Du haut de mon mirador
Article mis en ligne le 16 juillet 2020

par Qui Cé (E. Armand)

Le président de la République visitant la banlieue parisienne n’a pas fait recette. La population, nous assure-t-on, ne s’était pas dérangée, sinon pour l’acclamer, tout au moins pour se presser sur son passage. Du temps des rois, il en était autrement. Il est vrai que nos rois étaient doués du pouvoir de guérir les écrouelles. Je propose cet amendement à notre Constitution si laborieusement établie : un amendement rendant obligataire, pour le Président de la République, la guérison des adénites. Voilà qui donnerait du lustre à sa fonction et lui gagnerait le cœur des foules.

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Avec la mort de Louis Bertoni, le communisme anarchiste perd l’un de ses représentants les plus authentiques, les plus qualifiés et les plus désintéressés. Et non seulement cela : un homme cultivé et un propagandiste qui ne baissa jamais pavillon devant les persécutions et les poursuites dont il fut l’objet. Quelles que fussent nos différences de point de vue, son « proudhonisme » nous était éminemment sympathique.

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Le sommeil ampute d’un tiers, au moins, la courte durée de l’existence. Certains affirment qu’avec les progrès de la médecine et les ressources toujours croissantes de la chimie, l’homme arrivera quelque jour à triompher de cette « superfluité ». Dans tous les cas, les suites du manque de sommeil seraient bien moins néfastes que ce qu’on pense généralement. Sans inconvénient pour sa santé, l’être humain peut s’habituer à ne dormir que quatre ou cinq heures par jour. On a constaté qu’un sommeil très court fait disparaître les troubles qu’une insomnie de plusieurs jours produit dans l’organisme. Peut-être le besoin d’un repos de longue durée est-il dû à un lent atavisme perpétué par d’innombrables générations. On peut répondre que le besoin de sommeil se fait sentir chez nos « frères inférieurs » et qu’après tout cette halte, au milieu des soucis et des préoccupations qui nous assaillent quotidiennement, nous fait oublier « a. douleur de vivre ». C’est un résultat appréciable.

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Peu à peu le mystère qui entourait la composition des premiers chapitres de la Bible se dissipe. Ce n’est pas une œuvre originale : les premiers chapitres de la Genèse présentent une parenté incontestable avec les épopées religieuses sumériennes, qui de 2000 à 3000 ans avant notre ère occupaient la Basse-Mésopotamie (à noter que les sumériens ne sont pas des sémites). Un assyriologue américain, S. N. Kramer, a pu déchiffrer des tablettes cunéiformes demeurées inédites jusqu’ici, à cause des difficultés d’interprétation. C’est ainsi que l’épopée de « Gilgamesh » fait apparaître le 2e et 3e jour le ciel et la terre ; les luminaires (soleil et lune) le 4e jour, les animaux, le 5e jour, l’homme, le 6e jour. Le parallélisme avec le réel de la Genèse est frappant.

De même en ce qui concerne le Paradis édénique, le Déluge, la Chute. Dans une tablette qui se trouve au Louvre, il est question d’un pays de Dilmoun, véritable Éden d’eau et de verdure : dans ce pays la mère enfante sans douleur, ce qui éclaire la malédiction portée contre la femme qui, après la chute, « enfantera dans la douleur » (Gen. iii, 16). Enki, dans un passage d’une autre épopée dénommée « Enki et Ninhoursag », mange un certain nombre de plantes et est maudit, tout comme le seront Adam et Eve pour avoir mangé du fruit de l’arbre interdit. Comme dans la Genèse, la divinité prend la décision d’envoyer sur terre un déluge peur détruire l’homme. Sur les conseils d’Enki (ci-dessus nommé), le Noé sumérien, Ziousoudra construit une arche qui vogue sur les flots. Après sept jours et sept nuits de tempête le soleil réapparaît et Ziousoudra, sorti de l’arche, se prosterne devant le dieu soleil et lui offre un sacrifice sanglant. Kramer annonce qu’il lui faudra sept volumes pour épuiser son sujet.

Bref, les premiers chapitres de la Genèse sont une adaptation spiritualisée et théologique d’originaux antérieurs de mille à quinze cents ans à la date de la composition du récit biblique. Qui sait si quelque jour une découverte ne nous fixera pas sur le degré d’authenticité des récits de la vie du Christ, voire sur son existence elle-même !

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The Overseas News Agency, agence américaine, a envoyé de Rome une dépêche qui fournit un exemple de ce qu’a signifié la libération pour certaines populations. Il s’agit d’un rapport établi par le maire d’Esperia (Frosinone) en Italie : Sur un total de 2 500 personnes, 700 femmes ont été assaillies, c’est-à-dire presque toute la population féminine de la localité ; toutes ont été contaminées, plusieurs sont mortes, d’autres sont mourantes. Parmi ces femmes, certaines sont jeunes, d’autres très jeunes, qui deviennent à leur tour propagatrices des infections vénériennes. À cela doit s’ajouter le problème des enfants nés de ces viols. Il ne s’agit pas d’incriminer telles au telles troupes coloniale, mais de tirer cette leçon, que tout occupant, qu’il se dénomme démocrate, libérateur ou le contraire, apporte chez l’occupé la ruine, le malheur, la souffrance. C’est la guerre qui est haïssable, la guerre dont la hideuse figure reste la même, quel que soit l’uniforme du guerrier.

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Dans notre douce France, l’occupant a disparu. Or, aux environs de Brive, au camp des Chapelles, une bande de gamins se trouvait réunis. Arrive un garçon de 11 ans sortant de classe. Deux des enfants lui proposent de jouer une scène de Tarzan qui avait passé sur l’écran d’une salle de Brive, une quinzaine de jours auparavant. Il accepte, il est ligoté, attaché a un poteau électrique autour duquel on entasse des herbes séches. L’un des instigateurs va chercher chez lui un tison embrasé et met le feu au bûcher. Entouré, d’une fumée âcre, de flammes menaçantes, la victime se met à crier, supplie qu’on le délie. La bande reste là, nullement émue par les cris du malheureux. Quand ils se décidèrent à le délivrer, le feu avait pris aux vêtements du pauvre petit qui se tordait de souffrance. Il fut ramené chez lui grièvement brûlé. Il lui faudra un mois et demi à deux mois d’immobilisation. Après enquête, on a découvert que les cruels gamins ne fréquentaient pas l’école, ne savaient pas lire, que personne chez eux ne pouvait signer son nom. On accusera le cinéma d’être cause de cette « reviviscence de la brute primitive ». Hélas, le cinéma n’est que le reflet de la mentalité d’un monde de spectateurs qui trouve de la joie à la représentation de scènes de violence.

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Il existe actuellement à Multan, dans les Indes, contrée où les femmes sont rares, un « marché d’esclaves » florissant. Seulement on n’y expose pas les jeunes filles sur la place du marché, c’est le père de la fille à marier qui décrit ses charmes, ses yeux en forme d’amande, sa peau douce, son teint blanc. Les nouvelles volent de bouche en bouche, les amateurs accourent, les prix montent dans la mesure où l’auteur des jours de la future se montre éloquent. L’enchère exige parfois le secours d’usuriers et pèse sur le budget de trois générations peut-être !

Tandis que ces mœurs d’un autre âge s’avèrent bien vivantes dans cette lointaine partie du monde, des fouilles opérées dans des cavernes à Mohenjo-Daro, province du Sind, également aux Indes, il appert qu’il y a 5 000 ans, les femmes s’ornaient de bandeaux, de boucles d’oreilles, anneaux pour le nez, kohl pour les paupières, et enfin se servaient de rouge, contenu dans des coquilles. Ce qui démontre que la femme, pour plaire, n’a guère – depuis ces temps reculés – modifié sa tactique, sans doute parce qu’alors comme aujourd’hui, cela plaisait aux hommes et qu’alors comme aujourd’hui, ils s’y laissaient prendre !

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Pour ne pas quitter les Indes, n’oublions l’article d’un journal de ce pays qui s’étend complaisamment sur les superstitions des Baïgas, peuplade qui habite les provinces centrales. C’est ainsi qu’ils ne s’y marient pas le samedi, ce jour étant considéré comme essentiellement néfaste. Si un Baïga éternue une, ou trois fois au début d’un voyage ou d’un travail, il s’arrête immédiatement. S’il éternue deux ou quatre fois, c’est signe que ce qu’il fait lui réussira. S’il aperçoit un perroquet en train de manger une mangue, en l’entamant au milieu, il y aura de la pluie pendant deux mois sans discontinuer. Mais si le perroquet mange la mangue tout entière et laisse tomber le noyau sur le sol, il y aura une bonne pluie chaque mois pendant toute la saison. Si dans un nid de perdrix les œufs sont rassemblés, il y aura de la pluie en temps voulu. S’ils sont éparpillés, la pluie fera défaut et ce sera une année de famine.

Pauvres gens ! Mais une enquête approfondie menée chez nos voisins d’Outre-Manche, selon les principes mis à la mode par l’Institut Gallup a révélé que trente-cinq pour cent des personnes interrogées croient aux esprits (spiritisme) et une proportion à peu près équivalente aux fantômes et revenants. Vingt pour cent ont confiance en la chiromancie et quatre-vingt-six pour cent admettent la télépathie. En ce qui concerne l’astrologie, une personne sur sept ajoute foi aux horoscopes. Enfin, sur cent personnes, quatre-vingt-dix-neuf prennent au sérieux les sciences occultes, une seule rejette en bloc toutes les manifestations soi-disant inexplicables.

Comme vous voyez, il n’y a pas beaucoup de différence entre ces Anglais moyens et le Baïga moyen – sauf le vernis des siècles de civilisation ignoré de ce dernier.

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On nous a parfois demandé des renseignements sur la mort du Dr Max Nettlau qui s’éteignit le 23 juillet 1941. La bibliothécaire de l’Institut International d’Histoire Sociale d’Amsterdam avait l’habitude de dîner en sa compagnie une fois par semaine. Elle était près de lui quand il succomba. Durant la guerre, d’ailleurs, c’était la seule personne entretenant avec lui des relations suivies. Durant l’occupation on le laissa en paix. Il vivait dans une petite chambre ensoleillée, où il se plaisait et passait ses jours à lire et à rédiger ses mémoires. Il vivait solitaire, mais n’en avait cure. Max Nettlau jouissait d’une très bonne santé, mais un jour il tomba grièvement malade ; emmené à l’hôpital, il expira quelques jours après.

Les Allemands, en octobre 1944, firent main basse sur tout ce que renfermait l’Institut, mais Max Nettlau a toujours ignoré que ses manuscrits et ses lettres avaient été également emmenés en Allemagne. Heureusement l’Institut a pu récupérer 1 500 caisses de collections diverses et on espère y découvrir les papiers du Dr Nettlau.

Qui Cé