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Iztok n°1 (printemps 1980)
Marx, Bakounine et les dissidents russes
Article mis en ligne le 15 août 2007

par Gorski (P.)
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Je ne dis pas
soviétiques, car en Russie il n’y a pas de soviets. Ce n’est
qu’une oligarchie despotique dans les périodes où
manquent l’autocrate traditionnel… Voici déjà 63 ans
qu’existe cette création du socialisme « scientifique »,
cette dictature du « prolétariat » qui
ne devait durer que peu, le temps de liquider les classes, après
quoi, disait et le dit toujours la recette du même socialisme,
c’est la société sans classes, le socialisme, le
communisme… le paradis ! En attendant, on a liquidé
dans ce malheureux pays les ennemis de classe, les « ennemis »
politiques des autres mouvements socialistes et des paysans par
millions. On a fait mourir d’autres millions par la famine
artificiellement créée. On a liquidé la vieille
garde léniniste qui a d’ailleurs bien mérité son
sort pour avoir été l’avant-garde de la terreur et de
la félonie du début. Ils ont inventé aussi les
terribles camps de concentration qui ont servi de modèle à
toutes les dictatures du monde, de sorte que cette « démocratie »
centraliste y a fait mourir pas moins de 60.000.000 d’innocents !
Ils ont fait aussi une guerre patriotique avec promesse solennelle de
liberté et on prépare et on donne le ton à une
nouvelle guerre, atomique cette fois. Tout ceci est le fruit bien mûr
de socialisme « scientifique » inventé
par Marx et son valet bien docile, le fabriquant Engels. Si il y a
plus d’un siècle, nanti d’une bonne dose d’arrogance, on
pouvait parler d’un tel socialisme, de nos jours cela devient un
attentat à la logique, au bon sens et à la vérité.
On se demande avec stupeur comment est possible l’existence de gens
aussi bornés que, par exemple, la veuve de Maurice Thorez qui
à la TV, l’air ingénu, demande aux français
d’accepter « une petite dictature du prolétariat de
bien courte durée »… Bien sû cette
vénérable vieillarde a toujours vu le monde à
travers des lunettes roses. Elle à sûrement accompagné
Thorez en Russie et grâce à ses lunettes elle est
restée enchantée de cette dictature bien courte !
Mais si des gens comme elle, repus de démocratie (car ils
osent dire impunément bien plus que le français moyen)
vident le contenu de leur ignorance devant les téléspectateurs,
ils sont excusables à cause de l’absence de bagages
intellectuel et de l’anesthésie morale dont ils sont atteints.
Cependant, ce qui est mille fois plus stupéfiant, c’est de
voir des jeunes expulsés par les « socialistes
scientifiques » de Moscou qui arrivent et se déclarent
marxiste ! Pourtant ils ne sont pas dépourvus de bagage
intellectuel, car une bonne partie est formée d’écrivains,
de philosophes et de poètes. Ils ne souffrent pas s’anesthésie
morale car ils se sont révoltés et ont passé de
longues années dans les camps et les prisons psychiatriques.
Cependant ils se disent marxistes, bien persuadés que ce sont
les « scientifiques » du Kremlin qui se
trompent, tandis que eux, les véritables marxistes, sont
capables de créer une société juste, humaine et
un monde nouveau avec les préceptes d’une théorie qui
s’est avérée erronée et néfaste pour
l’histoire humaine. En attendant, dès leur arrivée en
avion, on les voit se prosterner en direction de la nouvelle Mecque
démocratique de Washington et attendre l’occasion et l’honneur
de serrer la main du champion des droits de l’homme, Jimmy Carter.
Pour être juste, il faut accorder une circonstance atténuante
à ces jeunes gens qui ont dû passer obligatoirement par
l’alchimie scolastique du marxisme. Tout y passe, la jeunesse comme
les vieillards, dans ces chambres pires que celles à gaz,
celles du lavage des cerveaux. Cependant il y a une circonstance
aggravante : ces dissidents avaient des compatriotes glorieux,
des révolutionnaires dotés d’une abnégation
apostolique tels que Tchernichevski, Dobrolubov, Herzen, Ogarev, et
le géant de la révolution russe et mondiale, Michel
Bakounine. Et stupeur, le silence à leur égard est
complet de la part de ces écrivains, poètes, etc. !
Le seul lavage de cerveaux ne suffit pas car dans leur pays les
œuvres de ces géants
existent, quoique accompagnées de commentaires ridicules. La
réticence de ces dissidents ne peut pas s’expliquer par le
manque d’information, car en pleine guerre, lors du passage des
troupes russes dans notre ville en Bulgarie, j’ai connu deux soldats
qui à la question « Êtes-vous marxistes ? »
répondirent « Je suis bakouniniste » en
disparaissant dans la foule des soldats, car en temps de guerre il
faut un sacré courage pour faire des aveux pareils. Or
l’attitude de cette nouvelle émigration ne s’explique que par
le fanatisme dont ils sont imprégnés, et ils ont
souffert à tort et en vain, car avec le marxisme on ne peut
créer qu’un ordre étatiste et une dictature comme celle
de leur pays… Nous libertaires, nous n’avons jamais promu nos
idéologues au rang de génies, de prophètes et de
dieux comme le font régulièrement les marxistes.
Cependant, on ne peut pas s’abstenir de rappeleter à ces
dissidents qu’il y a plus d’un siècle, Bakounine disait :
« Tout gouvernement, même composé
d’authentiques ouvriers, ne tardera ps à se transformer en une
nouvelle aristocratie et tyrannie ». Cette prophétie
a été tragiquement confirmée par l’histoire,
hélas ! Mais le même oracle, la bête noire
aux yeux de Marx, continuait « Liberté sans
égalité, c’est injustice et privilèges ;
égalité sans liberté, c’est la bestialité ».
comme en Russie il n’y a ni l’un ni l’autre, c’est encore pire, c’est
l’absolutisme d’Ivan le terrible, de Néron, de Caligula et
des Pharaons…

Oui, Bakounine était
la bête noire pour le père du socialisme
« scientifique ». avec une ambiguïté
et une hypocrisie effarantes, ne pouvant pas combattre les vérités
simples de ce grand révolutionnaire, Marx est passé à
l’intrigue, à la calomnie et aux mises en scène de
congrès truqués et de procès qui ont servis de
modèles aux fameux procès staliniens. Il s’inquiète
dès le début de la carrière révolutionnaire
de Bakounine. Celui-ci n’était pas encore anarchiste et
prêchait la révolution des paysans slaves opprimés
par toutes les monarchies de l’Europe centrale et orientale.
Néanmoins on devinait déjà l’apôtre de la
révolution mondiale, car il prévoyait l’extension de la
fronde aux autres pays et dans le monde entier. Lorsque Bakounine
combattait sur les barricades de Dresde et que resté à
son poste jusqu’à la fin il fut condamné à mort,
cela ne gênait par Marx de vitupérer contre lui car,
paraît-il, son pan-slavisme aurait entravé la révolution
allemande qui n’existait que dans l’imagination des marxistes. Il n’y
eut que l’escarmouche de Dresde, menée par des démocrates
bourgeois, où Bakounine fut surpris et pris à part, car
il luttait sur toutes les barricades du monde. En réalité
son but était d’atteindre Prague pour y déclencher la
révolution slave à laquelle il oeuvrait déjà
depuis sa jeunesse. Cette calomnie n’étant pas suffisante, les
aides de camp de Marx répandirent le bruit que Bakounine
serait un agent du Tsar et la « nouvelle » fut
imprimée et répandu par le propre journal du Pape du
socialisme « scientifique », Die Neue
Rheinische Zeitung
. L’énorme mensonge affirmait que
George Sand aurait été en possession de documents
irréfutables. Bakounine écrivit à l’écrivain
qui était son amie et elle lui exprima sa profonde indignation
pour cette odieuse calomnie. Cependant, Marx faisait l’ingénu,
il n’en savait rien, il aurait été absent etc. Sur le
chemin de Prague, Bakounine rencontre Marx et croyant, ou faisant
semblant de croire à ces mensonges son grand coeur slave
oublie tout et il embrasse son détracteur. A Dresde, il est
condamné à mort et livré aux autorités
autrichiennes et il est de nouveau condamné à mort.
Mais la mort ne veut pas de lui et on le livre aux mains du tsar, son
pire ennemi. Comme on le sait déjà, il purge cinq
années de forteresse et deux ans de Sibérie après
quoi il réapparaît en Europe. Ainsi passent sept années
de la vie de Bakounine mais la vieille calomnie n’est pas oubliée.
Elle couve dans l’âme et les archives de Marx et attend le
moment propice. Le grand révolutionnaire est devenu non
seulement une figure légendaire, mais il a muri :
débarrassé de son panslavisme, il prône la
révolution sociale prolétarienne antiétatiste
qui devrait instaurer une société libre, basée
sur le principe fédéraliste et qui doit s’autogérer
à l’aide des conseils (soviets) ouvriers, paysans et ceux de
toutes les autres organisations dont les délégués,
librement élus et révocables, formeraient le conseil
communal. La commune devrait être une petite république
qui s’unit aux autres communes pour former une province et la
totalité des provinces composent la nation. Par la voie du
fédéralisme, les nations s’unissent en continents pour
former finalement la grande fraternité mondiale. Tout ceci
pouvait paraître naïf et utopique en son temps et Marx
n’oubliait pas de le souligner. Mais de nos jours où
l’expérience des « scientifiques » a
abouti a la plus formidable dictature de l’histoire humaine, les
choses se présentent sous une lumière différente.
On reprochait à Bakounine l’absence de quelqu’un qui commande,
mais à force de commander on arrive là où sont
les choses dans cette immense prison nommée « Union
Soviétique ». Donc il ne faut pas de commandants,
mais l’organisation libre des travailleurs par la voie fédéraliste.
Aujourd’hui, nous avons au moins deux organisations de ce type qui
existent à l’échelle mondiale depuis plus d’un siècle :
l’Union Postale et celle des chemins de fer. Là, personne ne
commande, tout se fait par entente mutuelle et cela va à
merveille. Marx se moquait des idées de Bakounine, mais il en
avait une peur panique. C’est que les ouvriers en Suisse, en Italie,
en Espagne, en France embrassaient les idées libertaires et
leurs sections formaient la majorité au sein de
l’Internationale. Bakounine était devenu un héros de la
révolution ayant uniquement Garibaldi pour émule. Et au
congrès de la Ligue pour la Paix et la Liberté en 1866
à Genève lorsque Bakounine monte à la tribune,
le président Garibaldi se lève, va à sa
rencontre et le serre dans ses bras. A cette époque, on
n’avait pas encore adopté la coutume arabe de se distribuer
des baisers comme on voit tous les potentats du Kremlin régaler
de leur salive leur vassaux du vaste empire colonial. Naturellement
Marx devait prendre ses précautions car le congrès de
Bâle en 1869 avait montré la force du mouvement
libertaire malgré l’absence de plusieurs délégués
du sud trop pauvres pour payer le voyage. Alors effrayé Marx
déclenche à nouveau les orgues de la diffamation :
le révolutionnaire de légende, l’ennemi n°1 de
toutes les monarchies devient encore une fois le bras droit du Tsar !
Et cela malgré ses sept années de forteresse et de
bagne, en dépit de ses condamnations à mort et sa lutte
sur les barricades de Prague et de Dresde. Il fallait être
foncièrement pourri dans l’âme pour pouvoir débiter
des mesquineries pareilles, répugnantes et dégradantes
pour leur auteur. Cependant cela ne suffisait pas, il fallait faire
le procès de Bakounine. Il faut l’exclure de l’internationale
et tandis que les prolétaires de Paris mouraient en défendant
la commune, pendant que Bakounine organisait à Lyon et à
Marseille des insurrections et d’autres communes, Marx préparait
sa vendetta. En vue du congrès de 1872 qu’il convoqua à
dessein en Hollande, il cherchait fiévreusement des charges
contre son « ennemi » mortel. Grâce à
son âme généreuse, Bakounine avait eu
l’imprudence de collaborer deux ans avec Netchaev, un précurseur
du bolchévisme, voyant dans quelle misère il vit, ce jeune
terroriste décide d’envoyer une lettre de menaces à
l’éditeur russe qui avait avancé 300 roubles à
Bakounine pour la traduction du « Capital ». Le
pauvre homme avait commencé son travail puis, emporté
par son élan dans l’organisation de la révolution et de
son énorme courrier, il a délaissé la
traduction. Il est très possible qu’elle le dégoutait
car il écrit à un de ses amis : « je
suis en train de traduire la métaphysique de Marx ».
Toujours est-il que le travail s’arrêta et Bakounine attendait
en vain de l’argent de ses frères afin de pouvoir rembourser
l’éditeur. L’intermédiaire dans cette affaire est un
étudiant, Lubavine, que Marx cherche fiévreusement afin
d’avoir le témoignage de « l’escroquerie ».
Et il doit rester déçu car l’étudient lui répond
négativement. Bakounine n’aurait pas pris part à la
lettre de menace et au chantage. Mais Marx et ses valets ont déjà
émis leur sentence : on charge le vaillant
révolutionnaire de tous les écrits terroristes de
Netchaev. Au congrès réunit à La Haye, les
bakounistes sont minoritaires car le voyage était trop long et
couteux pour les délégués du Sud. Auparavant on
organisait les congrès en Suisse, beaucoup plus accessible
pour les sudistes, mais Marx qui dirigeait l’Internationale en
autocrate au sein du secrétariat général (élu
par personne) avait calculé de convoquer le congrès
loin au nord. Or Bakounine était accusé de dictature,
voulant s’emparer de l’Internationale et d’escroquerie, accusé
par celui qui pratique la dictature depuis la fondation de
l’Internationale et le père du communisme « scientifique »,
partisan de l’expropriation des richesses de la bourgeoisie !
Quel avant-goût des procès staliniens !

L’histoire a voulu se
moquer de la justice, elle a jeté 1/3 du monde dans les
griffes des disciples d’un métaphysicien halluciné, et
cela grâce au geste impardonnable des marins anarchistes de
Kronstadt qui chassèrent Kerenski pour laisser s’introniser
Lénine. En avril 1921 ces héros payèrent de leur
sang l’erreur historique. Et dire que pendant 4 longues années
ils auraient pu faire changer l’histoire de la Russie et du monde, si
ils avaient été mieux instruits dans les idées
de Bakounine. Mais penchons-nous un moment sur cette super-science
marxiste et examinons-en ses lois de fer, ou d’acier comme les
voulait Engels :

Il semble de prime abord que cela ne vaudrait pas la peine de s’occuper du marxisme qui est un
système métaphysique dans les temps modernes, mais
considérant qu’un bon tiers de notre planète se trouve
sous la botte de ses fuhrers et de ses gauleiters, quoique divisés,
on est forcé de changer d’avis. C’est que tout mouvement
politique repose sur une théorie de sorte que l’on ne pourrait
pas le combattre sans s’attaquer à sa base philosophique. Le
marxisme, son « matérialisme »
dialectique et historique repose entièrement sur la conception
idéaliste et métaphysique de Hegel, le philosophe
allemand qui a battu tous les records en intuitions arbitraires, se
trouvant en désaccord complet avec la réalité.
Il n’est original que dans la mesure où il use de toute sa
réthorique abstraite pour justifier la monarchie prussienne
dont il était le fidèle valet. Le reste, il l’a copié
du philosophe antique Héraclite qui basait son système
sur le changement perpétuel des mondes. « Tout
change, tout coule » disait-il. Il n’est lui-même
pas original, il a un illustre précurseur, le philosophe
Anaximandre, qui considérait l’univers composé d’une
substance unique inconnue et animée d’un mouvement et
changement éternel. Hegel copie également l’idée
d’Héraclite selon laquelle dans tous les objets et tous les
phénomènes il y a des forces contraires dont la lutte
produit le changement et le progrès. Il est donc partisan de
la lutte et de la guerre, où les forces contraires s’uniraient
dans un mouvement d’harmonie ! Pour être logique,
Héraclite se déclare contre Homère qui préconise
la disparition de la guerre parmi les dieux et entre les humains.
« Il ne pensait pas qu’il prie pour la destruction du
monde, s’indigne le bon Héraclite,car si sa prière
était exhaussée, tout irait en ruine ».
Hegel copie encore d’autres idées, et après une salade
d’Idée absolue, d’Esprit absolu et de Dieu, il nous sert
l’ineptie également copiée selon laquelle il n’y a que
le tout qui est réel et existe en entier tandis que le
particulier est réel seulement en partie. Cela veut dire que
Dieu seul,ou l’esprit absolu existe pour de vrai et le reste n’existe
qu’au quart ou à la moitié ! Naturellement il
copie aussi l’idée de la guerre et devient son partisan
passionné, mais uniquement lorsqu’elle est victorieuse pour la
couronne de Prusse. Ici s’accomplit un miracle philosophique :
le pronateur du changement et du progrès perpétuel voit
dans sa philosophie la réalisation de l’esprit absolu. Cela
signifie que parmi tous les systèmes philosophiques, il n’y a
que le sien qui existe à part entière et représenterait
en plus la fleur de la pensée humaine qui resterait telle pour
l’éternité. Cependant la réalisation de la
divinité ne s’arrête pas là, elle s’effectuerait
également dans la monarchie prussienne qui lui est si chère.
Ces deux réalisations restent à planer seule dans un
monde inexistant ou en partie réel avec la permission du bon
penseur. Allons croire que nous avons à faire à un
homme normal. Tout ceci n’est pas de nature à le gêner
lorsqu’il affirme : tout ce qui est rationnel existe et tout ce
qui existe est rationnel. C’est une autre astuce pour étayer
la monarchie prussienne et à la fois une contradiction car à
cette époque il y avait plusieurs monarchies qui du coup
deviennent rationnelles, existantes etc. Cependant dans Hegel il y a
des sottises originales : son éternel mouvement
progressif s’effectuerait suivant une recette à lui :
thèse, antithèse, synthèse. Cela veut dire que
la lutte des forces contraires qui sévit dans chaque chose
amène un stade initial (thèse) à sa négation
(antithèse) et celle-ci va à sn tour vers sa négation,
la synthèse, qui ne serait autre que la thèse à
un degré supérieur. Pourquoi tout cela ? C’est un
mystère dont seuls les marxistes possèdent la clé.
Cependant cette ineptie et tout le brouillard qui recouvre « la
fleur de la pensée » ne gênerait pas leur
auteur pour répondre avec arrogance à ces critiques qui
lui démontraient que les faits infirment ses théories :
« tant pis pour les faits » rétorquait-il
en passant.

Marx et Engels étaient
disciples de Hegel et le restèrent jusqu’à la fin de
leur vie, nonobstant l’affirmation que, ayant pris connaissance du
matérialisme de Feuerbach, ils délaissèrent
Hegel et se firent matérialistes. Cela saute aux yeux si on
analyse leur conception point par point :

  1. Ils adoptèrent
    le système hegelien presque en entier à-priori, ensuite
    ils se mirent à la recherche de preuves en déformant
    et en falsifiant la science. 2. L’idée de grandeur concernant
    « la fleur de la pensée humaine » et sa
    perennité passent dans le marxisme en entier et sans
    camouflage. Lui aussi représenterait la super-science et le
    super-socialisme valable à tout jamais. Cela veut dire qu’ils
    ne doivent subir aucun changement dans un monde soumis à un
    perpétuel mouvement progressif dialectique. Il devient clair
    à tous que les Papes marxistes se contredisent eux-mêmes
    , car ou bien le monde est soumis à un changement éternel
    concernant également le marxisme qui tôt ou tard
    devrait aboutir à sa négation (antithèse), ou
    bien l’univers est statique et il y a des choses et des états
    perpétuels tels que les hallucinations de Hegel et Marx. 3.
    Dans l’hegelisme le ressort ou la force motrice dans l’univers est
    l’idée, ou esprit absolu, qui est une cause en soi et se
    développe toute seule. Dans le marxisme, il y a une thèse
    identique concernant le développement historique. Ce serait
    l’économie, stimulée par le progrès des moyens
    de production qui détermine l’alternance des régimes
    sociaux, de leur loi et de toute la superstructure de la vie
    intellectuelle. Ils n’ont aucune réponse et celui qui avance
    l’affirmation que ce sont les besoins humains qui font progresser
    les outils et les machines est accusé de biologisme !
    C’est une sorte d’hérésie aux yeux des marxistes qui
    par ce fait se déclarent partisans de l’autodéveloppement
    des forces productives. Une analyse attentive nous montre que
    l’histoire n’est pas toujours tributaire des moyens de production.
    Ainsi depuis l’antiquité jusqu’à la révolution
    industrielle au siècle dernier, nous voyons les mêmes
    forces productives : l’artisanat et la manufacture dont l’eau
    constituait l’énergie motrice. Pourtant il y a eu des
    changements de régimes, de lois, de philosophie etc. durant
    ce long laps de temps ! Il y a cependant une loi qui date de
    l’époque romaine et qui est toujours en vigueur, c’est celle
    qui garantit la propriété privée. Comment
    expliquer cette anomalie ? Les forces productives et toute
    l’alchimie marxiste ne servent à rien. Il n’y à que la
    conception vraiment matérialistes, celle des rapports de
    possession qui nous fournit la clef. Dans ses égarements
    métaphysiques, Marx prend à tort ceux-ci pour des
    rapports de production qui devraient obligatoirement changer
    lorsqu’ils entrent en conflit avec les moyens de production. Quelle
    chance, tout est automatique dans le marxisme et va sur des
    roulettes. L’histoire nous apprend que les rapports de possession
    sont primordiaux et firent leur apparition au sein de la société
    primitive. Depuis les richesses changent et vont aux mains des plus
    forts, des vainqueurs. Les forces productives étant une
    richesse les accompagnent, mais elles n’ont jamais déterminé
    le cours de l’histoire. La preuve : la révolution russe
    n’éclatât pas à cause du conflit imaginaire
    entre les rapports de production et les machines, mais bien à
    la suite des rapports de possession dans une société
    semi-féodale où l’énorme masse paysanne ne
    possédait que ses bras et sa misère. Et encore :
    la grande révolution fut sabotée par une oligarchie de
    parti qui saisit les terres et les forces productives et
    confectionna une société , où les rapports de
    production sont bien pires qu’à l’époque des tsars. 4.
    Nous ne pouvons pas prendre au sérieux l’assertion de Marx et
    Engels comme quoi ils auraient rompu avec Hegel en dressant sur les pieds sa conception des idées qui paraît-il reposait
    sur sa tête auparavant. D’après Hegel, les idées
    s’extériorisent de notre esprit et créaient les objets et les
    choses qui n’existent pas objectivement. Marx et son adjoint se
    mirent à voir dans les idées les photographies des
    choses. C’est l’unique conception matérialiste qui corrige
    une faible part de l’énorme édifice métaphysique
    adopté en bloc par les papes marxistes. Il la copièrent
    de Feuerbach qui était disciple des matérialistes
    français de l’école de Diderot que précédait
    déjà John Lock avec sa conception de « tabula
    rasa » du cerveau humain à la naissance. Tout ceci
    ne gêne pas nos héros pour se considérer comme
    les pères du matérialisme quoique le faible voile
    matérialiste, bien transparent, n’arrive pas à
    camoufler l’édifice métaphysique sur lequel repose le
    marxisme. Nous avons déjà cité quatre points
    qui démontrent l’identité des systèmes hegeline
    et marxiste. Le cinquième est catastrophique pour le
    marxisme, mais faisons une petite digression.

Les marxistes disposent
d’une armée d’idéologues et de professeurs qui
inculquent obligatoirement leur « science »
dans les cerveaux de la jeunesse des pays colonisés par leur
gauleiters. Pas un d’entre eux ne vous dira ce qu’est au juste la
dialectique. Les uns affirment avec Engels que c’est une manière
de penser et les autres la considèrent comme une méthode
de recherche scientifique. En réalité ce terme provient
du mot grec « dialego » qui veut dire
conversation. Dans l’antiquité on a écrit presque tous
les livres sous forme de dialogues avec questions et réponses.
Platon a fait ses volumineux ouvrages de cette façon. Socrate
n’a rien écrit, mais il répandait ses idées sous
forme de questions auxquelles les assistants devaient répondre.
Comme il posait trop de question défavorables à la
« démocratie » d’Athènes, il fut
condamné à mort. Cependant le philosophe pied nus n’est
nullement attristé par la sentence. Il se réjouit par
contre de ce que son âme rejoindra l’autre monde, où
elle sera immortelle et il pourra poser à volonté ses
questions sans risque de peine de mort. Pourquoi Hegel a baptisé
sa doctrine nébuleuse dialectique, ceci reste inexplicable. De
toute façon, Marx et Engels adoptent cette dialectique
remettent une petite partie sur les pieds et déclarent :
« la dialectique est un ordre cosmique, écrit
Engels dans sa brochure « L. Feuerbach », une
loi universelle qui régit tout dans ce monde : les
processus matériels aussi bien que les phénomènes
spirituels. Le cerveau humain est dialectiquement constitué et
entouré de processus dialectique donc, qu’il le veuille ou
non, il est obligé de penser dialectiquement ».
Hélas, le « perspicace » Engels met en
ruine tout ce bel édifice en se lamentant seulement quelques
lignes plus loin que : « le nombre des naturalistes
ayant appris à penser dialectiquement est très
restreint ». Or du moment que notre cerveau est libre de
choisir sa façon de penser, il est logique de penser que le
fameux univers dialectique et ses lois existent seulement dans les
têtes des marxistes. Or en définitive les Papes de la
super-science et du socialisme « scientifique »
ne s’avèrent que de vulgaire plagiaire métaphysiques.
Pour plus de précision, il faut noter que dans la plainte d’
Engels il y a une exagération car il n’y a pas un seul
naturaliste qui aurait appris à penser dialectiquement. Avec
l’expression de « nombre restreint de naturalistes »
on visait uniquement Darwin, mais c’est une erreur grossière
car il était évolutionniste ce qui est contraire à
la conception dialectique qui considère le progrès
comme le résultat de mutations entre thèse, antithèse
etc., ce dont Darwin n’avait aucune notion. Les pères du
marxisme et leurs disciples de nos jours de peuvent se référer
à aucun naturaliste, ni à un autre savant dialecticien
car nous connaissons bien le nombre élevé
d’académiciens licenciés à Moscou pour réticence
à la scolastique moderne.

Marx et Engels n’avaient
rien de savants en histoire naturelle ou dans les autres sciences
préciales. Ce n’étaient que des dilettantes qui
s’étaient imposés une tâche bien ingrate :
fouiller les sciences afin de trouver des preuves pour étayer
la métaphysique hegelienne déjà adoptée
à-priori. Or ils retroussent leurs manches et s’acharnent
surtout dans la chimie et, faute de preuves patentes, ils déforment
les faits. L’essentiel c’était de « démontrer »
la validité universelle des lois dialectiques. Elles sont
trois :

1. Loi de la pénétration
mutuelle(cohabitation) des contraires.

2. Loi des changements
quantitatifs passant en en qualité nouvelle.

3. Loi de la négation
à la négation, ou la fameuse triade (thèse,
antithèse, synthèse).

Selon la première
« loi », nous ne pouvons avoir aucune notion
précise sur les choses et les phénomènes car ils
changent à chaque instant et sont composés de deux
contraires. Donc un objet donné est lui et non-lui, une loi
naturelle est elle et non-elle, un comprimé de poison est à
la fois non-poison et le train qui arrive est train et non-train !
Aux fins de la vérification de cette « loi »
nous recommandons à ces savants d’avaler le comprimé de
non-poison et de se placer sur la voie du non-train. Au fait, cela
représente une sorte d’agnosticisme qui est inhérent à
chaque système métaphysique. Empédocle, le
contemporain d’Héraclite, ridiculisait ces assertions vieilles
de 25 siècles en disant : « un homme ne peut
être à la fois grand et petit, ni un corps froid et
chaud. Froid est ce qui n’est pas chaud ». Engels a fait
un grand effort pour étayer la seconde loi. Il a fouillé
à fond la chimie organique, surtout les phénomènes
isomères, et a récolté quelques succès
dont il fait grand cas. Ainsi le but de cette loi inventée par
les deux marxistes est de prouver le déclenchement automatique
de leur supposée révolution par l’accumulation du
mécontentement au sein de la classe ouvrière.
Naturellement, ils attendaient cet évènement en
Angleterre et en Allemagne, pays industrialisés à
l’époque où le prolétariat cumulait du
mécontentement qui devait passer à une qualité
nouvelle, la révolution. Mais puisque ce passage s’effectue
par l’accumulation d’un élément unique, le
mécontentement, on est en droit de s’attendre à
l’apparition d’une nouvelle qualité par l’entassement de
pierres, de sable etc., ce qui démontre l’absurdité de
cette « loi universelle ». La troisième
loi, la négation à la négation est étayée
par un rapiéçage trop apparent. Engels dit :
« prenons un grain d’orge et plaçons-le dans le
sol. Il germe, se dessaisit (meurt) et donne naissance à la
tige, son antithèse. A son tour celle-ci meurt et produit
l’épi avec plusieurs grains, ce qui est la synthèse. »
Afin de démontrer l’ineptie de cette « science »,
nous posons la question : combien de fois se dessaisissait
(mourait) une femme de la campagne qui accouchait chaque année ?
Combien de fois dans sa vie se dessaisit (meurt) une souris, une
lapine ou une truie qui mettent au monde des centaines de petits ?
Cependant comme toujours c’est Engels lui-même qui se charge de
la réfutation de ses théories : « je ne
dis rien, écrit-il, sur les processus qui ont lieu dans le
grain et la tige, je constate seulement les lois générales. »
Tout le monde sait déjà que des prétendues lois
générales s’occupaient uniquement de la métaphysique
jusqu’au début du siècle dernier. De nos jours, où
la science a fait un bond colossal, il n’est pas permis de parler de
ces lois inexistantes.

Cependant les marxistes
du plus grand empire colonial ne désarment pas car les bla-bla
les servent de la manière suivante :

1. Par leur « science »
nébuleuse ils arrivent à attirer certains jeunes des
cours obligatoires de marxisme qui se font dans toutes les écoles
et universités.

2. certains mi-lettrés
de l’occident mordent à l’hameçon dialectique et
deviennent des agitateurs utiles.

3. La première
« loi » dialectique qui traite le noir de blanc
et vice versa est monnaie courante dans les dictatures où en
définitive le chef décide de ce qui sera blanc ou noir,
ce qui est juste ou injuste. La théorie leur facilite
grandement la tâche puisque les choses seraient à la
fois blanches et noires, justes et injustes, ou morales et immorales.
Dans ces pays, les droits de l’homme seraient respectés le
mieux du monde ; si les queues aux magasins persistent cela
vient du ciel et jamais du régime. Si la production est
défaillante, la faute est aux travailleurs et jamais à
l’exploitation forcenée… En somme, une idéologie
construite sur plaque tournante. Il ne reste qu’à leur
souhaiter tout le bonheur qu’ils méritent.

P. Gorski




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