La Presse Anarchiste
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La Lanterne Noire n°8 (avril 1977)
Courrier
Article mis en ligne le 20 juin 2007
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Nous avons reçu du Groupe Autonome Communiste Libertaire d’Angers le communiqué suivant :

À vous tous
Dans la nuit du 23 au 24 avril, un incendie criminel a détruit entièrement l’intérieur de la, librairie.
Nous ne savons pas, à l’heure actuelle, quand et comment nous pourrons réouvrir et fonctionner normalement.
Nous vous demandons à tous, sympathisants, amis, souscripteurs, clients, de bien vouloir patienter le temps nécessaire à la remise en état.
Si vous défendez comme nous la liberté d’information et d’expression,
Si vous souhaitez qu’une telle librairie continue à vivre prenez contact, passez nous voir à la Librairie La Tête en bas, 33, rue Saintlaud.
La Librairie « La Taupe », 2, quai Amiral-Lalande, 72 Le Mans, a subi dans la nuit du 28 au 29 avril, le même sort ; par miracle, l’incendie ne s’est pas déclaré : 3 personnes dormaient au-dessus.

Écrivez-leur, passez les voir.


Chère Lanterne,

La semaine dernière, j’ai eu l’occasion d’exprimer quelques critiques sur le fonctionnement de la revue et je les retranscris avec quelques autres suggestions.

Pour des raisons d’horaires, je ne puis participer aux réunions de la Lanterne, bien qu’étant dans la région parisienne. Et de ce fait, tout contact est pratiquement impossible. Je sais que vous avez envisagé la rotation des articles avant parution, afin que des camarades ou des lecteurs avec lesquels vous êtes plus en rapport, puissent donner leur avis. Mais, en pratique, je n’ai rien vu.

Pourtant, il y avait eu un numéro avec un résumé des discussions soulevées par tel ou tel article, mais c’était si fragmentaire qu’on restait sur sa faim. L’intervention écrite de camarades non participants aux réunions pourrait donner de la vigueur à ce procédé.

Je pense aussi qu’il ne faut pas hésiter à revenir sur certains sujets, par exemple la violence : j’ai bouquiné par curiosité « Le terrorisme » de Bernard Gros, Hatier, 80 pp., 6,60 F, une édition scolaire, à première vue. Le point de départ est le même que dans la Lanterne : la violence révolutionnaire, mais la conclusion est certes différente : la violence révolutionnaire provoque les guerres (Sarajevo et la Ière guerre mondiale), c’est une folie qui risque de détruire le monde. Pour un lecteur qui aborderait pour la première fois une analyse anarchiste ou non-autoritaire votre point de vue — tout en étant franchement opposé — n’est pas forcément plus convaincant. Cela vient du fait que vous n’avez pas insisté sur la violence quotidienne du système : évidente, sans doute, mais à condition de la démarquer clairement (des accidents du travail à l’attitude de robot héritée de l’école et de l’université. du patriotisme de la droite et de la gauche à l’indifférence égoïste et au culte de la consommation, c’est-à-dire le pillage du Tiers Monde).

Même remarque pour les analyses de Lepaintre et une analyse des attitudes de certains ex-anarcho-syndicalistes durant le pétainisme (« Les révoltes logiques » n° 4), en passant sous silence — comme par hasard ? ? — Doriot ; à ce propos je me demande si l’euro-communisme n’est pas déjà dans la démarche de Doriot ou celle de Tito, London, Desanti, Claudin, Kanapa dénoncent un fonctionnement à un moment précis du P.C. sans jamais remettre en cause le léninisme, ni les rapports à entretenir avec les courants politiques qui ont toujours dénoncé les déviations léninistes (anarchistes, communistes de conseil, situationnistes) ou qui les ont dénoncé bien avant le P.C. (trotskystes, social-démocratie).

Il serait bon aussi d’annoncer un plan de travail ou de recherche — ou moins prétentieusement, si on préfère — les sujets qui intéressent les membres de la revue, afin que les lecteurs ne soient pas à la remorque (des exécutants), mais des participants, des créateurs.

Pour ce faire, il faut que le bulletin de liaison annoncé paraisse, sinon le groupe reste automatiquement lié à la seule réalisation de la revue, ce qui ne peut constituer en soi un but ; la revue ne peut s’ouvrir que si elle est le reflet de l’action des participants (situation optimum) ou bien le reflet des préoccupations d’un groupe formé par les lecteurs et les camarades de la revue.

Et pour finir, concrètement, les sujets qui m’intéressent sont les réactions anti-autoritaires dans les pays de l’Est et en Chine, Cuba, etc., le développement de l’anarchisme en Espagne (et pas seulement de la C.N.T.), les tentatives d’organisations et de liaisons en France.

Salutations fraternelles.

Frank.


À La Lanterne Noire :

Est-ce que vous avez lu le bouquin de Biard ? Oui sûrement. Il confirme (pour moi) l’impasse de la démarche qu’avait déjà suivi Maitron. L’anarchisme, vu du point de vue des organisations, c’est la longue agonie de structures complètement sclérosées. Le renouveau libertaire actuel, du moins celui dans lequel je me sens personnellement inséré (c’est aussi le cas de la plupart des copains de Lyon il me semble) n’a pas grand-chose à voir avec ce dont parle Biard. Les problèmes sont ailleurs, en particulier le problème-clef de l’organisation. À ce sujet l’article de la Lanterne sur les organisations anarchistes spécifiques me semble relever des vieilles discussions propres… aux organisations spécifiques justement, celles qu’étudie Biard… l’article de Fugler est beaucoup plus intéressant. On va sans doute revenir là-dessus dans le prochain numéro d’I.R.L. (à partir du bouquin de Biard)… En général j’ai été très intéressé par le dernier numéro de la Lanterne.

D.C.


Salut à toute la bande !

J’ai reçu le n° 6-7 de la Lanterne Noire. À ce sujet, j’ai quelques remarques. En ce qui concerne ma lettre (p. 62), il me semble qu’il y a un passage incompréhensible (ce peut être un oubli de ma part quand je l’ai écrite) 2e paragraphe, 2e phrase : « il est, pour moi, évident qu’une organisation ne peut croître et avoir une certaine force, dans un système social dont la base est la capitalisation de plus-values de pouvoir, que si elle-même fonctionne sur la base de la capitalisation de plus-values de pouvoir (c’est-à-dire mode hiérarchique) ». Sinon je ne comprends plus ce que je voulais dire…

En clair, une de mes idées est que, à côté de l’appareil de production économique (ou des biens matériels), existe un « appareil » de production de pouvoir. C’est l’État et ses succursales. Comme nous sommes dans un système politique libéralo-bourgeois, à côté de l’institution État, existent des entreprises privées (syndicats et autres associations). C’est dans la dialectique entre ces deux appareils que se fonde le pouvoir social, l’un étant nécessaire à l’autre. Toute « association » — au sens large — fonctionnant sur un mode hiérarchique (consciemment ou inconsciemment), finit par s’insérer dans l’appareil de production de pouvoir, c’est-à-dire dans la lutte pour le pouvoir politique afin d’accéder à un pouvoir social reconduction de la société de classes — que ce soit l’un ou l’autre des 2 appareils qui prime. Or la force d’un mouvement, dans notre système, se mesure à la quantité de pouvoir politique que capitalise celui-ci : c’est, dans les termes du pouvoir, sa « crédibilité ». D’où ma position « spontanéiste », quand je dis que ce ne sont pas ces mouvements créés en période de collaboration des classes, qui peuvent prétendre à une reprise en main de la vie sociale lors d’un « moment révolutionnaire ».

En ce qui concerne l’Organisation Anarchiste Spécifique, je pense, après réflexion, être d’accord avec Nicolas. Sur le moment, il y a des points de détails qui m’ont fait bondir. En effet, quand il dit, page 8, dans « nécessité de l’organisation », que l’autonomie de l’individu, sa liberté, est un produit de l’association, de la vie en communauté, de la société, je ne puis que me dire que la « liberté » n’est qu’un produit de l’imagination. En effet, fonder la nécessité de l’organisation sur l’abstraction « liberté » ou « autonomie », me semble relever d’un idéalisme tout à fait classique. « Liberté » est un mot piège qui, en lui-même, ne signifie rien. Il faut le définir en termes réels qui renvoient à quelque chose dont on puisse attester la matérialité. De même pour le passage : « … souhaitable alors que ceux qui ont une conscience commune de leur situation sociale… » conscience dans quel sens ? Par rapport à quoi ?

Ou alors, j’ai peut-être rien compris au film.

En gros, je crois que le danger des analyses qui excluent la logique individualiste, est de tomber dans l’« idéologisation » de la théorie anarchiste. L’anarchie devient alors une idéologie parmi d’autres et qui doit prouver sa fiabilité. À cela, j’oppose une vision de l’anarchie, comme étant la théorie nécessaire au dépassement d’une situation socio-historique, dont la caractéristique principale est une contradiction entre les intérêts (désir) des individus et la possibilité sociale de les assumer à travers leur pratique.

La théorie que je fais est donc un acte entre autres, et nécessaire pour assumer cette contradiction — ou l’exporter de l’intérieur de moi-même vers le social. L’opposition individu/société n’est pas si abstraite que ça. Elle devient abstraite à partir de l’instant où je cesse d’être cet « individu » et où « la société » s’abstrait, c’est-à-dire n’est plus une société bien précise : celle que nous vivons tous les jours.

À mon avis, cette attitude n’exclue pas la théorisation des mécanismes de fonctionnement de la société capitalo-schmolltz, mais fonde cet acte sur autre chose que sur une abstraction (l’évolution, la nécessité historique, etc.) : sur moi et la réalité de mon vécu.

La lutte entre les classes sociales se vit chaque jour dans notre intimité : elle est notre misère quotidienne ; le fait que je ressente une envie envers une jeune-fille qui passe dans la rue, envie que je ne pourrais jamais satisfaire et qui continuera à me torturer ; le fait que je suis obligé de faire des actes pour des raisons qui m’échappent et que je suis obligé de les faire afin de pouvoir manger ; le fait de côtoyer journellement des gens avec qui je ne puis avoir aucun contact car nous avons des mondes trop cloisonnés ; et rester seul, avec sa vie sur les bras — et un grand vide. La lutte des classes c’est cela aussi.

Enraciner l’anarchie dans le vécu le plus quotidien n’est pas nier l’analyse théorique qui peut être faite d’une certaine société. C’est lui fournir une base critique qui soit autre chose que des idées émises par d’autres dans un autre contexte. (« J’ai basé une cause sur moi, c’est-à-dire sur rien », Stirner). L’individualisme n’entre pas en contradiction avec le communisme libertaire classique (Kropotkine), mais l’enrichit., lui fournit la seule base possible s’il ne veut pas sombrer dans l’idéalisme. Il faut seulement ne pas confondre individualisme et « folklorisme ».

Or, depuis 68, apparaît périodiquement le problème de l’organisation du mouvement anarchiste (C.A., O.R.A. → O.C.L., O.R.A. → O.R.A Lyon- Grenoble).

Or, ce que j’ai pu constater était ce mouvement de refus de l’individualisme en tant que composante fondamentale de l’anarchie. Cela se traduisait par la nécessité de fonder l’action militante, non sur la pratique sociale réelle (le vécu quotidien), mais sur des plate-formes communes au minimum. Résultat ? Un pouvoir se créait autour de cette vérité révélée ; le pouvoir de celui ou ceux qui détenaient cette vérité, c’est-à-dire la maîtrise du discours. Désintérêt de ceux qui n’avaient pas les outils nécessaires pour s’imposer face au « gouvernement des savants » → impuissance donc à « exporter » les contradictions du système de classes au niveau du politique → mouvement communautaire → paradis artificiels. D’accord, c’est sommaire comme analyse, mais j’ai pu souvent la constater dans les faits.

Ainsi la pratique militante prenait des allures de prédication, d’où la marginalisation et l’essoufflement des C.A. et O.R.A.

Conclusion provisoire : l’Organisation Anarchiste Spécifique peut être un moyen et le lieu des analyses théoriques, mais sûrement pas la finalité militante de ceux qui se réclament de l’anarchie.

Serge.


Une lettre du groupe de camarades italiens qui ont publié une édition italienne de La Lanterne Noire.

« …Nous sommes quatre camarades ; les uns étudiants, les autres enseignants, mais nous n’habitons pas tous dans la même ville. Notre travail est donc seulement théorique, même si quelques-uns interviennent à l’université. Ce qui nous réunit est une vision commune de la Révolution et de l’anarchisme et nous avons constaté beaucoup de points communs avec La Lanterne Noire, ce qui explique notre intérêt à la traduire.

500 exemplaires de l’édition italienne ont été distribués et des demandes continuent d’arriver. Les lettres que les camarades nous ont envoyées sont chaleureuses et nous incitent à continuer, en publiant des choses de N.R. et I.C.O. (c’est ce que nous sommes en train de faire pour N.R., malheureusement pour I.C.O. nous n’avons pas tous les numéros, sauf ceux que vous avez envoyés et nous voudrions publier le débat « Luttes d’usines et vie quotidienne »). Hélas, nous recevons peu de lettres de discussions et de critique, ce qui est caractéristique du mouvement anar italien : pas de débat par lettres (voyez le peu de place consacré au courrier dans les revues anars italiennes).

Le camarade Nicolas, dans son intervention à Venise, a ébauché une critique de la conception de la techno-bureaucratie comme la conçoivent les G.A.F. Nous sommes intéressés et aimerions en savoir plus. Peut-être par un article utilisable en italien… »


Petit compte-rendu d’une réunion merdique

Rencontre ratée s’il en fût, mais parler de ce qui cloche me paraît important, vus quelques thèmes abordés ce jour-là. Cette réunion, fixée il y a plusieurs mois, devait permettre au groupe de la L.N. de rencontrer des camarades italiens des G.A.F. sur le problème de la technobureaucratie. Le lieu fut fixé à Lyon, ce qui permettait d’élargir le débat aux camarades d’I.R.L. et à d’autres groupes avec lesquels des rencontres périodiques avaient déjà eu lieu.

Pour des raisons matérielles (interprétables aussi en terme de non-motivation, ou révélant les carences de notre mode de coordination), cette rencontre eut lieu fin février ; suite à de multiples ajournements, peu de gens y participaient : les « Parisiens » étant les plus nombreux, quelques camarades italiens et lyonnais.

Devant la difficulté, la non-envie de discuter du sujet prévu, une discussion s’enclencha sur la nécessité, l’intérêt de ce genre de rencontre ; des copains d’I.R.L. expliquèrent que, pour leur groupe, ces rencontres sur un thème à débattre étaient trop intellectuelles, rebutaient une partie des copains… bref, ce type de rencontre ne correspondait pas actuellement à l’état du mouvement, à la vie des groupes. La motivation des gens à être là était plus de voir les copains que de discuter un thème, ou d’échanger des informations sur ce qui se fait dans les groupes.

Un copain pensait que, vu le fonctionnement des anars en France, c’est un mouvement où l’on a besoin de se voir, et c’est positif, même si peu de choses concrètes sont faites.

En ce qui concerne l’aspect intellectuel des discussions, les présents étaient d’accord que, néanmoins, il faut avoir des discussions théoriques ; et qu’à défaut de trouver un « mode de production » de la théorie, nouveau, adéquat, cela passait par les livres, les concepts, le privilège d’un langage politique ou universitaire, et que, il est donc logique que ce soit rebutant ou excluant.

Constat donc, que l’on s’illusionne un peu à l’heure actuelle, et que l’on a tendance à prendre, à confondre nos relations amicales avec la structuration du mouvement ; ce qui, en soi, pourrait être positif si nous étions dynamiques ou productifs, mais phénomène qui camoufle actuellement notre inaction.

C’était juste un petit récit concret de nos problèmes d’organisation dans la réalité ; à méditer.

Agathe.


Camarades,

Durant le dernier « Camping Interna­tional Libertaire Écologique » à Saint­Mitre-les-Remparts (France) il fut pro­posé de choisir un terrain situé plus centralement. Le choix tomba sur RE­NAIX (Belgique). Du 15 juillet au 15 août.
Le groupe local « Liberta » a commen­cé les travaux d’aménagement. Le suc­cès de ce camping dépendra de l’aide des participants.

Pour cela nous vous demandrions :

  • des adresses de gens intéressés ;
  • des suggestions au sujet des grou­pes, et des idées d’animation et d’infor­mation ;
  • êtes-vous prêts (éventuellement en collaboration avec votre fédération) à prendre en charge quelques jours de ce mois en ce qui concerne l’animation ?
  • disposez-vous d’un stand d’infor­mation qui pourrait rester un certain temps sur le terrain ?
  • pouvez-vous éventuellement aider financièrement cette initiative ?

Etc.

Adresse de contact : Eric Sobrie, Zonnestraat 3, 9792 Wortegem-Petegem.


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