Si les bêtes pouvaient se faire entendre
Article mis en ligne le 16 juillet 2020

par Lector

Les camps de concentration, les chambres à gaz, les expériences vivisectionnistes sur des déportés… toutes ces horreurs… cet enfer aux mille cercles que Dante n’avait pas imaginé ! Bien sûr.

Ce n’est certainement pas vous ni moi qui aurions conçu pareilles atrocités. L’idée ne peut en avoir germé que dans des cerveaux déséquilibrés, chez des êtres intoxiqués par le pouvoir absolu dont ils disposaient.

Et pourtant !

Et pourtant, insisté-je, quand on examine la façon dont l’homme se conduit à l’égard de ses « frères inférieurs », n’y trouve-t-on pas en germe le plaisir d’imposer de la souffrance ? Je dis bien imposer, car, à part de rares exceptions, l’homme agit en archiste, en dominateur, à l’égard des animaux, d’autant plus qu’ils sont moins susceptibles de lui opposer résistance.

Pensez-vous que le charretier qui insulte et cingle à grands coups de fouet le cheval attelé à un chargement trop lourd, qui ne peut plus démarrer après s’être arrêté – ou s’il est tombé, l’oblige à force de coups de pieds à se relever sans l’avoir dételé – pensez-vous que ce charretier-là n’ait pas en lui l’étoffe d’un tortionnaire ?

Vaut-il mieux le toucheur de bestiaux qui, afin d’accélérer le déchargement des bœufs à l’abattoir, leur tord la queue jusqu’à la douleur pour les forcer à évacuer de wagon ? Et les bouchers qui empilent les bovins dans leur remorque ou les laissent voyager dans les trains sans eau et sans nourriture durant plusieurs jours ? Et ceux qui expédient les cochons en caisse ; les volailles dans des cageots, tête pendante et pattes liées !

Je n’en finirais pas s’il me fallait énumérer les différentes tortures que les hommes et les petits d’homme infligent aux animaux : des bêtes qui ne mangent jamais à leur faim, des chiens roués de coups, des chats abandonnés, des oiseaux chanteurs aveuglés, aux hannetons qu’on fait tourner au bout d’un fil, aux sauterelles qu’on ampute de leurs pattes, aux mouches qu’on laisse agoniser pendant des heures sur du papier englué. Et je ne fais que mentionner la castration des chats, chiens, chevaux ; et ces malheureuses bêtes de cirque, qu’on oblige à faire les pitres !

Je n’indique que pour mémoire les supplices que l’homme fait subir aux animaux par raison gastronomique : gavage des oies, occasionnant chez ces palmipèdes une hypertrophie du foie accompagnée de souffrance ; absorption des huîtres avalées vivantes ; préparation des escargots soumis à un jeûne prolongé avant d’être ébouillantés ; crustacés précipités tout vifs dans la casserole dont on maintient le couvercle solidement clos ; carpes et tanches laissées hors de l’eau jusqu’à ce qu’elles crèvent, ce qui demande trois ou quatre jours. Etc., etc.

Bien entendu, je reste muet quant à la vivisection pratiquée en laboratoire.

Ma conclusion c’est qu’on peut découvrir l’équivalent de tous les supplices infligés par les bourreaux nazis à leurs infortunées victimes dans ceux que l’homme impose aux animaux.

Ah ! si les bêtes pouvaient parler… et conclure…

Lector