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La Lanterne noire N°6/7 (novembre 1976)
Courrier
Article mis en ligne le 9 juin 2007

par Martin
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Débat (?) avec le C.C.I.

Le 9 juillet 1976 le groupe belge nous adressait la lettre suivante :

Bruxelles, le 9-1-76.

À la Lanterne Noire,

Nous avons lu la critique que vous nous avez adressée dans votre numéro 4, page 58, à un des groupes (l’ex-Journal des Luttes de Classe) qui, après avoir été auto-dissous, forment actuellement notre section en Belgique.

Nous pensons que le compte rendu que vous avez fait des positions que nous défendons les a caricaturées, permettant difficilement l’instauration d’une discussion. Pourtant il nous apparaît important de débattre certaines positions communes ou non à votre revue et à notre courant, mais cela doit se passer, pour nous, par une critique et une analyse plus approfondie des positions défendues réciproquement.

Vous citez, par exemple, trois points fon­damentaux défendus par le C.C.I. avec lesquels vous êtes d’accord — nature des syndicats, frontisme, anti-fascisme en tant que mystification bourgeoise, nature contre-révolutionnaire des luttes de libération nationale — et nous aimerions voir ce type de positions défendues explicitement et pratiquement dans les textes que vous publiez. Or vous soutenez, même de façon critique, les actions du type GARI et RAF qui ne sont que des actes suicidaires d’individus désespérés qui rejoignent directement les mystifications bourgeoises de type anti-fascisme. Car le terrorisme est fondamentalement une action substitutionniste, entravant tout développement de la conscience de classe et de son auto-organisation. De plus, le terrorisme permet à la bourgeoisie de faire passer une série de mesures anti-ouvrières et cela au nom de la défense nationale contre des actions individualistes, ne représentant aucun intérêt pour la révolution communiste.

De la même manière, l’analyse que vous faites de l’autogestion ne nous paraît pas aller au fond du problème, à savoir quel est l’intérêt pour les ouvriers de gérer eux-mêmes l’exploitation capitaliste, leur exploitation, et vous dites vous-même que l’autogestion est ainsi une bonne solution à la crise et (…) si elle ne s’accompagne pas d’une remise en cause radicale du système n’est qu’une forme de soumission au capital (p. 44). Mais alors pourquoi défendre l’autogestion qui face à la crise du capitalisme n’est qu’une solution de la bourgeoisie contre la classe ouvrière. L’autogestion radicale que vous défendez ne fait que cautionner l’autogestion syndicale. Soutenir l’autogestion « radicale » c’est en revenir au soutien critique des trotskykstes pour les syndicats capitalistes.

Ces quelques notes jetées sur papier ne prétendent pas envisager tous les problèmes et divergences qui existent entre votre revue et la nôtre. Mais nous essayons de cerner certaines divergences qui nous paraissent fondamentales, telles que — se définir comme anarchiste alors que Kropotkine, « prince anarchiste des tranchées » a appelé à participer à la première boucherie inter-impérialiste, suivi par Frederica Montseny et Garcia Olivier pour la deuxième — l’incompréhension du pourquoi la classe ouvrière par la place qu’elle occupe dans le processus de production est la seule classe révolutionnaire ;

  • l’incompréhension de la période actuelle de déclin du mode de production capitaliste où la révolution communiste contenue et développée dans et par le capitalisme est possible et nécessaire ;
  • la nature et le contenu, le rôle des conseils ouvriers lors de la prise du pouvoir par le prolétariat qui ne peut que détruire radicalement l’état bourgeois et installer sa dictature mondiale grâce aux conseils ouvriers ;
  • l’importance théorique et pratique de l’organisation internationale des révolutionnaires défendant au sein de la classe ouvrière des positions de classe (non pas idéologiques mais vérifiées pratiquement par toutes les expériences passées de la classe ouvrière). Ce n’est pas nous qui décidons avec notre sectarisme inébranlable que les syndicats sont partout des organes capitalistes, c’est l’expérience quotidienne de la Classe depuis 1914 qui démontre la nature capitaliste des syndicats. Nous ne faisons qu’essayer d’exprimer, le mieux possible, les intérêts de la classe ouvrière en fonction de ses expériences passées et de ce que, historiquement, elle sera contrainte de faire ;
  • la nature réelle des partis de gauche ainsi que de la fonction contre-révolutionnaire des gauchistes qu’ils soient maos, trotskystes, anarchistes (cf. conciliation de classe du Monde Libertaire, le trotskysme de l’Ora…) ;
  • l’incompréhension de la nature bourgeoise du terrorisme.

D’autre part il nous semble que sur la base des points communs, nous pouvons entamer une discussion fructueuse, approfondie.

En espérant, camarades, que ces quelques remarques soient ressenties dans le sens d’un approfondissement théorique et non comme des « crispations militantes », ainsi que dans l’attente d’une réponse et de vos critiques par rapport à nos récentes publications, recevez nos salutations révolution­naires.

Pour Internationalisme,
Marc M.


Puis dans son numéro d’avril 1976, Révolution internationale publiait un article intitulé « La Lanterne Noire ou les lumières de l’astre mort », qui reprenait en gros les critiques d’« Internationalisme », mais de façon plus agressive et plus tranchée. Le mois suivant, dans le numéro de mai 1976, l’attaque en règle contre l’anarchisme se poursuivait, et c’était cette fois nos camarades de « Pour » qui étaient « visés » : « Pour : contre l’autonomie ouvrière ».

Autant la lettre précitée nous avait donné l’envie de répondre, autant le ton des deux articles (que nous ne résumerons pas) nous incitaient plutôt à ne rien en dire afin de ne pas nourrir le désir de polémique de la part d’un groupe qui vit en parti de cela (tour à tour les trotskystes, les bordiguistes, le PIC, la jeune taupe…), dans la plus pure tradition léniniste (et parfois anarchiste, c’est vrai) qui veut que l’essentiel de la lutte soit dirigé contre le groupe voisin, ou proche, ou ex-proche ; tradition qui se perpétue chez tous les groupes qui prétendent représenter le prolétariat (et être les seuls) et pour qui par conséquent l’« autre » ne peut être que dans le camp de la bourgeoisie, donc un ennemi.

R.I. vit essentiellement de cela donc, et pour le reste applique sans imagination aucune, et sans jamais poser de question, un catéchisme marxiste pour chaque situation ou événement.

Nous avons choisi de faire cette courte réponse :

Autogestion et luttes partielles

La polémique sur l’autogestion peut très bien se clarifier et cesser si l’on délimite assez précisément le rapport qu’elle entretient avec l’État. Il n’y a aucune ambiguïté à parler d’autogestion (ou à la réaliser) si elle se situe (ou se donne comme objectif concret) dans le cadre :

d’une destruction pure et simple de l’appareil d’État
de la fin de la division entre travail manuel et travail intellectuel ;
de la suppression des classes et de la réalisation de l’égalité entre tous ;
de la fin du salariat et de la propriété privée.

Il s’agit là bien sûr de ce que l’on peut appeler « un projet politique ». Nous n’avons pas de recettes pour le réaliser, nous ne savons pas s’il le sera un jour (nous nions autant le déterminisme historique que sa variante nommée matérialisme dialectique historique). mais nous n’avons pas l’impression d’en être plus éloignés que vous de « la construction du parti révolutionnaire », de la « dictature du prolétariat », ou de « l’inévitable crise du capitalisme » (que l’on nous promet ou dont on nous menace depuis Mathusalem). Quand ? Comment ? Pourquoi pour l’instant ça ne marche pas ? C’est vrai, nous avons des inquiétudes, puisque nous savons que notre projet n’est pas inscrit dans l’histoire, contrairement au vôtre semble-t-il (lire à ce sujet « L’anarchisme dans l’histoire mais contre l’histoire » de Nico Berti).

Par rapport à notre projet (et non par rapport au sens de l’histoire) une autogestion qui s’accommoderait de :

l’appareil d’État,
la technologie issue du capitalisme,
du rapport marchand capitaliste ou technobureaucratique,
des divisions techniques et sociales du travail

Ne serait qu’un moyen pour le capitalisme de survivre et les P.S.U., A.M.R. et autres autogestionnaires qui refusent la destruction de l’État en sont les représentant. Nous avons toujours été clairs là-dessus, aussi bien dans « Noir et rouge » (cf. articles sur l’Algérie et sur la Yougoslavie) que dans « La Lanterne Noire » (cf. le numéro 4 sur le Portugal).

Le terme d’autogestion ne nous gêne donc pas si le contenu est précisé. Après tout, les termes de socialisme et de communisme ont eux aussi été dénaturés…

Ce que nous refusons, c’est quand, dans la foulée de la condamnation de l’« autogestion contre-révolutionnaire », vous condamnez finalement toute tentative par des individus ou des groupes, de prise en charge ici et maintenant. des aspects partiels de leur vie quotidienne. Ainsi, quand dans l’article « Écologie, régionalisme, féminisme, un frein à la lutte des classes », vous critiquez ces fronts de lutte parce qu’ils attaquent le système sur un point spécifique et… s’adressant à telle ou telle catégorie d’individus (habitants d’une région, femmes, usagers des transports, de la médecine, de la psychiatrie, consommateurs, pollués…), ils réduisent le capitalisme à une somme d’aspects particuliers. deviennent des spécialistes et s’enferment dans une lutte stérile », nous pouvons être d’accord jusque-là (nous rajouterions cependant à cette liste la lutte dans les usines). En effet, toute la lutte de ce type s’enferme dans une sorte de « syndicalisme » qui en limite ou en annule la portée révolutionnaire, et qui se laisse d’autant plus absorber par le système qu’elle ne lui demande rien d’autre qu’une amélioration, et en tout cas pas de disparaître.

Mais on ne peut s’arrêter là, sous peine de revenir à des conceptions purement « politiciennes » ou « économiques » de la révolution. En effet :

Un individu est dans tous les cas partie prenante de plusieurs de ces fronts (nous sommes tous usagers de beaucoup de choses, pollués pour la plupart, et très souvent femmes et/ou homosexuelles (els) ;

par ailleurs, outre qu’il s’agisse de « fronts », il se trouve aussi que c’est bien la réalité que nous vivons, et nous ne voyons pas bien par ou ailleurs que là, la lutte peut passer, à moins de se situer toujours à un tel niveau de généralité et d’abstraction que personne ne peut s’y reconnaître dans la réalité de la lutte de classe de tous les jours ;

le problème que nous devons résoudre nous semble être, plutôt que de nier toute possibilité, d’arriver par la pratique, à comprendre les rapports qui peuvent exister entre ces « fronts », sachant qu’ils ne sont pas obligatoirement complémentaires et qu’ils traduisent des contradictions qu’il ne faut pas abolir magiquement au nom de « l’unité du prolétariat » ou de soi-disant « intérêts objectifs ». Ce qui nous importe donc à ce propos, ce sont les discussions sur les buts, à travers un projet politique global.

Des camarades nous reprochent souvent cette perpétuelle revendication de l’explicitation du but en même temps que du projet politique pour y arriver. Nous ne pouvons retenir l’idée que projet et but peuvent être absents de l’action et de la pratique. Au contraire nous pensons qu’ils sont toujours présents, même chez ceux qui prétendent le contraire ; quand ils n’apparaissent pas, il y a camouflage, qu’il soit conscient ou inconscient.

Ce que nous pouvons reprocher à la plus grande partie des tendances qui animent ces « fronts », c’est de se conduire comme bien des politiciens traditionnels, à savoir ne jamais parler du but final poursuivi et par là même abuser les gens.


Anarchistes ?

Il n’est pas possible, semble-t-il, de se définir comme anarchiste alors que Kropotkine prôna l’union sacrée en 1914, et que F. Montseny et Garcia Oliver se retrouvèrent ministres.

Il nous semble que cet argument, qui pose effectivement des problèmes sérieux, s’il doit être retenu, doive entraîner de la part de ceux qui le formulent l’abandon de toute référence à un « isme » quelconque. Il nous semble pourtant que vous n’abandonnez ni la référence au marxisme, ni au communisme (courant communiste international) ; or le communisme n’est guère connu pour n’avoir commis aucune erreur, ni s’être fourvoyé nulle part. Nous pensons que l’important est de comprendre pourquoi telle ou telle « erreur » ou « crime » (si vous voulez), a pu être commis. Or la réponse ne se trouve vraisemblablement pas dans la doctrine elle-même (aussi stupide soit-elle), mais davantage dans le contexte historique, politique et humain.

De toutes les manières, les erreurs et les trahisons existent, mais elles n’influent guère le cours de l’histoire ; il n’existe aucun courant de pensée, aucune doctrine, aucune théorie, qui résiste à coup sûr à la « déviation », au « révisionnisme », à la « trahison ». Autrement dit il n’existe pas de ligne juste ; rien ne sert alors de se masquer cette évidence en pratiquant à tour de bras « l’excommunication ». Nous ne devons pas éviter le problème de notre propre déviation possible, en résolvant les problèmes posés par celles des autres par un simple « ce ne sont pas des vrais », « nous n’avons rien à voir avec eux ».

Le fond théorique de l’anarchisme permet selon nous de profiter de l’acquis d’un mouvement, sans pour autant endosser ou accepter les désaccords. Simplement, dans le mouvement anarchiste, le droit de critique existe, le droit de faire autre chose aussi, sans que cela signifie l’obligation de résoudre les désaccords par rapport à la pureté de la doctrine, donc évitant de s’attaquer aux causes.

Les « camarades ministres » ont cessé, c’est sûr, d’être révolutionnaires. Ils sont même entrés dans le camps de nos ennemis et sont devenus ennemis eux-mêmes. L’anarchisme est-il en cause, ou ont-ils cessé d’être anarchistes ? Bigre… ! voilà bien du travail pour les exégètes ! Ils prétendent l’être ? Alors acceptons qu’ils le soient puisque nous acceptons par définition que notre « isme » ne mène pas forcément à la révolution, et qu’il n’est pas scientifique, mais seulement matérialiste. Signalons au passage que les opposants anarchistes au « ministérialisme » ont lutté contre celui-ci sans renier celui-là, avec autant de vigueur et même de violence que l’opposition de gauche (trotskystes compris) contre le léninisme… pardon, le stalinisme, L’appartenance à la « famille » ne signifie donc pas faiblesse, bien au contraire.

Trotskystes ?

Il semble que nous (les anars, mais en l’occurrence l’Ora et la Lanterne Noire) soyons des agents inconscients du trotskysme ou du moins que nous faisions la même politique qu’eux.

Il est vrai que depuis 68 l’anarchisme a du mal à trouver une expression réellement autonome, cohérente et en accord avec ses objectifs fondamentaux ; et que bien souvent, des anarchistes, pour ne pas dire tous, ont été plus ou moins à la traîne d’un certain gauchisme. Quand ils ne l’étaient pas (et parfois les mêmes à d’autres moments) ils se sont souvent trouvés en marge, isolés, parfois sectaires. Ce sont deux attitudes complémentaires qu’il faut s’employer à dépasser (il y a des signes qui montrent que nous ne sommes pas sur la mauvaise voie), et dont nous devons trouver l’explication, plus dans la période qui, quoi qu’en dise R.I., n’est pas aussi « en crise » que cela, que dans la doctrine elle-même.

Il est toutefois curieux que R.I. estime que les meilleurs éléments de l’anarchisme aient été des gens comme Rosmer et Monatte (parce qu’ils ont quitté le mouvement anar pour entrer dans l’internationale communiste), alors qu’ils sont devenus des compagnons de route de Trotsky et du trotskysme et Lénine pensait d’ailleurs qu’il fallait bâtir le P.C.F. sur des hommes comme eux plutôt que sur un Cachin [1].

Terrorisme, Gari, Armée rouge

Il est parfaitement exact que nous n’avons pas les idées très claires (du moins en tant que groupe) sur ces problèmes ; mais de toutes les façons, idées claires ne signifierait pas positions tranchées qu’il suffit d’appliquer pour approuver ou rejeter de manière simpliste !

Mettre dans le même sac Gari et Armée rouge, allemande ou japonaise nous semble malhonnête dans la mesure où les buts et les moyens étaient très différents, de même que le contenu du message que les uns et les autres faisaient passer. Par exemple, l’Armée rouge japonaise et allemande qui portait à son point le plus élevé le messianisme de la classe ouvrière (tout en l’estimant incapable d’agir par elle-même) ressemblait en cela plus à R.I. qu’aux Gari qui prenaient en compte des éléments de la réalité autrement plus riches.

Prétendre que nous « soutenons » les Gari c’est en même temps feindre d’ignorer que nous avons publié un débat sur ce type de problème dans la Lanterne. Mais il semble que vous attachiez plus d’importance à des positions tranchées qu’à une position politique qui consiste à débattre. Le problème à notre avis, sur ces questions, est celui de l’activisme révolutionnaire, et qui concerne tout type d’activité militante y compris la vôtre !

Bref…

C’est vrai que nous ne comprenons pas pourquoi la classe ouvrière est « la seule classe révolutionnaire ».

Nous ne comprenons pas la période actuelle comme le déclin du mode de production capitaliste où le communisme serait rendu possible et nécessaire, mais au contraire comme en plein développement vers un mode de production et de domination encore plus élaboré : le capitalisme d’État ou technobureaucratie. Le communisme est possible mais pas plus qu’avant.

Ce que nous comprenons, par contre, c’est l’importance de la position qui consiste à « exprimer les intérêts de la classe ouvrière » et à parler « d’expérience de la classe depuis 14 » nous le comprenons d’autant mieux que c’est l’inverse de notre projet.

Pour « La Lanterne Noire », Martin

Salut

(…) Au sujet de La Lanterne Noire n°5, les questions qui se posent sous le titre « Mouvement Anarchiste en 76 » m’intéressent pour un tas de raisons. En particulier celle de savoir la place de l’organisation des masses et celle des organisations spécifiques. (…) Ce n’est pas une question purement théorique, mais elle pose le problème de la « stratégie » militante, (…) c’est-à-dire : militer « pourquoi et pour quoi » et ensuite, comment. (…) En ce qui me concerne, je reste résolument « spontanéiste », dans le sens où je crois que les organisations de « masse » ne peuvent naître que dans des « moments » révolutionnaires. Ce que je veux dire c’est que je ne pense pas qu’il soit possible de construire une « organisation (dans le genre syndicat révolutionnaire ou U.G.T.C.L.) qui soit sensée, en période révolutionnaire, être le cadre de la reprise en main par le prolétariat des instruments de production et de la gestion directe de tous les secteurs de la vie. (…) Arrivant dans une « période révolutionnaire » théoriquement (une telle organisation) ne peut que se saborder, si elle ne veut pas se livrer à une lutte de pouvoir.

(…) Ça ne veut pas dire qu’il faille rejeter toute organisation. Il est, pour moi, évident qu’une organisation ne peut croître et avoir une certaine force, dans un système social dont la base est la capitalisation de plus-values de pouvoir. Mais une organisation reste possible si elle se considère comme une organisation spécifique des militants « révolutionnaires » (…) …l’objet des organisations spécifiques me semble devoir être surtout de servir d’« infrastructures » à l’action des militants à l’extérieur de cette structure. (…) Infrastructure dans deux sens : au niveau de l’élaboration théorique et au niveau du soutien aux différentes actions engagées. Pour moi, l’élaboration théorique… doit être l’analyse de ce qui se passe réellement au niveau 1) global : interprétation des faits sociaux par rapport à la lutte des classes — surtout changement des formes de celle-ci ; 2) militant : analyse de l’activité militante et de son impact sur l’ensemble social : une activité d’évaluation en quelque sorte de l’action militante.

(…) N’est-il pas possible dans ce schéma, de réduire la distance entre les militants organisés d’une part et les autres ? Sinon, le risque est une pratique genre « initiatique ».

(…) Mais quelle action reste possible ?.. C’est à ce moment que je reste en rade… Revenant à mes premières amours individualistes, j’aurais tendance à dire qu’il n’existe qu’une seule solution : s’insérer dans les organisations-institutions existantes et agir à partir et contre celles-ci… non dans le but de distribuer la « bonne parole »… mais afin d’essayer de faire la démonstration en actes, de faire faire à ceux avec qui nous travaillons la démonstration des limites de ce type de structures. Etc.

(…) Salut.

Serge.

« …je trouve un peu bizarre que l’on puisse faire un bulletin triomphaliste de l’évolution de l’anarcho-syndicalisme en Espagne sans poser le problème du syndicalisme, de son évolution et de son rôle actuel. Freddy parle des positions anti-syndicalistes et anti-organisationnelles de certains groupes autonomes comme s’il s’agissait de positions de principe absolues. Un groupe serait « anti-syndica­liste » comme un individu serait noir ou blanc ; ce n’est pas sérieux.

Au sujet de la C.N.T., de la « glorieuse C.N.T. », il serait aussi nécessaire de préciser, même si l’on n’a pas le temps de développer que l’on attribue pas uniquement sa « dégénérescence » à l’exil, et aux errements des « leaders » (ça a un petit relent de trotskysme).

Enfin (pour aujourd’hui) on retrouve des oppositions classiques telles que action de masse, actions minoritaires, oppositions idéo­ogiques marxisme-anarchisme, dans les groupes autonomes, qui telles qu’elles sont posées sont très superficielles et constituent de faux problèmes, alors que les vraies sont évacuées. Freddy a une vision très politique du mouvement social. et très peu dynamique… »

J.-M. M., Saint-Jean-de-Luz.

« …Car la Belgique n’est quand même pas si amorphe que cela. La lutte des classes n’y est peut-être pas très virulente mais certains travailleurs mènent des luttes assez avancées et originales dans le sens de l’autogestion. Bien sûr, il s’agit souvent de petites entreprises à la limite de la faillite, que les travailleurs reprennent à leur compte. Ça sauve l’emploi et la production. Ce n’est évidemment pas (encore ? !) une lutte pour la collectivisation généralisée. Ou alors elle entre dans la stratégie des syndicats réformistes. La F.G.T.B. (Fédération Générale du Travail Belge), syndicat socialiste et d’un million de membres, envisage une large collectivisation et une forme d’autogestion. Mais pour eux, collectivisation = nationalisation et l’autogestion doit restée limitée.

Bref, ce serait la Bureaucratie !… »

Un camarade de Belgique

Un camarade, qui fut en son temps membre de la gauche prolétarienne, nous signale à propos de la page 4 du numéro 4 de La Lanterne Noire où nous parlions de « querelles intestines particulièrement sanglantes » (dans la gauche prolétarienne) qu’il n’a pas eu connaissance qu’une seule goutte de sang ait été versée.

Cela est vrai formellement et nous avons eu tort de ne pas le préciser, jouant ainsi nous aussi sur l’aspect émotionnel des événements, ce qui a pour résultat de mystifier l’information surtout pour celui qui n’est pas au parfum des subtilités du demi-monde de l’extrême gauche.

Ce que nous pensons, c’est que la logique même de la G.P. en faisait des « émules de la guépéou » : le sang ne coulait pas, mais les baffes tombaient pour régler les problèmes tant internes qu’externes… La méthode du tribunal populaire est selon nous un retour à la barbarie et non un dépassement ou une négation de la démocratie bourgeoise. La G.P., à son échelle, ne reculait devant aucun moyen pour parvenir à ses fins, et nous pensons que si le sang n’a pas coulé vraiment (mais au fait, Pierre Overney ne fut-il pas une sorte de sacrifié à la cause ? Voir « bilan du comité de lutte Renault » de Baruch Zorobabel dont la G.P. s’employa à empêcher la diffusion en faisant croire que son auteur était un flic), ce fut à cause de la dimension réduite du mouvement de la période (la bourgeoisie avait réellement bien tout en main, et il n’existait pas plus de « révoltes populaires » que de beurre au cul), et aussi, c’est vrai grâce à l’intelligence de certains de ses membres qui surent s’arrêter à temps ; le moule était fabriqué, mais les événements ont coulé à côté.

La Lanterne Noire.

Notes :

[1Qui fit preuve de plus de clairvoyance en ce qui concerne le rapport entre léninisme et stalinisme naissant ? Rosmer et Monatte, qui après leur glorieuse « résistance » sombrèrent dans les méandres de la politique soviétique, sans parvenir réellement à rompre ou Gaston Leval qui de retour en Espagne n’hésita pas à faire éclater la vérité ?


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