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La Vie Ouvrière n°2 (20 octobre 1909)
À travers les livres
Article mis en ligne le 13 août 2007

par Wintsch (Jean)
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L’hygiène du logement, par PAUL JUILLERAT. — Petit volume de 222 pages, 1 fr. 50, de la Collection d’hygiène pratique et familiale. Librairie Delagrave.

M. Paul Juillerat, chef
de bureau des logements insalubres de Paris, nous donne dans ce
volume des renseignements précieux sur l’état
d’encombrement dont souffrent certains immeubles de la « Ville
lumière » et il apporte de bons conseils sur ce que
devrait être un logement hygiénique. Il attaque avec
infiniment de raison tout ce qui dans une maison soulève,
recèle de la poussière, il découvre avec
perspicacité les moindres causes de l’humidité, et
préconise avec conviction le règne de la lumière,
du soleil en tout et partout. Tout cela ne serait rien de bien
nouveau si l’auteur s’en était tenu à faire une
campagne de salubrité purement théorique, à
caractère général, comme le font à peu
près tous les hygiénistes. Non, M. Juillerat examine
tour à tour, avec minutie et sans vaine science, ce qui
constitue un appartement, tout ce qui permet d’y vivre … ou d’y
tomber malade. Orientation, ventilation, chauffage, eau, éclairage,
éloignement des matières usées, chambres,
cuisines, lit, meubles, tapisseries, rideaux, parasites de l’homme et
du logis, fleurs, etc., etc., tout est passé en revue et,
encore une fois, fort judicieusement.

Nous ne retiendrons dans
cette petite notice qu’un point plus spécialement intéressant
pour nous.

Paris compte 80.000
maisons. Toutes ces maisons, depuis une quinzaine d’années,
ont leur casier sanitaire. Un premier dépouillement du dossier
a permis de constater, du 1er janvier 1894 au 31 décembre
1904, que plus du tiers des décès par tuberculose se
produisaient dans 5.263 maisons, c’est-à-dire que 6,58 %
des habitations donnaient à elles seules 38 % des décès
par phtisie pulmonaire, autrement dit une proportion six fois plus
forte que la moyenne générale des maisons. La
tuberculose est nettement localisée, ajoute Juillerat, dans
les ruelles sombres, dans les quartiers pauvres, et cela prouve une
fois de plus que le peuple est fauché lentement et sûrement
dans ses turnes malsaines, en particulier par le manque de soleil et
d’air, tandis que la bourgeoisie prospère et évite
presque totalement la tuberculose dans ses belles villas, construites
pourtant par ce même peuple de producteurs. La vie des ouvriers
sera respectée, non pas à force de réglementer
les conditions d’habitation, mais lorsqu’ils garderont pour eux les
produits de leur travail, les belles maisons bien situées et
confortables, et qu’ils auront procédé à
l’expropriation de ce que leur ont enlevé les dirigeants
parasites.

Chicanerai-je pour finir
M. Juillerat, en lui disant en outre que ses avis éclairés
sur l’arrangement des chambres à coucher, cabinets de
toilette, fumoirs, cabinets de travail, salles de bains, sur la
nécessité d’assurer l’évacuation des buées
et des gaz délétères, et ainsi de suite,
n’auront de valeur que pour des gens aisés ; et que pour
nous, le droit à l’aisance est encore à conquérir,
qu’on ne nous le donnera pas, mais qu’il faudra l’enlever de haute
lutte ? Les hygiénistes ne savent pas encore que c’est la
révolution sociale qui est la solution hygiénique par
excellence en apportant à tous le bien-être. Au
lendemain de la grève générale, nous reprendrons
le livre de M. Juillerat, et la Fédération des
travailleurs du bâtiment saura s’en inspirer.

_

Jean Wintsch.


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