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La Vie Ouvrière n°2 (20 octobre 1909)
L’éducation de l’Enfant dans les milieux ouvriers
Article mis en ligne le 14 août 2007

par Clément (Léon)
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Cette préoccupation
de l’éducation de l’enfant en dehors du contrôle et de
la gestion de l’État,
est la preuve que la question sociale ne se restreint plus à
une formule étroite, mais embrasse un ensemble de
manifestations touchant à la fois les intérêts et
les sentiments de la classe ouvrière. Toutes ces
manifestations prennent un caractère « d’action
directe ». À la lutte économique s’ajoute la
lutte non moins indispensable pour la libération des cerveaux
et la formation des individualités.

L’éducation !
Quel monde d’activités et d’études. Détruire
tous les systèmes absolutistes, supprimer les formules, ne pas
les remplacer par de nouvelles, faire naître la curiosité,
éveiller l’intelligence, faciliter le développement de
l’originalité, provoquer des questions nombreuses sur les
commentaires incompris : c’est combattre non seulement toutes
les écoles religieuses, mais encore l’école laïque,
l’école de l’État, qui a conservé non les
termes, mais l’esprit dogmatique des écoles d’antan, et qui a
remplacé le culte chrétien par celui de l’État,
avec tout ce qui en résulte : patrie, propriété,
drapeau, etc., créant un nouveau dogme indiscutable, une
nouvelle chose sainte qu’on doit respecter de par la volonté
des plus forts.

De plus, il est
nécessaire de constater combien tout le système
éducatif présent est peu attrayant pour l’esprit de
l’enfant. L’étude devient une fatigue, presque une punition.
Le bâtiment ou maison d’école a trop souvent l’aspect
d’une caserne. Le professeur ou maître d’école n’a pas
toujours les qualités d’un pédagogue, ou s’il les
possède, fatigué par les obligations d’un programme
étroit auquel il est soumis, par le nombre considérable
d’élèves qu’il a l’obligation d’éduquer et qu’il
ne peut que dresser aigri par une vie précaire, il se
désintéresse souvent de sa besogne et l’accomplit comme
une corvée.

Finalement, un seul but
est envisagé : l’obtention du certificat d’études,
pauvre certificat qui ne prouve rien. Cependant, pour arriver à
ce résultat, on a inculqué une foule de notions
générales inutiles et quelquefois des plus
incompréhensibles pour l’enfant. De là un surmenage
intellectuel entraînant fréquemment le dégoût
pour l’étude.

Pour obtenir de cet
adolescent franchise, sincérité et éveil de la
pensée, il aurait fallu un travail considérable,
impossible de par les difficultés et les nécessités
sociales. Il aurait fallu réagir contre l’influence du premier
milieu où il a été éduqué. En
sorte que, une fois accaparé par la vie de l’atelier ou du
bureau, si le hasard ne met pas sur son chemin quelque intelligent
camarade provoquant dans son cerveau des éclaircissements
nécessaires, s’il ne lit pas, le voilà devenu bientôt
un rouage de la machine sociale ; électeur quelconque,
être sans originalité de pensée et d’action :
remplaçant un maître par un autre, une formule par une
autre et considérant comme une réforme profonde le
changement de couleur d’un drapeau.

Or, si nous nous rendons
compte qu’une transformation réelle, complète, ne peut
se faire qu’à la condition d’une part, qu’il y ait éducation
économique, et qu’il y ait d’autre part, des individus en
grand nombre qui soient « des caractères »,
il faut, en ce qui concerne cette dernière condition, une
certaine préparation, une certaine tendance, un effort dans
cette voie.

Pourquoi
négligerions-nous cette forme d’activité directe ?
activité qui déterminera, au surplus, des
préoccupations d’ordre très élevé dans la
pensée des militants qui s’intéresseront à cette
tâche.

Il y a longtemps déjà
que les libertaires ont manifesté ces opinions en diverses
brochures qui peuvent ne pas nous satisfaire, mais qui n’en marquent
pas moins l’intérêt porté à cette forme de
la propagande. Mais il faut avouer que depuis peu de temps seulement
des essais pratiques ont été tentés. Cela se
comprend aisément et il suffit d’entreprendre une oeuvre de ce
genre, même très modestement, pour se rendre compte des
difficultés matérielles qu’elle comporte, ainsi que la
préparation particulière, de l’étude que tous
nous avons encore à faire, études pratiques,
expériences méthodiques et suivies. Raison de plus pour
s’y intéresser d’une façon effective et tenace. La
société de demain se prépare un peu chaque
jour ; c’est actuellement la période de tâtonnements,
d’études, d’essais de méthodes nouvelles ; c’est
de plus en plus en plus le peuple qui agit par lui-même.

Pour contrecarrer
l’influence des patronages cléricaux,
dans les grands centres tout au moins — des groupements se sont
constitués sous le titre de patronages laïques. En dehors
des cours d’enseignement, ces patronages se donnent pour but de
continuer l’éducation donnée à l’école
laïque : on y retrouve les mêmes défauts, avec
en plus la possibilité pour certains organisateurs de
conquérir les palmes ou autres faveurs ; ces patronages
sont d’ailleurs placés, à peu près tous, sous un
patronage officiel. Ce n’est donc pas là l’oeuvre ouvrière
proprement dite. On ne peut pas y trouver cette préoccupation
de rénovation morale, sociale, car on ne peut jamais concilier
l’arrivisme, même atténué, avec un souci
d’éducation élevée.

Il y a quelques années,
nous avions tenté, dans le XIIe arrondissement de
Paris, de réunir un certain nombre d’enfants. Nous ne voyions
pas à cette époque la possibilité d’intéresser
à une œuvre de ce genre, les organisations ouvrières.
Cette œuvre, des plus modestes, insuffisante dans ses moyens
d’action, ne vécut pas longtemps. Elle eut tout au moins pour
résultat de nous convaincre de la logique des idées
nouvelles en matière d’éducation. Avoir constaté
la facilité avec laquelle on conquiert l’amitié de
l’enfant le moins doué intellectuellement, la facilité
également avec laquelle on arrive à éviter tout
mensonge, toute jalousie sournoise, n’était-ce pas là
des points importants ? Et nous nous disions :
qu’obtiendrait-on si les éducateurs avaient à leur
disposition un matériel d’enseignement approprié aux
besoins de curiosité de l’enfant, s’ils avaient la possibilité
matérielle de leur donner, avec les soins physiques, cette
éducation morale, au milieu même des choses de la
nature, parmi l’air et la lumière ?

La tentative de Paul
Robin à Cempuis, le bruit fait autour de son nom et des
méthodes pratiques d’enseignement employées par lui
dans cette école, a provoqué d’importantes discussions
tant sur la coéducation que sur l’enseignement lui-même.
Cela a contribué au réveil des consciences chez les
éducateurs et les pédagogues ; le problème
s’est mieux imposé à l’attention de tous.

}}}

Les pupilles des Syndicats et des Coopératives.

Actuellement, un certain
nombre de coopératives de consommation qui ne répartissent
pas tous leurs bénéfices se sont mises à
consacrer une partie de ces ressources à former des groupes
des enfants. L’Union des Syndicats de la Seine de son côté,
certaines Bourses du Travail de province, aussi, comme celle de
Bourges, ont constitué de pareils groupements.

Cette création de
groupes de pupilles prouve bien qu’un désir existe en ce qui
concerne l’éducation dont nous parlons.

Les petits sont réunis ;
quant à l’éducation qu’on leur donne examinons-la. Les
enfants sont réunis pour se réjouir, s’amuser, ou leur
apprendre des chansons, les chansons dites « révolutionnaires »,
parce qu’elles expriment ce que nous pensons. Mais ces chansons, les
termes en sont-ils compréhensibles pour les gosses ?
Ceux-ci les chantent avec l’apparence d’une conviction qu’on sait
leur donner. Certes, ils clament ces refrains avec une ardeur qui
provoque les applaudissements des auditeurs. Mais notre but est-il
atteint ? Ce succès répété me paraît
dangereux et néfaste même. L’enfant, plus que l’adulte
encore, a des tendances à devenir rapidement un cabotin. Se
sachant regardé, applaudi, on lui se crée un état
d’esprit absolument contraire à ce que nous nous proposons
d’atteindre.

L’on pourrait également
se demander : pourquoi cet uniforme ? ce béret
rouge ? cette cravate rouge ? et cette bannière
encore plus rouge ? Pourquoi ce besoin de façade qui ne
prouve pas que la mentalité des enfants soit supérieure ?
Pourquoi ces exhibitions constantes ?

Mieux encore, dans le
compte rendu d’une fête à laquelle participaient
plusieurs groupes d’enfants, l’Humanité déclarait
que le succès avait été plus particulièrement
pour tel groupe. Et nous prétendons combattre les tares de
l’école laïque qui, avec ses punissions, ses récompenses,
son classement, établit des degrés, des différences,
et corrompt la simplicité de l’enfant ! La conséquence
de tout cela n’est-ce pas toujours l’ignoble cabotinage qui déforme
l’esprit.

Certes, il existe, dans
ces groupements, des camarades dévoués, bien
intentionnés, sincères ; cependant je crois qu’il
ne suffit pas, en l’occasion, d’avoir de bonnes intentions ; il
faut encore voir si le résultat réel correspond à
nos espoirs.

En somme, si l’enfant
n’est plus lui-même, s’il n’a plus cette vraie et gracieuse
nature, sans recherche, sans pose, il n’est plus qu’un répugnant
petit personnage, et je ne sais rien de plus douloureux que ce
spectacle. Les prêtres ont fait de l’enfant un être
sournois, les laïques un arriviste, n’en faisons pas un être
superficiel, prétentieux et grotesque.

Rien n’est évidemment
plus beau que l’enfance joyeuse, l’enfant dans une fête créée
pour lui, à la condition toutefois que ces fêtes ne
deviennent pas l’occasion d’exhibitions constantes.

Personnellement, j’ai
une très grande confiance, au point de vue éducatif,
dans la musique : cette expression la plus simple, la plus
saisissante traduisant un sentiment ; mais, de même qu’il
y a des textes idiots en littérature, il y a une mauvaise
musique, qui, au lieu de développer le goût et la
sensibilité, les atrophie. Il faut donc procéder avec
beaucoup de tact dans le choix des chants. Ils sont rares ceux qui
ont été écrits pour les enfants. Avant tout,
pourquoi sont-ils si rares ? est-ce parce qu’ils doivent être
simples ? Évidemment
rien n’est plus difficile à créer : Les auteurs,
en général, sont plus aptes à rechercher le mot
à effet qu’à exprimer une émotion sincère.

Chanter, pour un gosse,
est une chose naturelle. Les réunir et les faire rythmer des
airs jolis, qui soient de leur âge, airs simples comme il
convient à des petits, rondes dans lesquelles ils acclameront
ce qui les enchantent : le soleil, le jeu, le printemps, voilà
qui les animera ! Le fait de chanter leur est tellement agréable
qu’ils précipitent la cadence, ne respectent plus les meures ;
mais cette gaieté et cette ardeur ont leur beauté.
Écrire pour eux,
c’est tenir compte de cela ! c’est se subordonner à cette
loi et non pas contrarier de façon pédantesque leur
nature si intéressante.

Un auteur à peu
près inconnu, François Jasmin, a écrit pour eux
de ces choses délicieuses, basant toute sa morale sur
l’observation des choses et des êtres : réflexions
de gosses qui n’aiment pas ce qu’ils ne comprennent pas, qui se
moquent des pédants, des menteurs, et cela avec des mots
d’enfants. La musique : quelques notes, pas de complications.
C’est le chant du soleil, des abeilles, des fleurs, etc. Combien,
selon moi, la morale qui se dégage de telles phrases est de
beaucoup supérieure à tout ce fatras de poèmes
clinquants que ressassent nos pauvres gosses.

Mais il y a plus grave ;
je lisais, il y a quelques mois, dans un numéro du Bulletin de
la Bourse des Coopératives socialistes de France que des
coopérateurs, s’intéressant aux enfants, organisent des
concours à leur intention. La singulière idée :
qui dit concours ne dit-il pas récompense ? Et ces
récompenses consistent pour les premiers à bénéficier
d’un voyage à l’étranger. Certes, il est bon que les
enfants voyagent. Mais c’est payer cher ce résultat que de
sacrifier à la sotte méthode des concours. Et que
demande-t-on à ces enfants ? Leurs idées sur la
coopération ! Pauvres enfants à qui on pose des
questions bien au-dessus de leur âge et qui embarrasseraient
peut-être bien fort leurs parents eux-mêmes. Triste
sujet ! triste méthode !

Mais voici encore le
premier alinéa du sujet de concours : « Deux
petits amis, Jacques et Marie, dont les parents sont membres de la
même coopérative, bons écoliers tous deux, ayant
été reçus premiers au Certificat d’études,
ont eu le premier prix du canton. Leurs parents ont décidé
de les « récompenser » etc…

Ces quelques lignes
suffisent pour montrer la conception de nos camarades en matière
d’éducation. Les premiers élèves sont les plus
intéressants, les plus intelligents. Ce sont ceux qui doivent
bénéficier des avantages donnés. C’est
exactement conforme à l’esprit laïque de nos écoles.
Cependant, les premiers ne sont pas toujours les plus intéressants,
ni les plus intelligents, ni les plus généreux. Le
dernier a fait, quelquefois, plus d’efforts ; c’est souvent un
timide ; c’est quelquefois un intelligent mais turbulent ;
c’est un indiscipliné que rebutent les méthodes
abstraites d’enseignement. Et même si ce dernier était
un inintelligent, il n’y a aucune raison pour qu’il ne bénéficie
pas des avantages qui reviennent à certains. Il a droit comme
les autres à toutes les joies.

Dans l’esprit de nos
camarades, il faut faire l’éducation sociale de nos enfants.
Or, comme ces enfants ne peuvent pas comprendre un mot de sociologie,
les éducateurs sont obligés d’employer la méthode
religieuse, c’est-à-dire de catéchiser l’enfant. Il y
aura « des vérités indiscutables »
et on les lui enseignera. Qu’adviendra-t-il ? De deux choses
l’une : ou bien devenu adulte, l’enfant ne conservera absolument
rien de ces notions catéchisées, alors les amis auront
perdu leur temps ; ou bien il gardera, au contraire, intacte la
conception de « ses maîtres » comme
certains adultes conservent pieusement le souvenir de la morale
civique apprise à l’école.

Si l’enfant ne peut
comprendre un seul mot de sociologie, il peut vibrer en présence
de certains faits. Il est possible de l’intéresser à sa
vie familiale, à sa vie avec ses petits camarades, à
ses jeux. Les enfants que nous groupons ont l’occasion assez souvent,
malheureusement, de voir souffrir autour d’eux. C’est là qu’il
faut procéder avec conscience. La vie ouvrière, de
misère, de travail surhumain, abrutissant, nous devons la lui
faire sentir et connaître. Comment ?

Voilà des enfants
réunis dans une coopérative ou une Bourse du Travail ;
ils sont une centaine. L’année ne se passera pas — hélas !
— sans tristesse. Ce sera la mort du père de l’un d’eux ou
de la mère. La vie de la famille ouvrière brisée,
vie nouvelle pour ce petit être. Sans le père, c’est la
plus grande des misères. Sans la mère, c’est l’abandon,
la rue. Ou bien ce sera un accident du travail, ou bien encore
l’expulsion du logis d’une famille miséreuse. Puis le frère
partant au régiment. Le chômage, etc. ! Heures de
tristesses répétées, qui alternent avec de rares
heures de joies.

Ce sont ces faits qu’on
redoute, mais qui surgissent, redoutables, qu’il faut qu’ils voient !
Qu’ils leur soient donc une leçon de la vie, afin que tous —
sans de longs discours — aient le sentiment d’une réelle
union, d’une simple et fraternelle solidarité. Qu’ils aient ce
sentiment que des êtres souffrent, et ils arriveront vite à
comprendre pourquoi on souffre. Je crois que par les rapports
fréquents avec les petits, on apprend à leur dire ce
qu’il faut. L’amitié qu’ils inspirent vous dicte des mots pour
leur cœur.

Ne croyons pas aider à
la formation de mentalités révolutionnaires en donnant
aux cerveaux d’enfants une doctrine. Ce fût le procédé
du prêtre ; point n’était besoin de rechercher la
vérité puisqu’elle « existait »
renfermée dans le dogme. Le seul effort à faire
consistait à l’apprendre. Ce fût, et c’est encore, le
procédé de l’État : il est des dogmes
intangibles ; le libre-penseur Ranc ne disait-il pas un jour :
« La patrie ne se discute pas ! »

À l’exaltation
pour le drapeau, pour l’armée, pour la propriété,
pour la loi, etc., certains socialistes voudraient opposer une autre
doctrine. Le procédé serait exactement le même.

Il nous intéresse,
au contraire, de former des « convictions » ;
or, la conviction est individuelle. C’est après l’observation,
le développement du sens critique, que cette conviction se
fera. Alors, mais alors seulement, nous nous trouverons en présence
non d’un numéro, mais d’un être conscient, d’une valeur
morale et intellectuelle assez haute pour accomplir un acte sérieux.

C’est de la neutralité
cela, direz-vous ? Non. Je ne crois pas à la neutralité :
l’éducateur voudrait-il être absolument neutre qu’il ne
le pourrait pas. L’éducateur est entraîné, dans
une certaine mesure, à expliquer, à commenter, à
conclure suivant sa façon de voir personnelle. Mais s’il est
honnête, au sens élevé du mot, s’il est éducateur
conscient de sa responsabilité, il ne perdra jamais de vue
qu’il n’a pas le droit de prétendre à l’infaillibilité
et, conséquemment, à pétrir l’esprit de
l’éduqué.

J’ai confiance,
d’ailleurs, au point de vue du résultat, en cet adolescent qui
aura été habitué à ne considérer
comme vrai que ce qu’il aura pu vérifier par lui-même,
qui ne supportera aucune exploitation, aucun mensonge et qui,
curieux, voudra toujours se renseigner, se documenter. En un mot,
nous lui aurons donné tous les moyens de se développer,
de s’affirmer progressivement ; il aura eu l’occasion de voir
souffrir, de pratiquer la solidarité ; il n’ignorera pas
la misère, il n’ignorera rien de ce qu’il aura été
possible de lui faire connaître de la vie à son âge.
Agir autrement, ce serait faire du « dressage »,
non de l’éducation.

}}}

La Fédération des groupes de pupilles

De nombreux groupes
d’enfants existent. N’y aurait-il pas intérêt à
ce qu’ils soient en contact les uns avec les autres ? Cela vient
naturellement à l’esprit. Aussi l’idée de les fédérer
est-elle posée. Les amis de l’enfance trouveront là un
moyen de discuter entre eux les idées et les méthodes
d’éducation ; il en résultera certainement pour
tous une compréhension plus nette de l’action à faire.

N’est-il pas
intéressant, par exemple, de créer, d’une façon
sérieuse et étendue, des moyens de développement
physique, d’organiser des colonies, des promenades, ainsi que le
propose le camarade Jouenne dans le Bulletin de la Bourse des
Coopératives socialistes, de janvier 1909 ? Puis de
s’occuper de créer des cours de gymnastique rationnelle —
non de « sports » au sens où on l’entend
dans les journaux professionnels, mais d’exercices physiques qui
contribueraient à affermir la santé de nos gosses.

Il y a lieu de s’occuper
des jeux qui, tels qu’ils existent encore actuellement, sont tout
simplement barbares et idiots. Ces jeux du gendarme, du voleur, du
soldat, etc., qui forment les délassements des enfants, sont,
on ne se l’explique que trop, la représentation de ce qu’ils
voient tous les jours. Le jeu a une portée morale dont il faut
tenir compte.

Il serait possible,
également, de créer un matériel de science
amusante, science expérimentale concrète, excitant la
curiosité des bambins et les instruisant, quelque chose dans
l’esprit des travaux du mathématicien Laisant et du chimiste
Darzens qui, contrairement aux méthodes appliquées dans
nos écoles, trouvent la possibilité d’intéresser
de jeunes cerveaux à des sciences profondes, et cela
simplement en sachant satisfaire chez l’enfant le besoin de voir, de
comprendre.

Et les parents, n’est-il
pas indispensable de les intéresser à cette tentative ?
On le peut par des cours sur l’hygiène, sur l’éducation
familiale, par le contact avec les éducateurs.

De plus, l’enfant ayant
le besoin de lire, de contempler des images, d’assister par la
gravure à des scènes qui l’intéressent, il faut
qu’il ait, chaque dimanche, son journal. Luttons donc contre
l’insanité, contre la lecture de tout ce qui peut corrompre
déjà ce jeune coeur. Et puisqu’il aime cette gamme de
couleurs que représente l’image, facilitons-lui la possession
de ce plaisir et qu’il en résulte un peu plus de joie et un
peu plus d’intelligence.

Il y a encore à
combattre toutes les formes d’exploitation de l’enfance, entre autres
les maisons de correction. Nous avons à révéler
comment on exploite le ou la jeune apprenti dans les bagnes
industriels, à organiser des campagnes intenses de propagande,
pour mettre cette situation au grand jour. Des camarades nous ont
d’ailleurs précédés. Ils ont révélé
déjà de nombreux forfaits. Mais, il faut bien le
déclarer, rien n’a été absolument tenté
de sérieux, de continu, par l’élément ouvrier
dans ce sens. Et puisque nous parlons des apprentis, ne devons-nous
pas également demander aux organisations syndicales de
faciliter aux parents leur tâche délicate en ce qui
concerne le choix de la profession à donner à l’enfant.

Au point de vue qui nous
intéresse, il me semble indispensable que l’ouvrier devienne
aussi bien un technicien parfait qu’un militant décidé.

Partisans de
l’initiative individuelle sous toutes ses formes, nous sommes tenus
de poursuivre cette éducation jusques et y compris
l’apprentissage. Enfin, pour parachever cette action déjà
très vaste ; afin d’expérimenter avec précision
et d’une façon complète nos méthodes
d’éducation ; afin de créer l’exemple qui
suggérera des idées nouvelles, quelle plus belle œuvre
que l’école modèle ouvrière ! cette œuvre
de la collectivité syndicale, comprenant la nécessité
de s’attaquer à la corruption sous tous ses aspects, montrant
la classe ouvrière préparant la société
nouvelle économique et protégeant l’enfant, ses
enfants, contre l’État bourgeois. Après les tentatives
de Sébastien Faure, de Madeleine Vernet, de Ferrer, une école
placée sous le contrôle des organisations ouvrières
et des professeurs préparant les cahiers de l’enseignement
dans un esprit nouveau, conforme aux besoins de rénovation
sociale, une telle école s’impose.

Le champ de l’éducation
de l’enfant est illimité. Cette question offre assez
d’attraits, de joies, de travail intelligent et passionné pour
tous ceux que préoccupe l’avenir. Il en est qui ont souffert
de voir leur idéal trop loin des réalités, et
peut-être par faiblesse, peut-être aussi à la
suite d’injustices subies, se sont retirés d’une lutte qui les
avait séduits. Qui sait ? Ils ont négligé
peut-être le terrain d’action qui convenait à leur
sentimentalité : ils ont négligé l’enfant.
L’éducation de l’enfant, à mon avis, ne crée
point de désillusions.

Allons vers lui, non
avec un geste de doctrinaire, mais d’ami, et nous verrons les plus
délaissés s’éveiller au bonheur. Et ce sera du
bonheur — pour soi-même — que de vivre au milieu de cette
douceur et de cette franchise réconfortantes. Ce sera un
excellent travail que d’avoir aidé à la formation de
techniciens habiles, de coeurs francs et de caractères droits.

Léon Clément


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