La Presse Anarchiste
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Défense de l’homme n°1 (octobre 1948)
De l’Essence à la conscience
Article mis en ligne le 30 juin 2007

par Eliet (Édouard)
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Homo homini lupus… Mais c’est un loup qui se dévore lui-même ! L’homme n’a pas de pire ennemi que lui-même. Son imagination peut lui en créer d’autres, ce n’est que le voile de Maya cachant avec une pudique hypocrisie une réalité qu’il se refuse à admettre.

Un philosophe a écrit : que l’essence de l’homme est d’exister en se comprenant ; c’est-à-dire que la finalité de l’homme est de vivre consciemment et par extension de prendre conscience des autres pour les comprendre. Cet axiome rejoint celui de Socrate : « Connais-toi, toi-même », dont le corollaire : « … Tu connaîtras l’Univers et les Dieux » est moins souvent cité.

On objectera peut-être que tout ceci n’a rien de bien nouveau et l’on pourrait même se demander si d’une telle étude ne sortira pus une théorie de plus, sans intérêt pour la vie pratique.

Non par orgueil d’auteur, mais par conviction personnelle, je crois à la valeur intrinsèque de la formation théorique, particulièrement si elle ne demeure pas dans l’abstrait.

Une étude approfondie des attitudes humaines révèle que chaque individu a de l’ensemble du monde une conception différente, affectée d’une coloration affective particulière (ce que les Allemands nomment le Weltanschauung).

Chaque individu possède son micro à lui et à lui seul ; ce n’est qu’au contact d’autrui que les divergences apparaissent.

Les points de vue se heurtent, les vérités ne semblent plus que relatives ; l’accord est difficile et réside sur des compromis.

C’est dans cette individualisation de la vérité, dans cet absolu de l’être que réside tout le danger.

La conscience qui est réflexion de l’être sur lui-même est nécessairement individuelle, unique. L’être, sortant des ténébreux mystères de ses viscères, prend un jour conscience de son état, bien plus de son devenir. À ce moment, la vie consciente remplace la vie irréfléchie, organique et émotionnelle.

Or, il est caractéristique de noter ici que la conscience se dégage progressivement pour parvenir à une sorte d’autonomie, de sérénité, d’impartialité même. Et c’est par l’éducation que cette évolution peut s’accomplir le plus efficacement.

L’être n’est pas qu’un pur esprit. Il est composé essentiellement d’un corps ; c’est un organisme biologique d’abord.

Laisser le corps développer ses exigences, c’est asservir l’homme à lui-même ; c’est n’en pas faire plus de cas que de n’importe quel être existant dans le monde.

Or, si l’homme est sans commune mesure avec tout ce qui est, encore lui faut-il se réaliser lui-même. De là, le rôle et le but de l’éducation intégrale — l’homme pour se défendre doit connaître son corps et particulièrement les exigences biologiques de ce corps.

Ensuite, il sera libre d’adopter telle ou telle attitude qu’il estimera utile ou convenable à son équilibre.

Et la conscience acquise agira à son tour sur le comportement biologique jusqu’à déterminer une morale individuelle, autre formation de l’adaptation, ou selon l’expression d’André Gide : « Maintien de l’équation entre l’impulsion de l’âme et l’obéissance du corps. »

L’éducation sexuelle me semble particulièrement opportune si elle est donnée en fonction de la biologie, à des êtres capables d’en saisir la portée, c’est-à-dire à des jeunes gens et à des jeunes filles à l’âge de la puberté. Je dis bien en fonction de la biologie, c’est-à-dire à partir du réel ; alors que certains envisageraient de dispenser l’éducation sexuelle en fonction d’une morale, c’est-à-dire d’une relativité métaphysique érigée en dogme universel.

Éduquer l’instinct pour le transformer en une sensation consciente et faire que la conscience puisse ne pas se dégrader au contact de l’émotion ; éduquer l’être à résister aux sollicitations purement animales pour exister en tant qu’homme, tout cela n’est qu’une partie de l’oeuvre de défense de l’homme.

Car, parvenu, à la pleine conscience, l’homme croit avoir atteint l’absolu et risque de se cristalliser, de s’hypertrophier dans le statique, alors que tout en lui parle de dynamisme.

L’homme doit vivre et la vie exige des actes. Or, les actes sont une répercussion directe ou indirecte sur autrui et c’est ici qu’intervient le choc entre les consciences individuelles enfermées dans leur coquille. Partant du corps, la conscience d’un être est différente de celle d’un autre être, partant d’un autre corps.

C’est dans ce heurt que tous les conflits hautains individuels ou collectifs naissent.

Le droit, qui vient consacrer la conscience d’un homme ou d’un groupe, n’est que relatif à cet homme ou à ce groupe ; dans la mesure où il s’impose à des groupes élargis, il devient tyrannie.

Le dogme, autre forme du droit, est la conscience d’une vérité ecclésiastique ; s’il s’impose à des groupes non conscients de cette vérité relative, il devient inquisitorial.

De ces deux exemples, il est facile d’opérer d’importantes déductions. Toute vérité n’est absolue qu’individuellement. Donc tout individu doit savoir qu’il ne peut pas plus contraindre autrui à se soumettre à lui qu’il ne peut être contraint de se soumettre à autrui.

C’est le fondement même de la liberté et le gage du respect et de la compréhension mutuelle, donc de la Paix.

Tonte vérité imposée au-delà des limites où elle demeure vraie astreint des groupes à l’obéissance par la force et dégrade ces groupes en sapant leur liberté, leur existence et leur originalité essentielle. C’est le cas des États modernes centralisés et dont les fonctions empiètent de plus en plus uniformément sur la vie privée. Cette forme de gouvernement ne résiste que par l’inconscience où les individus sont retombés. Pour restaurer la dignité de l’homme, il faut lui refaire prendre conscience de lui-même à partir de son état actuel.

Toute conscience religieuse cristallisée en dogme est un produit figé, mort, sans aucun avenir. L’état statique ayant pris la place du devenir, le dogme marque la stagnation et correspond à la « lettre morte » comparée à « l’esprit de la lettre ». Le dogme est tellement averti de sa stérilité qu’il se modifié ou se complète au cours des siècles, prolongeant d’une manière factice une existence condamnée.

Un tel langage équivaudrait presque à une déclaration. Je me garderai de formuler des principes, de définir une position.

La vie se vit et ne se définit pas. Restons-en là !

C’est plutôt un avertissement qu’une déclaration.

L’homme doit se défendre, bien plus qu’il ne doit être défendu.

Je n’aime pas les « passifs » lorsqu’ils s’appliquent à un dynamisme, à un devenir. Et pour que l’homme se défende, il faut qu’il se croit attaqué ou menacé. Seule la conscience de lui-même doit lui permettre d’en juger. Il faut donc, avant. tout, faire naître ou restaurer la conscience individuelle et il n’y a pour cela aucun système préfabriqué. Chaque individu me semble un univers sur lequel notre action est faible ou nulle. C’est sans doute cette difficulté qui rend compte du peu de progrès accompli par l’espèce humaine. Il n’est pas question cependant de nous décourager.

Édouard Eliet


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