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Noir & Rouge n°6 (mars 1957)
Dans notre courrier
Article mis en ligne le 16 août 2007
dernière modification le 17 août 2007
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Notre dernier numéro,
consacré exclusivement à l’étude et la critique
de la Franc-Maçonnerie, en fonction de l’anarchisme, nous a
évidemment valu un certain courrier. Fait curieux, et
d’ailleurs très réconfortant en lui-même, une
quasi-unanimité se fait pour condamner la F.M. et les
tentations de son soi-disant « libéralisme »,
lequel serait de surcroît « anticlérical »
par principe ! Il n’est de voir que la récente
pantalonnade des camarades-ministres-socialistes, frères trois
points pour la plupart, auprès de Sa Sainteté pour être
convaincu. (Le « Canard Enchaîné »
du 15 mai révèle là-dessus certains
tripatouillages entre l’Église
et les différentes obédiences, qui confirment
abondamment l’analyse de nos camarades). L’avant-propos de notre
numéro 5 précisait : « Nous n’avons
certes pas tout dit… », pas plus que nous pensions
résoudre un tel problème en si peu de place et de
temps. Bien sûr, notre but était avant tout d’ouvrir un
profond débat sur la question. Souhaitons que celui-ci se
prolonge en s’enrichissant de toutes les expériences.

Avant les lettres
récentes nous tenons à passer l’extrait d’une lettre
venant de la région lilloise, laquelle nous était
arrivée juste pendant la parution de notre numéro, donc
trop tard. Le point soulevé, fort intéressant, motive
pour nous son impression.

D’un camarde de Nantes.

De longs extraits d’une
lettre venant de Mulhouse. Comme on le verra, notre correspondant
soulève de multiples problèmes.

D’un camarade des
Vosges.

Et enfin, car la place
nous est limitée, d’un bon camarade de Seine & Oise.

En additif à ce
courrier des lecteurs, nous aimerions savoir ce que pensent les
camarades du principe du « numéro spécial »
comme celui consacré par nous à la F.M. Toute opinion
sur le sujet nous sera utile.

D’un camarade de la région lilloise}}}

[…] En ce qui concerne
le prochain numéro sur la F.M., je suppose que vous
critiquerez cette organisation. C’est utile et il y a beaucoup à
dire à ce sujet. Néanmoins, je pense qu’il serait
honnête de mentionner que des libertaires éminents comme
Proudhon, Bakounine (il copia du reste « l’Alliance »
sur la F.M.), les frères Reclus (lorsque Élisée
fut privé de sa chaire de géographie à
l’Université de Bruxelles pour avoir fait l’apologie de la
propagande par le fait (affaire Ravachol) la loge maçonnique
« les Amis Philanthropes » de cette ville
l’aida à fonder l’« Université Nouvelle »
et lui prêta ses locaux). Sur Sébastien Faure, il serait
utile de donner les raisons de sa démission de la F.M., à
savoir l’attitude patriotique d’un grand nombre de maçons en
1914 (nous pouvons dire du reste la majorité). Nous pourrions
également ajouter Francisco Ferrer, Paul Robin, Louise Michel
ou des révolutionnaires comme Varlin, Jules Vallès,
Clémence Royer, etc. […]

D’un camarade de Nantes}}}

[…] je ne me permets
pas de trancher car comme je te le dis plus haut je connais mal ce
sujet. Cependant il me semble que la F.M, est une religion avec ses
rites, ses coutumes et sa tradition et comme toutes religions ou
sectes acceptent difficilement un point de vue adverse ou
contradictoire, qu’il y ait des F.M. sympathiques cela se peut, il y
en a également dans toutes religions ou sectes, mais je me
méfie toujours un peu de tout ce qui a cadre, grade ou degré,
et pour moi, entre l’officier de l’armée, l’évêque
de l’église catholique, le recteur des protestants ou le
franc-maçon 30e et quelques degrés je ne
vois pas grande différence, leur pouvoir peut être plus
ou moins grand, ils peuvent avoir une autorité plus ou moins
absolue : ce sont toujours des chefs et des fidèles et
cela me répugne d’avoir ou à commander ou à
obéir d’une façon systématique. Cela dit, je
cherche comme Diogène le journal ou la revue qui parle
simplement et sans périphrase d’antimilitarisme, de l’égalité
des humains quelle que soit leur valeur intellectuelle, de la
suppression des frontières, d’une monnaie internationale. Je
cherche la revue qui parle pour et en faveur des objecteurs de
conscience, qui s’élève contre la bêtise humaine,
et qui propose le moyen de faire un monde meilleur. […]

D’un camarade de Mulhouse}}}

[…] Franchement, je ne
voyais pas grand intérêt à un numéro
spécial sur la F.M. Mais après lecture des différents
articles je comprends mieux pourquoi vous l’avez sorti. Dans une
période comme la nôtre, où l’anarchisme n’a plus
guère de force de propulsion dans la classe ouvrière,
certaines tendances du libéralisme et du démocratisme
de gauche peuvent apparaître comme le dernier barrage aux
totalitarismes. Vous avez bien fait de mettre en pleine clarté
que notre but n’est pas de limiter le pouvoir de l’État
et l’inégalité sociale, mais bien d’en finir une fois
pour toutes. […]

[…] Du point de vue
philosophique, vous avez fait un pas très important :
l’intégration à l’anarchisme d’un courant qui a
incarné, hors du mouvement, les exigences spirituelles et
morales les plus profondes de l’anarchie : le surréalisme.
[…]

[…] l’anarchisme doit
tendre à présent à « changer la vie »
en élaborant un nouvel art de vivre et de sentir, en faisant
appel aux puissances qui constituent la source vivante de notre
individualité (forces « instinctives »,
besoin élémentaire de beauté, d’épanouissement,
d’élévation
l’homme debout). Le fascisme, lui, a toujours su faire appel à
certaines tendances irrationnelles et explosives de l’homme, tout en
les faussant et les détournant de leur vrai but. Le
socialisme, en ignorant ces forces en les refoulant souvent au nom
d’un rationalisme superficiel et dévitalisant, a longtemps
accumulé au fond des hommes des charges considérables,
chaotiques, que le fascisme a fait éclater au grand jour au
détriment de ce socialisme. Il en va de même pour le
pacifisme, qui n’a jamais été capable de comprendre
tout ce qui dans l’individu brimé, étouffé par
une société d’abrutissement aspire à la violence
et à la guerre.

C’est la vocation même
de l’anarchisme, de par ses multiples sources morales, économiques,
artistiques, spirituelles, d’éclairer et de coordonner tout ce
qui dans l’homme aspire à une vie plus haute et plus pleine,
et quels que puissent être les dangers apparents de frénésie
et de saccagement. C’est la grande leçon de Bakounine, pour
qui un homme n’était révolutionnaire s’il n’avait « le
diable au corps », et qui attendait tout du déchaînement
des instincts. Depuis, mis à part Sorel et quelques autres, on
n’a fait que châtrer l’anarchisme.

Bien entendu, cela
n’exclut pas la patiente analyse des mécanismes sociaux,
l’effort pour élaborer une organisation plus appropriée
à nos besoins. Mais il faut en finir avec cette timidité,
cette myopie qui n’a voulu voir en l’homme que l’intelligence et le
besoin économique. C’est tout l’homme qui nous intéresse,
ce que nous connaissons de lui et ce que nous ignorons encore. […]

[…] Ce numéro
reposerait le problème des réformes. Là, je suis
en désaccord flagrant avec certaines déclarations de
« N. & R. » : « une loi
profite forcément d’abord au Pouvoir et au Capital ».
Non, car si c’est une loi sociale, elle a été imposée
le plus souvent par la force, dans l’intérêt de ceux qui
l’imposent par l’action directe. Qu’elle finisse souvent par être
lettre morte, oui ; que le pouvoir cherche, et arrive souvent, à
la neutraliser, oui. Mais une réforme peut servir la classe
ouvrière : diminution des heures de travail, congés
payés, sécurité sociale, etc. Car c’est un fait
que le prolétariat révolutionnaire n’est pas le
sous-prolétariat, et qu’un travailleur a besoin d’une certaine
sécurité matérielle, de loisirs, pour pouvoir se
lancer à fond dans la lutte révolutionnaire. Une
réforme doit toujours être considérée
comme un pas vers la révolution. C’est bien ce que dit J.
Grave dans « Réformes, Révolutions »,
et E. Reclus dans « L’Évolution,
la Révolution ; et l’idéal anarchique ». La
réforme fait partie intégrante d’une évolution
globale dont le terme est la révolution : évolution
lente, révolution brusque et violente. C’est ce que dit aussi
le texte de J. Guillaume cité dans le dernier nº de N. &
R. ». […]

D’un camarade des Vosges}}}

[…] Très
sensible en particulier aux positions de « Jacques »
établissant un parallélisme entre surréalisme et
anarchisme, et soulignant l’importance du Désir objectif.
L’action ne me semble d’ailleurs possible que dans la mesure où
le processus de « récupération […] de
notre force psychique […] illumination systématique des
lieux cachés… » aura tant soit peu commencé
à démystifier nos rapports sociaux (je site ci-dessus A
Breton, second Manifeste, 1930). […]




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