D’un ignorant à un mathématicien
Article mis en ligne le 16 juillet 2020

par Cro-Magnon (Georges de)

… je serais extrêmement curieux de savoir, à titre de curiosité scientifique, comment les Services Culturels pensent que je puisse répondre avant le 15 et à une lettre qui me parvient le 21… Ça me paraît enfoncer nettement la théorie d’Einstein…

A. W…

Nous pensons que la théorie d’Einstein est « enfoncée » depuis longtemps, depuis toujours. Ceci, sans faire allusion aux réfutations « irréfutables » déjà publiées ou sous presse, simplement parce qu’il suffit de se souvenir de l’adage « Vérité d’aujourd’hui, Erreur de demain » pour l’admettre.

Toutes les théories, scientifiques, théologiques ou philosophiques, pouvant être considérées comme faussées à leur base, par le dogmatisme de leurs propres affirmations. Car, l’on ne saurait enserrer la Vie – le Temps, l’Espace – en le corset de fer d’une théorie quelconque, sans qu’elle ne le fasse voler en éclats quelque jour.

Quant à l’impossibilité, plus apparente que réelle, qui semble exister pour répondre le 15 a une lettre reçue le 21, il suffisait à M. W… de prendre place en la « Machine à explorer le Temps », de W… – non, de Wells – pour se rendre compte de l’extrême facilité qu’il y a, au contraire, pour un superhomme de l’an 37 760 (ère bénie et si hautement spirituelle du ciment armé et de la graisse consistante) pour tisser une idylle avec la plus charmante des anthropopithèques, au sein des luxuriantes forêts de l’époque tertiaire…

Fantaisie pure ? Voire…

Ceci, suggérant, tout au moins, à qui, aux beaux jours de la vitesse bolide (en toutes choses), a encore la possibilité de dérober quelques minutes à ses occupations quotidiennes pour penser, qu’il est difficile de ne pas imaginer que tout n’est qu’apparences, et que sont sans signification – dans la douteuse succession des âges, inventée pour la commodité de cerveaux trop étroits pour y loger l’Éternité et l’Infini – les dates des 15 et 21 ou vice-versa…

Car, comme il ne saurait y avoir de limite à l’Infini, il ne saurait y avoir, davantage, de commencement, de continuation, de fin…, d’avant, d’après…, de passé, de présent, de futur, à ce qui, en Soi, ne pourrait en comporter : l’Éternité.

Celle-ci ne pouvant être divisible, ni par 15, ni par 21, ne pouvant être fractionnée, sans cesser d’être l’Éternité.

D’où il découle que ce qui, aux faibles yeux et à l’entendement aussi rudimentaire qu’orgueilleux des poussières cosmiques baptisées hommes, paraît être, à l’instant où elles respirent, fut toujours, sera à tout jamais.

Étant donné qu’en Éternité, tout ce qui avait a être déjà fut… Étant inconcevable une Éternité par derrière et une Éternité par devant… Elle est une ou n’est pas…, ce qui serait tout aussi inconcevable… !

Ce mode de raisonnement, appliqué aux concepts de Création et d’Origine,. découvrant, également, les bases incertaines sur lesquelles se meut la frêle logique des vermisseaux humains :

De même qu’il n’est point de place pour une Origine de l’Univers en une Éternité à qui l’on ne peut pas plus assigner une durée globale que des durées successives – Éternité est antonyme de durée – il en est encore moins pour une Création de ce même Univers : non-sens confessant l’inutilité même du Créateur.

Vu que l’on ne crée que ce qui n’existait pas… Or, la notion d’Éternité sous-entend qu’en Elle, tout ce qui avait à être, déjà était

* * * *

Que ces concepts, non admis par les Savants. tout officiels ou occultes, soient difficilement accessibles aux bipèdes dont nous sommes – sans trop de fierté – cela se conçoit sans trop de peine non plus. Mais, qu’y peut-on, s’ils se révèlent la preuve que la succession des Temps constitue la négation de l’Éternité, et que l’Éternité constitue la négation de la succession des Temps ?

Il faut choisir : ou tout sans date, ou le 15 et le 21…

Hélas, ces messieurs – « Rois de la Création » comme ils s’intitulent si modestement – moquerie, gifle retentissante à la Perfection, à l’Omniscience de l’hypothétique Créateur – ne peuvent, ne savent, ne veulent choisir.

Comment le pourraient-ils, d’ailleurs, en cette facette du Transcendantal, qui en comporte tant d’autres, qu’il ne nous est pas possible d’examiner en ces courtes lignes, alors que tout, dans le fatras millénaire des bibliothèques, aboutit, en ce qui concerne le pourquoi, l’essence des Choses, à cette constatation décevante que :

la Science n’explique rien…
la Religion encore moins…
la Philosophie pas davantage…
* * * *

Et, pendant ce temps – s’il existe – des êtres qui ont, sans doute, assez d’intelligence pour ne pas se croire avoir été modelés à l’image de Dieu, et assez d’esprit pour se rire des 15 et 21 – écoutent, en cet instant même, avec une curiosité non scientifique, mais charmée, sur un astre situé à une distance de 1946 années de propagation des ondes hertziennes, Jésus prononçant son discours sur la Montagne…

Tandis que d’autres qui n’ont pas, forcément, le nez entre les deux yeux, à l’égal des risibles descendants d’Adam et Ève, pour être localisés en une planète obscure sise à quelques milliers d’années lumière, se divertissent, du bout de leurs puissants télescopes à projections de faisceaux lumineux, à suivre les évolutions de Tamerlan, fauchant les moissons humaines dans les vastes plaines de l’Asie…

Enfin, un tout dernier, vieil ermite subsistant de sauterelles – tel Saint Jean-Baptiste – au milieu des marées de pierrailles de la Lune sans atmosphère, doué du sens de la clairvoyance qui, basé sur les lois de causes à effets du Déterminisme, n’ignore rien de ce qui fut ou sera – de ce qui est, en puissance, de toujours – vient de nous communiquer les premières pages de son Histoire des Causes de l’Avant-dernière guerre mondiale, en l’an 17 345, de l’ère infiniment chrétienne sur Terre…

Pages en lesquelles nous notons, au hasard et sans étonnement, que les hommes – grâce aux merveilleux progrès de la Sainte Machine, ayant détruit toute végétation et possibilités de s’abriter – les montagnes, obstacles inconvenants les jours du comique Grand-Prix Autosobus du Cimetière avaient été rasées – étaient retournés, par suite d’une lente réadaptation, à leur milieu primitif, redevenus amphibies au sein des océans ; où, entre parenthèses, à l’état de protoplasma, quasi amorphe antérieurement, ils auraient bien dû rester…

La surface du globe terraqué, ainsi devenue plate et uniforme à l’instar de la mentalité humaine, avait connu la prolifération imbécile des esclaves, affublés, alors, de noms bizarres et sans signification pour les mollusques conscients et organisés de notre époque : ouvriers, domestiques, employés, soldats, travailleurs, en général…

Un volapuk insipide s’était tourné charabia international…

Les riches, en leurs gratte-terre de gélatine durcie, continuaient, comme autrefois, à se la couler douce…

Les prêtres de toutes croyances, comme les sorciers de la tribu d’antan, continuaient à se faire les complices et les protecteurs des privilégiés, promettant aux pauvres, toujours aussi naïfs, des Paradis pour après, très après la mort…

Et la Guerre, toujours, aussi, la dernière avant-dernière des guerres, au nom des mêmes grands mots ronflants, en eur, en trie ou en oir, continuait, de temps à autre, à faire ses petites cueillettes…

Georges de Cro-Magon