jours des pauvres malheureux, nom d’un tonnerre !

* * * *


C’est du battage que tout ça ! Ces sacrés fumistes de Conseillers municipaux le savent bie, mais ils s’en foutent : rien de ce qu’ils ont voté n’est appliqué, qu’est-ce que ça peut faire ? Ils visent à l’effet, simplement !

Ils savent qu’ils ne sont que la trente-sixième roue d’un carrosse ; y a l’administration derrière eux ; ils sont bons pour voter le budget, et rien que pour ça !

Ils savent qu’on ne tient pas compte des décisions qu’ils prennent ; mais à ce fourbi-là ils gagnent de la bonne galette, dégotent de-ci de-là quelques maigres pots de vin — et en attendant s’en contentent.

Puis ils travaillent leur popularité afin de décrocher au plus vite une timbale de bouffe galette.

* * * *


S’ils voulaient vraiment essayer quelque chose, ils s’attaqueraient à cette sacrée administration qui entrave tout. Ils s’en gardent bien !

Ils préfèrent laisser les choses en l’état, y a davantage à gratter.

Autrefois, avant les élections ils ont pu être révolutionnaires ; mais une fois élus leur ardeur tombe vite ; ils s’amollissent que c’est un beurre !

Comme tous les types qui vivent en vermine : c’est-à-dire de l’argent du populo, ils arrivent à considérer le peuple comme l’ennemi, duquel on doit se garder.

C’est un grand enfant qu’il faut museler, autrement il ferait de grosses bourdes.

Et pour la procession du 24 ils l’ont traité sur ce pied, disant que toute nouvelle démarche serait superflue.

En effet, à quoi servirait-elle ? Puisqu’ils se sont foutus dans la caboche de se torcher le cul des réclamations qu’on leur passe.

C’est bien de la peine perdue ! N’ont-ils pas soin de nous avertir d’avance qu’ils se foutront au panier les cahiers de réformes qu’on leur apportera ?

* * * *


Ces Jean-foutres, comme tous les autres, c’est pas bonassement avec des pétitions au bout des doigts qu’il faut aller les trouver !

Nom de dieu, non ! Y a qu’un moyen, celui qui réussissait si bien aux sans-culottes de 93 : c’était au bout de belles piques qu’ils présentaient leurs pétitions.

Et, parait, mille bombes, que les Jean-foutres d’alors les recevaient poliment.

Y a pas aller contre, nom de dieu. Tant que le populo ne fout pas les pieds dans le plat, y a rien de fait.


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