Argents dérisoires
Article mis en ligne le 1er août 2020

La typographie offrira toujours des ressources infinies pour la multiplication des zéros et des queues à ceux-ci ! Jamais d’ailleurs elle n’est aussi prodigue que quand il s’agit d’affaires de corruption ou de vénalité. Les gens qui se vendirent ou plus exactement qu’on acheta le firent toujours à des prix fabuleux.

Il en va de même dans les estimations de vols ou d’escroqueries. Souvent des délinquants sont mis au bénéfice de sommes détournées absolument colossales, qui n’eurent en fait qu’une portion fort congrue des malversations alléguées.

C’est qu’il est plus facile de puiser dans les casses que dans les caisses !

Cette disparité classique entre les sommes prétendues et celles effectivement perçues nous apparaît encore évidente dans l’Affaire en cours !

Les feuilles, dès le premier instant, risquèrent des affirmations précises. Oufkir pour mener à bien son entreprise contre Ben Barka avait constitué un budget, disait-on, qui n’était pas moindre de cent millions d’anciens francs. Or jusqu’alors le seul maniement d’espèces qu’on ait pu entrevoir ne va pas au-delà d’une chétive « unité », ancienne toujours ! Et remise encore après qu’on eut beaucoup insisté.

Un misérable million, à peine de quoi s’acheter des cigarettes ! Encore a-t-il fallu que ces messieurs, et ils sont pour le moins quatre : Le Ny, Palisse, Dubail et Figon, dépêchassent un des leurs pour qu’impatientés on leur consentît un aussi piètre denier !

Soit, en supposant que l’émissaire n’ait pas « repassé » les camarades, comme se fût exprimé Figon, un viatique de 250 000 F chacun ! Véritable dérision quand on songe aux jours noirs qui s’ouvraient nécessairement devant eux.

250 000 F ! mais le moindre Corse qui truande entre Pigalle et Clichy n’irait pas du carrefour Fontaine-Douai, tant la marche lui fut toujours pénible, jusqu’au square de Vintimille, pour un aussi ridicule dédommagement.

Côté Figon, et bien qu’il fût frotté d’intelligentsia germanopratine, il ne semble pas que la jugeote fût de meilleure qualité que chez ses acolytes.

Il avait omis de prévoir la séquence terminale de son fameux film, celle où à la première requête les Marocains lui répondraient Basta !

Disette qui l’entraîna probablement aux scabreuses négociations avec les feuilles de toute nature. Certes, il y avait aussi exhibitionnisme incoercible de sa part et désir d’occuper la « une » en permanence, mais mieux pourvu, il se fût peut-être davantage retenu.

Toucha-t-il pour se prêter aux interviews qu’on sait les piges qu’on prétend ? Ce n’est pas tellement sûr ! Nous restons persuadés que le plus infime rédacteur d’un quelconque Paris-jour qui ne sut jamais mettre plus de trois lignes bout à bout, touche comme indemnité de licenciement après six mois de présence, plus qu’on ne lui offrit.

D’ailleurs Figon dénonçait lui-même ses fabulations quand il racontait à propos de sa prétendue arrestation par le commissaire Bouvier qu’on l’avait relâché avec 500 000 F (anciens) pour prix de sa sagesse future.

Rien que ce détail montrait que tout le récit était inventé, car pour ridicules que puissent être nos hommes d’État et pour chiche que soit le gouvernement, personne, s’avisant d’un tel scénario, n’eût réduit ses propositions à un pareil brocantage.

On fût allé au moins jusqu’à 500 000 nouveaux qui seraient encore restés une bagatelle, puisqu’on nous assure que le sort de la Ve République était en cause !